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II. — Appareil vasculaire

Les lésions et les troubles de cet appareil sont fréquents, beaucoup plus même qu’on ne le croit ordinairement, car, il faut bien le dire, on néglige trop d'examiner les tabétiques à ce point de vue; si on le faisait plus souvent on constaterait dans bien des cas leur existence. Ces lésions et ces troubles sont multiples et peuvent fi-appci- de façons diverses le cœur et les vaisseaux. Eu connexion avec ces troubles vasculaires j’auiai l’occasion de vous parler d’une complication signalée tout i-écemtnent : le goitre cxophthalrnique.

TABES DORSIJALIS.

ci). — Cœur. — Un assez grand nombre de travaux ont été consacrés à Uéludc des lésions cardiaques au cours du tabes, et je n’culreprcndrai pas de vous les énumérer ici, d’autant plus que leurs couclusioiis sont loin d’étre toujours concordantes ; pour les uns, en clîet, les lésions mitrales seraient de beaucoup les plus fréquentes ; pour les antres ce seraient les lésions aortiques ; j’ajoute. Messieurs, qu’à mon avis il ne saurait y avoir de doute à cet égard; d’après les recberebes que j’ai faites sur de nombreux tabétiques, les lésions aortiques sont infiniment plus fréquentes que les lésions mitrales. Parmi ces dernières on observerait surtout le rétrécissement ; parmi les premières l’insuffisance aortique est la plus ordinaire.

Bien que je me trouve hors d’état de vous donner une statistique indiquant la fréquence des lésions cardiaques dans le tabes, vous pouvez, Messieurs, considérer celle-ci comme assez grande ; j’irais môme jusqu’à dire qu’en prenant au hasard quatre ou cinq tabétiques arrivés à une période assez avancée, l’auscultation vous révélera chez au moins un d’entre eux des signes plus ou moins accusés d’une altération cardiaque.

h). — V'iiisseaux. — Les lésions vasculaires au cours du tabes sont relativement moins connues que les cardiaques; il est cependant un fait bien certain, c’est qu’elles y sont fréquentes et qu’elles peuvent également s’observer sur les plus fines artères et sur les plus grosses. U artériosclérose avec ses différents aspects et ses conséquences variées se montre assez souvent chez les tabétiques. L’existence de cette lésion vasculaire a môme servi de base à certaines théories émises sur la nature du tabes, et, ce qui nous intéresse pins spécialement ici, sur la nature des altérations cardiaques dont je viens de vous entretenir.

Voici d’ailleurs en quelques mots les différentes opinions qui ont été émises pour expliquer la production de ces lésions cardiaques :

Pour quelques auteurs (Berger, Bosenbach, Grasset, etc...), ces lésions seraient dues à un véritable trouble trophique d’origine tabétique portant sur les valvules ou sur le cœur lui-même ; M. J. Teissier est môme allé jusqu’à prononcer à ce propos le mot de « mal perforant des valvules aortiques ».

Pour d’autres médecins (Adamkiewicz, Bumpf, Ilippolyte Martin. Lctullc, etc...), le tabes et les lésions vasculaires seraient pour ainsi dire à évolution parallèle, la lésion médullaire serait la cou-

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séquence directe de la localisation dans la moelle des lésions vasculaires qui se montrent en même t('mps dans d’antres régions de l’organisme.

J’avone, Messieurs, que ni l’nne ni l’antre de ces opinions ne me satisfait complètement, et j’aurais quant à moi nue grande tendance à considérer le tabes et les aHcctions cardio-vascnlaires comme n’étant pas dans nn rapport absolu de cause à eflcl ; je crois (pie l’explication de la fréquence des lésions cardio-vasculaires dans le tabes se trouvera bien plus aisément dans ce fait que les tabétiques sont, pour l’immense majorité, des syphilitiques ; or, la syphilis est une des plus importantes parmi les causes des lésions cardio-vasculaires, surtout des lésions aortiques; il n’est donc pas surprenant que chez les tabétiques elle produise simultanément des lésions médullaires et des lésions du cœur et des vaisseaux, de même qu’elle pourrait s’accompagner de manifestations sur la peau ou sur les muqueuses.

