‹ Lec̦ons sur les maladies de la moelleChapitre 44 sur 78 · V. — Appareil génital · texte numérisé non relu

V. — Appareil génital

Les troubles de cet appareil doivent être étudiés isolément dans les deux sexes, non pas qu’ils diffèrent essentiellement de l’nn à Fantre, mais parce que les rôles propres à l’homme et à la femme dans l’acte sexuel leur impriment des caractères particuliers.

A. Chez l’Homme. — C’est dans le sexe masculin, et vous le comprendrez aisément (rôle plus actif, investigations plus faciles), que les troubles génitaux du tabes ont été surtout observés.

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a. Impuissance. — C’esl là la inanifeslalion la plus fréquciilo (lu tabes sur la sphère génitale; d’abord celle impuissance ri’esl ipie i-elative, les êrectioi^s sont plus leules à venir, le malade avoue en liocliant la tète d’un air de résignation « qu’il a beaucoup baisse de ce C(jté-là ». et môme quand il lient son érection, celle-ci n’est pas toujours « de bonne qualité » ; si par chance l’érection a été suffisante, c’est Vi’jaciilalion qui maintenant va se faire attendre d’une façon inusitée, heureux encore quand elle vient. Peu à peu, ou parfois assez rapidement, ces troubles iront en augmentant et l’impuissance deviendra absolue, .l’ajoute qu’heureusement pour ces pauvres gens V inappétence sexuelle marche d’un pas égal ; — « Voyez-vous, monsieur, me disait un jour à l’hôpital un tabétique absolument impuissant, quand on n’a plus faim, qu’importe qu’on ait perdu ses dents? » En effet, les tabétiques « n’ont plus faim », c’est pour cela que, comme je vous le disais tout à l’heure, ce sont des impuissants résignés, contrairement à tant de névropathes qui, eux, sont des impuissants affamés.

Mais les choses sont loin de se passer toujours ainsi ; dans d’autres cas, le début du tabes est marqué par des phénomènes génitaux tout opposés, et la période d’impuissance est précédée par une période d’excitation.

b. Excitation génitale. — Celle-ci peut, ce qui est assez rare, porter à la fois sur les différentes scènes de l’acte sexuel (désirs, érection, éjaculation), et alors les individus chez lesquels elle se montre sont les premiers surpris de cette vaillance, llattés quelquefois, le plus souvent un peu effrayés et non sans motif. — Mais en général celte excitation n’est guère « qu’en façade », c’est tout au plus un trompe-l’œil; ces érections fréquentes, persistantes, constituant dans certains cas un véritable priapisme, bien souvent ne s’accompagnent d’aucun désir, ne sont suivies d’aucune éjaculation; on bien les éjaculations sont prématurées, elles surviennent au premier contact, elles ne procurent aucune jouissance, quelquefois rneirne elles sont douloureuses. Chez certains malades elles prennent le caractère de simples pollutions, et M. Fournier, qui les a vues survenir par groupes à des intervalles de temps plus ou moins espacés, les compare à de véritables « crises » plus ou moins analogues aux différentes crises viscéiales que nous avons appris à conriailrc.

.Jusqu’à présent fous les renseignements qui nous ont été néces-

TARES DOUSUALIS.

saires pour la description de ces différents troubles génitaux, c’est aux malades qu’il nous a fallu les demander et nous avons dû les croire sur parole ; nous avons cependant le moyeu de contrôler jusqu’à un certain point leurs dires et tout au moins de savoir si chez eux l’impuissauce existe ou non. Ce moyen nous est fourni par l’examen de différents réflexes de la sphère génitale :

i. Rô/lexe créniaslôrien. — La recherche de ce réllexe ne faisant généralement pas partie de la pratique ordinaire, du moins en France, je crois être utile à un certain nombre d’entre vous. Messieurs, en leur indiquant le modus faciendi. Des deux individus que j’ai fait placer devant vous l’un est un homme sain, l’autre un tabétique impuissant; nous allons voir do quelle façon se comporte chez l’im et chez l’autre le réflexe que nous étudions : j’ai fait découvrir le pubis do l’homme sain et ses cuisses jusqu’au-dessous des genoux, de façon que vous puissiez voir librement son scrotum, c’est sur celui-ci que vous devez tenir les yeux fixés, épiant ce qui va se passer.

Avec le bout de l’ongle ou un corps mousse quelconque, je frotte l'apidement une seule fois de haut en bas, le long de la partie interne d’une des cuisses, en appuyant doucement sur la peau; l’effet immédiat est une ascension du testicule de ce coté vers le canal iléo-scrotal; autant de fois je répète mon mouvement, aussi souvent vous voyez le testicule s’élever; c’est là ce qu’on appelle le réflexe crémastérien. Cherchons de la même façon ce réflexe chez notre tabétique impuissant; j’ai beau frotter à plusieurs reprises le long de l’une et de l’autre cuisse, le résultat est absolument nul, le testicule ne s’élève pas, l’absence du réflexe crémastérien est complète. Eh bien. Messieurs, il y a une connexion intime, je n’oserais pas dire absolument constante (ces faits n’ayant pas encore reçu tout le contrôle que je souhaiterais), entre l’absence du réllexe crémastérien et l’impuissance, quand celle-ci est due à des lésions organiques du système nerveux, comme c’est le cas pour le tabes; au contraire, pour les maladies nerveuses autres que le tabes, dans lesquelles l’impuissance n’est pas due à une lésion organique des centres nerveux, le réflexe crémastérien persiste, et l’on peut espérer voir l’impuissance disparaître un jour.

