ANATOMIE PATHOLOGIQUE
llrsToniQUE : Hulin, Monod, Cruvcilliiei', Rokitansky, Türck, Romberpr, Cliarcot et Pierrot, etc — A. Moelle. — Aspect macroscopique. — Aspect sous le microscope';
a) dans la période de début. — Cordon postérieur : a bandelettes externes : leur silualion, leurs altérations; p cordon de Goll; y reste du cordon de Burdach ; — 5 Zone de Lissauer. — L) dans unepériode avancée. — 1. Cordon postérieur. lésions des bandelettes externes, du cordon de Goll, du reste du cordon de Burdach. — 2. Substance grise . a. Gome antérieure ; p Colonne de Clarhe; y Corne postérieure; 5 Canal central. — li. Raci.nes postériedbes : leurs lésions. — C. G.\xglio.ns SPINAUX : leurs lésions. — Ü. Nerfs périphériques : leurs lésions. — E. Cerveau : Disparition des fibres nerveuses des circonvolutions.
Messieurs,
Nous voici, je pense, en état sinon de pénétrer les arcanes des lésions tabétiques, ou du moins de nous faire une idée approximative des points dans les^quels siègent ces lésions. Je commencerai par vous présenter l’énumération des altérations diverses qui peuvent s’observer dans le tabes, puis nous cliercberons à coordonner ces lésions les unes par rapport aux autres, et à reconnailre ainsi la nature du processus dont elles dépendent.
Vous m’excuserez. Messieurs, de ne pas m’atlarder à dérouler devant vous l’Historique en somme un peu terne qui commence à Hulin (1817) pour se continuer par Monod, Cruveilliier, Rokitansky, Türck, Romberg, etc...; le fait est que les lésions médullaires du tabes étaient connues des anatomo-pathologistes bien avant que cette affection eût été élevée par les cliniciens à la dignité d’entité morbide; un passage deFroriep cité par M. Jaccoud est à cet égard
YlNGT-lllIlTlKMR LEÇON. -Vi!»
d’un piquant intérêt. II ne semble donc pas qu’il y ait lieu de rattaclier au nom de tel ou tel de ces auteurs la notion de la sclérose des cordons postérieurs dans le tabes. — Mais en revanche je dois signaler d’une façon toute particulière le progrès qu’ont fait faire à l’Anatomie Patliologique du tabes MM. Charcot et Pierrot le jour où ils ont monti'é que cette sclérose débulaif par les bandetelles exlernes, que la région des bandelettes externes était celle où l’on pouvait localiser tout d’abord le processus morbide. — C’est là, à mon avis, une découverte de grande valeur, non seulement en ce qu’elle a été confirmée de toutes parts, mais parce qu’elle nous trace aussi la voie pour les recherches ultérieures sur la nature des lésions tabétiques.
Comme je vous l’ai dit, je commencerai. Messieurs, par vous exposer les faits, puis nous passerons à l’examen des théories.
A. Moei.le. — On peut déjà à l’œil nu constater un certain nombre de modifications de cet organe. Souvent, en effet, la moelle présente une légère diminution de volume, surtout quand les lésions sont très prononcées; quelquefois aussi dans les cas de ce genre, on observe un peu d’épaississement, une opacité plus ou moins marquée de la pie-mère au niveau des cordons postérieurs. Parfois aussi, lorsque les méninges ont été écartées, ces cordons se font remarquer par leur teinte grisâtre, ce qui forme une sorte de long ruban se déroulant dans toute la hauteur de la moelle. Sur une coupe on constate également que ce cordon gris empiète plus ou moins profondément dans l’intérieur des cordons postérieurs. — Voilà, comme je viens de vous le dire. Messieurs, ce qui s’observe dans les cas où les lésions sont très prononcées; lorsqu’elles sont peu marquées, le diagnostic analomo-pathologique ne peut être fait qu’avec le microscope.
Pour se rendre un compte exact de l’aspect microscopique de la .Moelle dans le tabes, il est bon d’étudier celui-ci à deux stades différents de cette affection; seul en effet le stade de début permet de se rendre compte de la localisation des lésions fondamentales; lorsque plus tard tout le cordon postérieur a été envalii, toute dissociation anatomique est devenue impossible.
Dans la période de début. ~ Quand, avec un faible grossissement, on parcourt de l’œil l’étendue des cordons postérieurs, on s’aperçoit que dans certains points de ceux-ci les fibres nerveuses sont beaucoup moins nombreuses, le tissu de soutènement au con-
TAliES DOHSIJALIS.
traire plus al)orulanl ; il n’est pas besoin d’nn long examen pour reconnaître que ces altérations constituent de véritables zones de sclérose.
ConooN rosTKHiEUR. — 11 convient de considérer à part ses différents segments :
a) Les BandeleUes externes, c’est-à-diro cette partie du cordon postérieur qui de chaque côté l)ordc la corne postérieure, non pas
Fig'. IGG.
