DIXIEME LEÇON
De llJémlanesthésle cérébrale (suite), — De l'amblyopie croisée. — De lliémiople latérale.
SoififAiRB. *^ Résumé des caractères de l'hémianestliésie cérébrale. — ^ Ses ressemblances avec lliéinianesthésie des bygtériques. — L'anestbésie intéresse la sensibilité générale dans ses divers modes et les sens spéciaux.
Pe l'amblyopie hystérique. — Examen Qphtbalmoscopique. — Exploration fonctionnelle : Diminution de Vacuité visuelle ; — Rétrécissement concentrique et général 4u champ visuel, etc.
De l'amblyopie croisée avec hémianesthésie de cause cérébrale : Mômes symptômes.
Les lésions des hémisphères cérébraux qui produisent l'hémianesthésie déterminent également l'amblyopie croisée et non Thémiopie latérale.
De ITiémiopie. — Hypothèse de la semi-décussation. — Hémiopie homologue unilatérale. — Variétés de l'hémiopie.
Messieurs,
Dans la dernière séance, j'ai essayé d'établir qu'une forme particulière de l'hémianes thé sie est une conséquence nécessaire des lésions qui portent, sur la région postérieure de la capsule interne ou son émanation, dans la couronne rayonnante, leur action soit destructive, soit compressive; je dirai encore : soit suspensive, me réservant de faire connaître bientôt la valeur du terme.
J'ai fondé cette proposition non-seulement sur des faits d'anatomie pathologique et de clinique, mais encore sur des faits d'expérimentation. J'ai exposé aussi quelques données d'anatomie pure, qui, à la vérité, demandent à cer-
CARAGTâRES CLINIQUES DE L'H^KIÀNBSTÉSIB CÉRÉBRALE. 115
tains égards une confirmation, mais qui, tels qu'ils sont^ nous permettent d'entrevoir déjà, le mécanisme de la production de l'hémianesthésie en question.
n est cependant un certain nombre de traits relatifs à ce composé symptomatique et à son interprétation anatomique et physiologique, que, à dessein, J*ai laissé dans l'ombre, afin de ne point surcharger le tableau. Je me propose d'y revenir aujourd'hui .
Permettez-moi tout d'abord de résumer en quelques mots les caractères cliniques de cette espèce d'hémianesthésie que je vous ai proposé de qualifier du nom d'hémianesthésie cérébrale j pour la distinguer de toutes les autres formes d'obnubilation ou de suppression dimidiée de la sensibilité ne reconnaissant pas pour origine une lésion du cerveau proprement dit.
C'est seulement dans ces derniers temps que Thémianesthésîe cérébrale, par lésion organique grossière — Coarse disease^ comme dit M, H. Jackson, avec une liberté toute anglaise — a été Tolûet d'études attentives. Le tableau qu'elle présente reproduit, vous le savez, exactement les traits de l'hémianesthésie des hystériques ; celle-ci, quant à présent mieux connue, peut nous servir de prototype.
Il s*aglt, vous le savez, dans l'hystérie, d'une anesthésie unilatérale, L'anesthésie totale ne se montre là que dans des cas relativement exceptionnels . Un plan antéro-postérieur, passant par la ligne médiane du corps, établit la limite de l'insensibilité qui, sur le tronc, déborde cependant un peu en avant le sternum et en arrière la crête des apophyses épineuses, Cest là, du reste, un détail d'importance secondaire.
116 HéMIAKBSTHÉSIE DES HYSTÉRIQUES.
La téte^ les membres, le tronc, â*un côté du corps sont donc affectés en même temps. Il peut naturellement y avoir des degrés dans la lésion fonctionnelle, mais elle porte fréquemment sur tous les modes de la sensibilité commune ; ainsi la sensibilité au tact, à la douleur, à la température sont souvent et simultanément obnubilées ou supprimées.
L'insensibilité s'étend aux parties profondes ; elle affecte les muscles qui peuvent être excités par l'électrisation sans que le malade en ait conscience. Les membranes muqueuses ne sont pas davantage épargnées. Ajoutons enfin, — et c'est là le point que je veux aujourd'hui faire ressortir surtout — que l'hémianesthésie n'atteint pas uniquement la sensibilité commune ; elle frappe aussi les appareils sensoriels sur le côté du corps où siège l'anesthésie cutanée, et cette hémianesthésie sensorieUe n'intéresse pas seulement le domaine des nerfs qui prennent naissance dans le bulbe, tels que les nerfs du goût et de l'ouïe, elle porte aussi sur les nerfs de l'odorat et de la vision, dont l'origine est dans le cerveau proprement dit.