A propos des troubles cardio-vasculaires il en est un dont je dois vous dire quelques mots, c’est l’an^wœ de poitrine (Vulpian, Leyden) qui, chez les tabétiques, s’observe assez souvent et se montre avec ses sympt(jmes habituels : constriction et douleurs rétro-steniales, angoisse, irradiation au bras gauche, sensation de mort prochaine, etc.... D’après M. Leyden, cet « angor pectoris » serait dû à ce que les rameaux cardiaques du pneumogastrique sont intéressés par le processus tabétique, et le professeur de Berlin fait remarquer à l’appui de cette manièi-e de voir que cet accident coïncide parfois avec les crises gastriques (cas de Vulpian) ; d’autre part, M. Oppenheim a signalé dans certains cas de crises gastriques une sensation prémonitoire d’angoisse et un engourdissement dans le bras gauche ; ces dilférents caractères indiqueraient, d’après -M. Leyden, une participation des rameaux du pneumogastrique. La chose est fort possible, étant donnée la multiplicité des lésions nerveuses au cours de la maladie du Duclienne, mais il y a lieu, à mon avis, de se demander s’il en est toujours ainsi, et si les lésions de l’aorte dont je vous parlais tout à l’iieuro ne suffisent pas à déterminer par elles-mêmes les symptijines de l’angine de poiti-ine sans qu’il soit nécessaire de faire intervenir là un processus tabétique.

A ces différentes manifestations cardio-vasculaires je rattacherai, pour la facilité de la classification, mais sans aucune idée dogma-

TAltES IJORSÜALIS.

liciiiü, un anlrc i)liéiK)mèiic hicn singulier cl (robservalion réceiile : la coïncidence de la maladie de Basedoiu avec le tabes.

L’allenlion a élé alliréc sur ces laits dans la niènic séance de la Société des llèpilanx* par M. llarié et par M. Joiri-oy. Ce dcriner en coininiini(piait à la fois six observations! La snr|)risc fut grande, mais aucun doute u’élail permis; c’élaienl bien là des tabétiques, car ces malades présentaient des douleurs fulgurantes, le signe de Wcslpbal, le signe de Romberg, rincoordirialion des niou- Ycmenls, l’anesthésie plantaire, des perlnrbalions génésiques; c’étaient bien aussi des cas de maladie de Rasedow, car il y avait de l’exophthalmic, de la tachycardie avec hypertrophie du cœur, le güidlcmciil paroxystique du corps thyroïde, du tremblement, de la polyurie, etc.

Cette coïncidence de la maladie de Rasedow et du tabes est-elle donc un fait extrêmement rare? Eh bien non, Messieurs, depuis qu’on a « appris à voir » les cas. de ce genre, on en trouve toujours de nouveaux, et je viens, pour ma part, d’en observer un tout récemment. En outre de ceux présentés à la Société des Hôpitaux par M. Rarié et par M. Joffroy, je peux vous en citer quelques autres : l’un de M. Marcus Gunn^ qui remonterait déjà à 1885, un autre de M. A. Marina^; M. Charcot en a également montré un à ses auditeurs; enfin une thèse récente* faite sous l’inspiration de M. Mendel a pour sujet un cas de cette afléction.

Quant à la façon de comprendre cette singulière alliance du tabes et de la maladie de Rasedow, les opinions diffèrent considérablement. Il faut d’ailleurs remarquer que rien de fixe ne semble exister même au point de vue chronologique entre ces deux affections ; c’est ainsi que dans le cas de M. Rarié le tabes avait précédé l’apparition des symptômes de la maladie de Rasedow, tandis que le contraire avait lieu dans plusieurs cas de M. Joffroy. Naturelle-

1. Barié, .lolfroy, Soc. méd. des hôp. de Paris, séance du 14 décembre 1888.

2. Marcus Gunu. .le n’ai pu retrouver ce travail dont l’indication ne m’est parvenue que de seconde main.

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