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AMBLYOPIE DES HYSTÉRIQUES

concentriquement d'une façon plUs ou moins accentuée suivant la loi reconnue pour Tétat normal.

D'après cela, tous prévoyez sans peine les nombreuses combinaisons qui pourront se produire dans les cas d'hystérie où ce genre d'amblyopie est parvenu à un haut degré. Le cercle du violet pourra se rétrécir jusqu'à devenir nul ; puis, la maladie progressant, ce sera le tour du vert, puis du rouge, puis de l'orangé. Le jaune et le bleu persisteront jusqu'à la dernière limite : ce sont, en effet, l'observation le démontre, les deux couleurs dont la sensation, chez les hystériques, se conserve le plus longtemps. Enfin, au degré le plus élevé, il pourra se faire que toutes les couleurs cessent d'être perçues et alors les objets colorés n'apparaîtront plus, en quelque sorte, aux yeux du malade que sous l'aspect où ils se présentent dans une aquarelle c à la sépia ».

Telle est, Messieurs, la série des phénomènes que nous avons maintes et maintes fois constatés daus l'amblyopie des hystériques. Eh bien, ils se sont tous retrouvés constamment, avec leurs nuances variées, dans plusieurs cas d'amblyopie croisée accompagnés d'hémianesthésie et relevant d'une lésion en foyer du cerveau que nous avons récemment étudiés à ce point de vue : même diminution de l'acuité visuelle ; même rétrécissement concentrique et général du champ visuel pour les couleurs, même absence de lésions pathognomoniques du fond de l'œil, appréciables à l'ophthalmoscope, etc. (1).

(l) De nouvelles recherches faites par M. Landolt dans mon service ont appris que le rétrécissement du champ visuel pour les couleurs, ^ans Thystérie ovarienne avec hémianesthésie, se fait constampient sentir dans les deux yeux à la fois ; seulement, il est incomparablement plus prononcé dans rœil correspondant au côté frappé d^anesthésie. Cette même particularité s'est renconti^e dans tous les cas d'hémianesthésie cérébrale reconnnissant pour point de départ une lésion organique, qui ont été examinés à ce point

i20 HéMIOPIE LATÉRALE HOMOLOGUE.

J'insiste particulièrement sur ce dernier caractère, parce qu'il permet de séparer nettement le trouble fonctionnel dont il s'agit, d'autres troubles visuels qui reconnaissent également pour cause une lésion organique intracrânienne. Je fais allusion ici à ces altérations du fond de l'œil, facilement reconnaissables à l'ophthalmoscope, que l'on désigne vulgairement sous le nom de papille étranglée, de neuro-rétinîte et qui se montrent si fréquemment en conséquence de tumeurs encéphaliques quels qu'en soient la nature et le siège (1), à la suite de lésions variées agissant plus ou moins directement sur les bandelettes optiques.

En vous faisant reconnaître, Messieurs, que l'amblyopie croisée est une conséquence des lésions en foyer du cerveau qui déterminent l'hémianesthésie, j'ai relevé un fait d'une importance majeure pour la théorie des localisations cérébrales. Mais il ne saurait vous échapper que ce fait est en contradiction formelle avec les données généralement répandues. En effet, si l'on en croit la théorie mise en avant dès 1860 par Alb. de Graefe (2), et qui parait régner encore aujourd'hui sans partage, ainsi qu'en témoigne un intéressant travail publié récemment par M. le D' Schoen (3), ce n'est pas l'amblyopie croisée que déterminent les lésions absolument unilatérales du cerveau; c'est un trouble visuel qui en diffère, à savoir : Vhémiopie latérale

de vue. En conséquence, le terme : amblyopie croisée, employé dans ces leçons, ne saurait être pris, absolument, au pied de la lettre, puisque Tobnubilation de la vue porte, à la vérité inégalement, sur les deux yeux.

(1) Voir sur ce sujet Tintéressant travail du D** Annuske : Die neuritis optiea bei tumor eerebri, in Archiv fUr ophthalmolo^ie, 19, Bd. abth. III, 1873. p. 165.

(2) A. de Graefe. — Gazette hebdomadaire, 1860, p. 708. — Voir aussi : (Vortraege aus der F. Qraefe'schen Klinik Monatshl. f. Juffenhlkde, 1865, mai.

(3) Schoen. — Archiv der Heilhunde, 1875, T"" heft.

HYPOTHiSB DE LA SEMI-DÉGUSSATION. 121

homologue ; en d'autres termes, une lésion cérébrale en foyer, du côté gauche, devrait, dans la théorie en question, entraîner la suppression ou Tobscurcissement de la moitié droite du champ yisuel, et inversement pour le cas d'une lésion de Thémisphère droit .

Je crois devoir protester contre ce que cette théorie ofiïre, pour le moins, de trop absolu et lui opposer la proposition suivante : Les lésions des hémisphères céré^ hraux qui produisent fhémianesthésie déterminent éga^ lemsnt VamUyopie croisée et non Vhémiopie latérale.

Je ne suis pas en mesure, remarquez-le bien, de décider que rhémiopie latérale ne saurait être jamais la conséquence d'une lésion en foyer du cerveau ; mais je suis disposé à croire que dans les cas de ce genre — si réellement il en existe — il s'agit surtout d'un phénomène de voisinage, par exemple d'une participation plus ou moins directe des bandelettes optiques. Je ne crois pas qu'il existe quant à présent une seule observation montrant clairement, en dehors de ces circonstances, l'hémiopie latérale développée en conséquence d'une lésion de la partie postérieure de la capsule interne ou du pied de la couronne rayonnante, tandis que les faits existent en certain nombre où une telle lésion a déterminé l'amblyopie croisée, se présentant avec tous les caractères que nous lui avons tout à l'heure assignés.