Coupe de la moelle lombaire dans un cas de tabes au début. (Les parties blanches sont sclérosées.) — Remarquer l’altération des zones de Lissauer au niveau de l’extrémité des cornes postérieures et la localisation de la sclérose dans le cordon postérieur; celle-ci part du voisinage immédiat des cornes postérieures (bandelettes externes proprement dites), et s’étendant transversalement jusqu’au sillon postérieur, occupe toute l’épaisseur du cordon postérieur.
dans toute son étendue, mais surlout dans son tiers moyen et dans son tiers postérieur, et au niveau de laquelle se voient de nombreuses expansions nerveuses qui se rendent dans la partie moyenne de la corne postérieure. La forme de ces bandelettes externes et leurs dimensions varient un peu suivant la hauteur de la moelle que l’on considère, et je ne peux vous faire ici l’énumération de ces variétés; mais ce qu’il y a de certain, c’est que dans toutes ou presque toutes les autopsies de tabes, même au début, les bandelettes externes sont atteintes. Notez bien, Messieurs, qu’elles peuvent d’ailleurs n’étre pas altérées dans toute la hauteur de la moelle, et, par exemple, être indemnes ou à peu près dans la région cervicale tandis qu’elles sont très prises dans la région lombaire. Quelquefois cependant on les trouve altérées non seulement dans
YIN(ÎT-llUrnÈ.ME LEÇON.
la région lombaire, mais aussi dans la région dorsale et au niveau du renllemeiil cervical ; au-dessus de celui-ci elles se montrent généralement indemnes.
P) Le Cordon de Goll. — Celui-ci est en général déjà atteint, mais souvent d’une façon tout à fait légère, tant au point do vue de
Fig. Iü7.
Coupe de moelle (région dorsnle) dans un cas de tabes au début. Les parties sont d'autant plus sclérosées qu'elles sont plus claires. Le cordon de Goll est atteint; le cordon de Burdacli au contraire res|)ecté, sauf dans sa partie postérieure; la bandelette externe proprement dite est le siège du maximum des lésions.
l’intensité que de re.vtension des lésions. La localisation de celles-ci présente dans ce cordon des singularités dont nous ne comprenons pas encore les raisons et que seules des études ultérieures permettront d’e.vpliquer.
y) Ce. Reste du cordon de Burdach. — 11 présente des traclus de sclérose d’autant plus marqués qu’on s’éloigne de l’époque à laquelle ont débuté les lésions; en outre ces tractus semblent se montrer plus apparents lorsque les bandelettes externes du segment de moelle sous-jacent étaient très altérées. Les ligures dessinées par ces tractus sont d’ailleurs à peu près inexplicables pour nous dans l’état actuel de la science, du moins dans leurs détails ; aussi je préféré me borner à melti'c sous vos yeux quelques dessins représentant fidèlement l’aspect des cordons postérieurs dans des cas de tabes encore peu avancés.
l) Zone de Lissauer. — Vous connaissez. Messieurs, la situation de cette zone entre la pointe de la corne postérieure et la périphérie
^52 T\BES DOHSUALIS.
(le la moelle; vous savez qu’elle est constituée par la réunion de (ines fibres nerveuses. Eli bien, dans le tabes, cette zone, ainsi que 1 a montre M. Lissaucr, est prolondémcnt altérée : toutes ou presque toutes les fines fibres nerveuses qui la constituaient disparaissent entièrement. Aussi sur les préparations colorées avec l’iiématoxy-
Fig:. 168.
Coupe de moelle (renllemenl cervical) dans un cas de tabes au début. Le cordon de Coll est atteint dans toute son étendue eu longueur. La zone inoycniic du cordon de lîurdach l’est aussi, ainsi que la bandelette externe jiroprement dite. Les parties sont d’autant^lus sclérosées qu’elles sont plus claires.
line de Weigert constatc-t-on un aspect tout particulier de cette l’égion, elle se montre tout à fait dénudée. C’est cette apparence qui avait induit certains auteurs à décrire comme fréquente dans le tabes la concomitance d’une sclérose de la partie postéro-interne du cordon latéral. — En réalité, le cordon latéral n’est dans ces cas nullement atteint, seule la zone de Lissauer est altérée, et comme j’ai eu l’occasion de vous le dire, cette zone dépend essentiellement du système radiculaire postérieur. — J’ajouterai que la dégénération de la zone de Lissauer est une des altérations précoces du tabes ; la recherche des lésions à ce niveau, très facile d’ailleurs, est donc intéressante à tous égards.
b) Dans une période avancée. — Ici encore l'aspect des lésions est fort variable, puisqu’une infinité de degrés peuvent être observés; je m’attacherai donc seulement aux grandes lignes, et je compte d’ailleurs que les figures que je mets sous vos yeux vaudront mieux que toutes les descriptions.
