IV. — Appareil urinaire
A. Troubles do la sâcrélion urinaire. — Us sont qualitatifs, ou quantitatifs.
Parmi les premiers, je vous signalerai la ghjcosurie^ qui est peut-être due à l’existence de lésions tabétiques au niveau du plancher du quatrième ventricule. D’autres troubles reconnaissent sans doute pour cause la tendance consomptive que je vous ai déjà plus d’une fois signalée chez ces malades, troubles consistant en une diminution du cliifjre de l'urée, en un abaissement du chiure de l'acide phosphoriciue total, avec augmentation proportionnelle de l’acide phosphorique uni aux terres, enfin en des variations assez grandes dans la quantité de chlore éliminé avec propension à Vhyperchlorurie, d’après les recherches de MM. Livon et Alezais.
M. Albert Robin (communication verbale) a remai’qué que chez certains tabétiques la quantité de phosphore incomplètement oxydé éliminée par les urines était plus considérable le matin au réveil que le soir au coucher; cette difierence serait sous la dépendance de l’excitation nerveuse produite par les douleurs fulgurantes pendant le jour et aussi de la sédation nerveuse amenée par le sommeil de la nuit.
Quant aux troubles quantitatifs, je vous citerai l'hypersécrétion urinaire (plusieurs litres par jour) qui s’observe chez certains malades et souvent avec un caractère paroxysmal, d’où le nom de « crises d’urine » proposé par M. Féré pour les cas de ce genre. C’est là un exemple de ces flux (gastrorrhée, sialorrhée, diarrhée persistante, etc.) qui sont loin d’être rares dans le tabes.
B. Troubles de T excrétion urinaire. — Ils sont extrêmement fréquents, et de plus précoces, ce qui, joint à une individualité symptomatique bien marquée, les classe parmi les meilleurs signes du tabes au début.
1. MM G. Guinoii et Couques ont, dans les A)r/nT'cs de Ncrirologic, 1891, soutenu l'opinion intéressante que chez certains tabétiques la glycosurie pourrait être l’expression d’une diathèse héréditaire, car ainsi que l’a montré M. Charcot, dans les familles où existe le diabète, il est assez fréquent de rencontrer le tabes
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Parfois ils cousliliient la manifcslalioii iniUale de la maladie de Diiclienne, et, naliirelleinenl, presque toujours alors les malades s’adressent à un chirurgien s’occupant particulièrement des affections des voies urinaires. Celui-ci fait l’examen local et, bien entendu, ne trouve absolument aucune lésion du canal, de la prostate, ou de la vessie qui puisse expliquer les troubles dont ils se plaignent. C’est ta raison pour laquelle M. Guyon désigne très justement ces malades sous le nom de « faux urinaires ».
11 y a donc, Messieiu's, une question que vous devrez toujours poser à l’individu chez lequel vous soupçonnez le tabes. Cette question c’est : « comment pissez-vous? » Parfois, surtout parmi les gens qui s’observent peu, vous trouverez des tabétiques qui vous diront qu’ils n’ont rien remarqué d’anormal ; ne vous laissez pas rebuter par cette première réponse, continuez votre interrogatoire en précisant davantage : « êtes-vous obligé d’attendre, de pousser pour uriner? » Cette fois le patient, mis sur la vo ie, dira oui, je peux vous le garantir par avance, souvent môme il entrera dans des détails tout à fait caractéristiques.
En elTet, si les tabétiques au début ne sont pas paralysés de la vessie, ils perdent cependant en partie le contrôle de cet organe; c’est, passez-moi l’expression, un instrument dont ils ne savent plus jouer avec toute la délicatesse nécessaire; au lieu de «lâcher l’eau » suivant l’expression vulgaire, mais pittoresque, ils sont pour ainsi dire obligés de la « pomper » en -poussant de toutes leurs forces; et avant de voir apparaître la première goutte ils attendent non pas seulement quelques secondes, mais une, deux minutes, plus encore. Comme le dit M. Fournier, ces malades n’urinent plus « qu’en plusieurs actes », j’ajouterai que les « entr’actes » sont si longs que souvent les spectateurs, quand il y en a, ne tardent pas à se lasser. C’est ainsi que M. Fournier rapporte l’histoire de plusieurs de ses clients qui n’osaient plus pisser dans les urinoirs publics; c’était pour eux la source de querelles sans nombre avec les gens qui se tenaient auprès, désireux d’entrer à leur tour, et furieux que le premier occupant n’en finit pas de leur céder la place.
La rétention complète se voit quelquefois, mais est en somme rare, et le plus souvent tout à fait transiloire; je l’ai vue cependant nécessiter des cathétérismes quotidiens.
l'incontinence absolue peut egalement s’observer, surtout dans
TAIiES nORSUALIS.
les périodes avancées de la maladie, mais elle aussi esl rare; lors- ([ii’elle existe, elle présente souvent le même caractère transitoire (|ne la rétention. En revanche, V inconlinen.ee relative est fréquente; à l’occasion d’une émotion, d’un efloi-t, ou dans le sommeil, et sans cause appréciable, le malade laisse couler dans sa chemise ou dans sou pantalon quelques gouttes d’urine, mais lien que quelques gouttes; parfois même, grâce à un certain degré d’anesthésie de la mu(]ucusc urélhrale, il ne s’aperçoit de ce petit accident que parce (|u’il se sent mouillé.
Dans certains cas les mictions sont trop fréquentes, il y a de la pollakiurie, ou bien, au contraire, elles sont rares, très rares, et môme certains tabétiques n’éprouvant plus la sensalion du besoin d’uriner ne pissent plus, comme le dit M. Fournier, que « par raison ».
Je vous ai parlé à l’instant. Messieurs, de V anesthésie qui quel quefois existe au niveau de la muqueuse urélhrale, et probablement aussi de la muqueuse vésicale; il ne faudrait pas croire que cela exclue la présence de douleurs dans ces régions. On peut en (îffet observer des phénomènes douloureux soit avec le caractère fulgurant, soit à type permanent (sensalion de corps étranger); ceux-ci siègent on dans l’urèthre, ou au col de la vessie, ou dans la vessie, et, môme chez certains malades, il peut y avoir, suivant la description de M. Fournier, de véritables coliques vésicales. Ces coliques seraient, d’après cet auteur, comparables aux crises ou « coliques » gastriques. Enfin quelques auteurs ont signalé des cas dans lesquels les douleurs prenaient des allures et une localisation très analogues à celles des coliques néphrétiques, d’où le nom de crises néphrétiques qui leur a été donné.