Il existe dans la façon de rechercher le réflexe crémastérien une variante que je dois vous faire connaître; elle consiste en ce que, au lieu de frotter la partie interne de la peau de la cuisse, on se borne

à presser assez forteinenl sur celle-ci avec le pouce, au niveau de ranneau du ü® adducleur; le résullal est le niùme. Vous devez doue, avant de vous prononcer sur l’absence du redexe créinastérien. avoir pris soin de rexaininer par run cL l’autre procédé. Enfin eu tcrininautje tiens avons mettre en garde contre l’erreur qui consisterait à prendre la coniraction du dartos pour celle du créinaster. Cette contraction du dartos se produisant au contact de l’air, dès qu’on découvre le malade, n’a rien à faire avec le réllcxe crémastérien ; vous la distinguerez à ce qu’elle n’est pas localisée au testicule comme ce dernier réflexe, mais générale, occupant tout le scrotum; en outre, le mouvement ainsi produit est lent, vermiculaire, tandis qu’au contraire l’ascension du testicule dans le réflexe crémastérien est brusque et rapide.

2. Réflexe biilbo-caverneux. — Ce réflexe a été récemment décrit par M. Onanoff* qui en a également indiqué les modifications au cours du tabes ; voici en quoi il consiste, et quelle est, d’après M. Onanoff lui-même, la manière de le rechercher : — « l’index de la main gauche étant placé sur la région du bulbe de l’iirèthre, la main droite frotte rapidement la surface dorsale du gland à l’aide du bord d’un morceau de papier, ou encore pince légèrement la muqueuse; dans ces conditions l’index appliqué sur la région du bulbe perçoit une secousse plus ou moins intense qui est en rapport avec la contraction des muscles ischio et bulbo-caverneux ». Or ce réflexe qui existe d’une façon constante chez les individus sains et même chez les individus atteints de maladies nerveuses, mais dont les fonctions génitales sont conservées, disparaît chez certains tabétiques ; ceux-là n’auront plus d’érections complètes, dit M. Onanoff. Cet auteur est d’ailleurs le premier à admettre que cette notion soit sujette à quelques réserves, ses recherches n’ayant jusqu’alors porté que sur des cas de tabes.

.■>. Atrophie et anesthésie testiculaires. — Ces deux phénomènes ont été signalés et étudiés par MM. Pitres et Rivière®; l’atrophie testiculaire a été constatée par eux .5 fois sur un chiffre de 20 tabétiques; quant à l’anesthésie de cet organe à la pression, ils l’ont trouvée IG fois sur 20 cas, cctlc anesthésie peut être très accentuée.

I- Onanoff, Du réflexe « bullo-caverncux », Sncidlâ de biologie, séance du 3 mai 1889.

2. Rivière, De l’anestliésic et de l'atrophie testiculaires dans l’ataxie locomolrice, Thèse de Bordeaux,

TABES DOBSIJALIS.

(’-c soiil là, Messiinirs, des niMnil'oslalioiis du labos sur la spliùrc génitale que vous pouiToz coiislaler direclemenl et qui vous lournirout de précieux i-euseignoineiils sur 1 elal de ces lonclious dans le sexe masculin.

B. ('-liez la Femme. — Gliez celle-ci, comme je vous l’ai dit, les troubles génitaux sont à peu près analogues à ceux qui se monlreiil chez rhomme, mais la dil'lérence des organes leur imprime des caractères particnliors :

a. Dépression (jéniLale. — Elle peut être plus ou moins marquée ; vous devrez, bien entendu, tenir compte dos aptitudes antérieures du sujet, nu assez grand nombre de Icmmes présentant à l’état normal une frigidité à peu [irès absolue. — Chez les Icmmes tabétiques vous constaterez donc, comme nous l’avons fait chez les bommes, soit une simple diminuliou des désirs sexuels, soit même une inappétence complète ; mais ici encore ce symptôme sera parfois précédé des phénomènes d’excitation génitale.

b. Excitation génitale. — Celle-ci se présentera dans certains cas avec un degré très accentué, tel que par exemple sons l’aspect désigné par M. Pitres’ du nom de crises clitoridiennes . Le meilleur moyen de vous donner une idée de ces crises est de vous citer Icxlncllemcnt un passage d’une des observations de M. Pitres : « Les sensations voluptueuses survenaient, d’après le récit de cette lemme, à un moment quelconque de la journée, surtout quand elle était inactive cl, bien entendu, sans être précédées d’ancunc provocation ni d’aucune pensée lubrique. Cela débutait par une sorte de chatouillement, de vibration dans l’intérieur du vagin. La sensation gagnait le clitoris qui entrait bientôt en érection, cl très peu de temps après survenait un véritable spasme éi’olique avec éjaculation, absolument comme dans le coït régulier. Ces crises v(5luptucuses spontanées se répétaient presque toujours trois ou quatre fois dans la môme journée, puis restaient une ou deux semaines sans revenir. Elles étaient suivies de langueurs d’estomac assez pénibles. Notons qu’à cette époque celte femme vivait maritalement avec le père de ses enfants et qu’elle usait modérément, mais eu toute liberté, des plaisirs conjugaux. » Les crises clitoridicnues sont donc, comme le montre re.\em})lc ci-dessus, purement et simplement des pollutions s’accompagnant des sensations voluptueuses

1. l’itre.®. Des crises cliloriclieniies au début ou dans le cours de l'ataxie locomotrice. Progrès médical, 1884, n° 57, p. 729.

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