Tel est, Messieurs, le tableau très-vulgaire de l'hémianesthésie des hystériques. Si, à celle-ci, nous comparons actuellement l'hémianesthésie cérébrale organique, nous reconnaîtrons qu'une parfaite ressemblance peut être constatée, jusque dans les moindres détails.
Cette ressemblance a été relevée déjà soigneusement par nous-môme relativement à la sensibilité commune (1) et par M. Magnan, en ce qui concerne les troubles de l'ouïe, de l'odorat et du goût (2). Je ne vois rien à ajouter à ce qui a été dit sur ce sujet. Dans ces derniers temps, nous nous
(1) Charcot. — Leçons sur les maladies du système nerveux, 1'® éd., 1872.
(2) Magnan. — De Vhémianesth^sie de la sensibiliU générale et des sens dans V alcoolisme chrgniqus* ifiaz, hebdom,, t«73, p. 729 et 746.)
«AMBLTOPIB DBS HYSTÉRIQUES. 117
sommes plus particulièrement occupés des phénomènes qui ont trait à la vision. Et, dans mon service à la Salpétrière, M. le D' Landolt s'est livré à ce propos à quelques recherches dont les résultats méritent d*être exposés sommairement.
Il ne me parait pas sans intérêt d'entrer dans quelques développements pour vous montrer que, môme sous le rapport des troubles visuels, — et c'est là, vous le reconnaîtrez bientôt, une proposition grosse de conséquences, — les choses se passent chez les sujets atteints de lésions cérébrales en foyer, absolument comme chez les hystériques. On peut dire qu'en réalité, abstraction faite de sa mobilité proverbiale, Famblyopie unilatérale des hystériques ne diffère par aucun caractère essentiel de Tamblyopie cérébrale croisée reconnaissant un point de départ organique.
Envisageons d'abord le cas de l'arablyopie hystérique.
1® Ici la diminution plus ou moins prononcée, voire même — ceci est beaucoup plus rare, — la perte absolue de la faculté visuelle de l'œil du côté correspondant à l'hémianesthésie, est un premier fait aisément saisissable.
29 Une étude plus minutieuse permet de constater les particularités suivantes : il n'existe, dans le fond de l'œil, aucune altération visible à l'ophthalmoscope. La papille et la rétine sont dans des conditions tout-à-fait normales. L'examen comparatif du fond de l'œil des deux côtés ne dénote aucune différence appréciable dans la vascularisation des parties.
Si rophthalmoscope ne décèle pas d'altération appréciable dans Vamblyopie des hystériques, il n'en est plus de
il8 AMBl4yOPIE DBS HYSTÉRIQUES.
même de l'exploration fonotionnelle, de Vinterrpgatoire portant sur les phénomènes subjectifs. Voici ce qu'apprend ce mode d'exploration.
3^ L'acuité visuelle, étudiée d'après les règles ordinaires, se montre fréquemment réduite de moitié ou môme davantage.
4® Il existe un rétrécissement concentrique et général du champ visuel.
&" Enfin une analyse délicate a permis de reconnaître certaines particularités qui méritent de nous arrêter un instant : Il s'agit du rétrécissement concentrique et général du champ visuel pour les couleurs.
Déj à plusieurs auteurs ,M . Galezowsk i entre autres , avaient fait remarquer l'existence fréquente de l'achromatopsie et de la dyschromatopsie chez les hystériques. C'est sur ce point que portent particulièrement les observations faites par M. Landolt dans mon service.
Je vous rappellerai que, à l'état normal, toutes les régions du champ visuel ne sont pas, tant s'en faut, également aptes à percevoir les couleurs. Il est des couleurs pour lesquelles le champ visuel est physiologiquement plus étendu que pour d'autres et ces difl'érences dans l'étendue du champ visuel se reproduisent toujours, chez tous les sujets, suivant la môme loi pour chaque couleur. Ainsi, c'est pour le bleu que le champ visuel est le plus vaste ; viennent ensuite le jaune, puis l'orangé, le rouge, le vert ; enfin, le violet n'est perçu que par les parties les plus centrales de la rétine. Or, Messieurs, dans l'état pathologique qui nous occupe, ces caractères de l'état normal se montrent en quelque sorte exagérés à des degrés variés. En effet, les divers cercles qui correspondent, dans l'exploration, aux limites de la vision pour chaque couleur, se rétrécissent