Quelques détails, relativement au symptôme hémiopie et à la cause anatomique présumée de son développement, doivent ici trouver leur place.

Vous savez comment l'existence, tant de fois constatée dans la clinique, de ce singulier phénomène, a depuis longtemps suggéré une hypothèse anatomique, d'après laquelle, chez l'homme, les nerfs optiques subiraient dans le

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chiasma non pas un entrecroisement complet, mais bien ce qu'on appelle la semi-décicssation. Cette hypothèse date de loin. On l'attribue généralement à Wollaston, mais la réalité est que Newton Tavait déjà émise, dès 1704, dans son Traité d'optique et qu'en 1*723, Vater l'avait à son tour invoquée pour expliquer trois cas d'hémiopie qu'il avait observés (1). Je vous rappellerai en quoi elle consiste.

Parmi les tubes nerveux qui composent les bandelettes et les nerfs optiques, il y avait, comme il a été dit, à distinguer ceux qui s'entrecroisent dans le chiasma et ceux qui n'y subissent pas l'entrecroisement. Ces derniers (voyez Fig.29,a\J)) c'est-à-dire les tubes nerveux non entrecroisés occuperaient le côté externe dans la bandelette, dans le chiasma, puis enfin dans le nerf optique et dans la rétine ; tandis que, dans tous ces points, les faisceaux qui s'entrecroisent (&', a) occuperaient le côté interne. 11 résulte de cette disposition que les faisceaux non-entrecroisés de la bandelette gauche seraient afrectés,par exemple,àla moitié gauche de la rétine de l'œil gauche, tandis que les faisceaux entrecroisés de la même bandelette fourniraient à la moitié gauche de l'œil droit ; la distribution des faisceaux de la bandelette optique droite s'opérant, bien entendu, d'après le même principe, mais en sens inverse.

En d'autres termes les faisceaux qui composent la bandelette optique du côté gauche seraient destinés à la moitié gauche (G G) de chaque rétine, et l'inverse aurait lieu (D D) pour les faisceaux nerveux provenant de la bandelette optique du côté droit.

Il ne faut pas oublier que cet arrangement des fibres nerveuses optiques est, anatomiquement parlant, tout hypothétique. Si, en effet, plusieurs auteurs, entre autres Hanno-

(l) Knapp. — Archiv. of seientific medecinii New- York, 1872.

HémOPIE HOMOLOGUE UNILATKRALB. Ii3

ver (1), liOnget, Graveilliier, Henle (2) et tout récemment encore H. Oudden (3) ont cru pouvoir lui prêter lappui de preaves anatomiques, il en est d'autres, tels que MM. Biesiadeotd (4), E. Mandelstamm (5) etMicliel(6)qui, contradictoirement, et faisant appel à des ai^uments du même ordre, ont essayé de démontrer que les fibres nerveuses des nerfs optiques subissent dans le chiasma, même chez rhomme, un entrecroisement complet. On peut dire qu'en somme, à Tbeure qu'il est, la question est loin d'être résolue.

On ne iaurait dono voir. Je le répète, dans la semi-décussation^ qu'une hypothèse ; mais c*est une hypothèse qui, incontestablement, bien mieux que toutes celles qu'on a essayé de lui substituer, rend compte des faits observés dans la clinique. En Jetant les yeux sur le schéma que je vous présente, vous reconnaîtrez conmient elle peut aisément servir à llnterprétation des divers modes de Thémio-

Occupons^^nous d'abord de Yhémiopie homologue unila" tércUe , la seule qui, d'après les auteurs, pourrait se produire comme conséquence directe d'une lésion en foyer intracérébrale. Il est clair que, d'après la théorie, une lésion siégeant au point E, de manière à interrompre dans leur trajet les faisceaux de la bandelette optique Rauche (b V)^

(1) Hannorer* «— • Dm Auf * B«itrâf$ mut 4iMl9«»t«, Pk^ologie und Pathologie diêêôt Orfans^ Leiptig, 187S.

(2) Henle. — Nervenlehre. Ueàer die Kreutztmg im Chiasma nervorum optieorwn,

(3) Gadden. Ârchiv. fUr ophtlalmologie. 1874, t. 20. 2<^ abth.

(4/ Biesiadecki. — • TJeher dos chiasma nervorum qpticorum deê wiensehen «nd der Thiere. > Wiener Setzber. çl* math, naturwiss. Classe. B. d 42. Jahrg. 1861, p. 86.

(5) E. Mandelstamm.— *Ueher sehnerwnkriuzung und Eemiopiê,» (Archiva fur ophthalmologie, t. 16, 1873, p. 39).

(6) Michel. — Ueier den Bau des chiasma nirvorum opiicorum. — Même recueil) p. 59. Taf. I, ûg,iv.

Voir aussi Bastian. — The Lancet, 1874, Julj 25, p. 112.

124 HâMIOm: HOHOLOOtTE tnnLi.TâRALB.

cenx qui s'entrecroisent dans le chiasma (b') et cenx qui ne s'y entrecroisent pas (ô) aura pour effet d'affecter la moitié gauche de chaque rétine (G G), on en d'autres termes soit d'obnubiler, soit de supprimer complètement toute l'étenduedu champ visuel du côté droit (hémiopie latérale droite). Vhémiopîe latérale gauche surviendrait au contraire, à la suite d'une lésion affectant de la même façon la bandelette optique du côté droit.

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