1) CouDox posTÉiuEun. — Dans les cas très avancés on peut le voir presque entièrement scléreux; c’est alors un singulier aspect que
YINGT-IIUITIKMI': LEÇON.
celui qu’il prcseiito, notamment dans la région dorsale, où, par suite de la participation de la -onc de Lissaiier, le territoire sclérosé
Coupe de la moelle doreale dans un cas de labes. Le cordon postérieur est atteint dans son entier, il ne reste que quelques fibres nerveuses saines absolument isolées, dont le nombre est d’ailleurs un peu plus grand dans la région antérieure au voisinage de la commissure postérieure. — Remarquer tout particulièrement l’extension en éventail du tissu de sclérose; cet aspect est dû à l’envahissement de la zone mai’ginale de Lissauer; on conçoit qu’en présence de cas de genre on ait parlé du passage de la lésion des cordons postérieurs aux cordons latéraux.
dépasse en dehors la corne postérieure, et, prenant une forme « en croissant », semble s’étendre au.x dépens du cordon latéral. Les bandelettes externes sont, comme vous pouvez le penser, complètement dégénérées; du moins au niveau des renflements lombaire
Fig. 170.
Moelle cervicale dans un cas de tabes (les parties claires sont sclérosées). — Observation de.« fibres B (comrnissurales?) situées à la partie antérieure du cordon postérieur; extension en éventail des lésions du cordon postérieur par envahissement de la zone de Lissauer.
et cervical et de la plus grande partie de la moelle dorsale. — Le cordon de Goll est en général fort atteint; dans quelques cas même on voit, à la région cervicale, les lésions y présenter une in-
TABES DOBSL'AUS.
lensilé qu’elles n’onl pas dans le reste du cordon postérieur; dans CCS cas le cordon de Goll est pris en niasse; d’autres
Fi". 171.
Moelle lombaire dans un cas de tabes (les parties claires sont sclérosées). — Conservation des fibres C (commissurales?) situées à la jiartie antérieure du cordon postérieur. Conservation d’un petit territoire A situé de chaque côté du sillon postérieur; la conservation de ce petit territoire signalée par M. Strümpcll est fréquente dans la moelle lombaire des tabétiques.
fois une partie seulement de son territoire est atteinte. Enfin
Fig. 172.
Coupe de la moelle lombaire dans le tabes (les parties claires sont sclérosées). Conservation des libres B (commissurales?) situées à la région antérieure du cordon postérieur. — On remarquera que la sclérose se continue dans les faisceaux blancs au niveau de 1 extrémité de la corne postérieure, le petit quadrilatère ainsi formé et que l’on voit rempli d un pointillé lin est la zone marginale de Lissauer atteinte par la dégénération ; elle devrait Cire plus claire.
M. Strüinpell a montre qu’il n’est pas rare de voir dans la région lombaire un petit fuseau de fibres se conserver à l’union du
VlNGT-HUmÈME LEÇON. ^'^5
tiers postérieur et du tiers moyeu du sillon postérieur; ce petit fuseau de libres correspond à la Zone Médiane de M. Mechsig.
Quant au Reste du cordon de Burdacli, c’est sa partie moyenne, qui oiïre en général les lésions les plus accusées; il existe en effet certains points de son territoire qui, ainsi que le dit fort justement M. Strvimpell, ne participent que d’une façon tout à fait tardive à la dégénération. Ces points sont : d’une part, la région antérieure du
Fig. 175
Coupe de la région cervicale dans un cas de tabes. Presque tout le cordon postérieur est détruit à l’exception de quelques libres saines dans l’angle postérieur et externe du cordon postérieur, à l’exception aussi des fibres situées en arrière de la commissure postérieure et le long de la base de la corne postérieure, zone cornu-commissurale. On remarquera aussi les traînées de fibres isolées qui, partant de la commissure postérieure, vont le long du sillon postérieur, puis le quittent pour gagner la périphérie de la moelle; ces traînées de fibres isolées sont les derniers vestiges des bandes de tissu sain qui se trouvent è ce niveau dans les cas où les lésions sont moins avancées (comparer la figure ci-dessus avec la figure 191).
cordon postérieur au voisinage de la commissure postérieure et de la partie la plus antérieure de la base de la corne postérieure (') ; d’autre part l’angle postéro-externe du cordon postérieur, en bordure de la corne postérieure; la conservation de ce deuxième territoire est souvent bien marquée dans les coupes de la région cervicale; il est bon de remarquer qu’elle ne subsiste pas aussi longtemps que celle du territoire antérieur.
Lorsque le cordon postérieur est envahi dans presque toute son
1. Nous avons déjà vu, à propos des dégénéralioiis second.nires par lésion transversc de la moelle, qu’il existe dans cette portion du cordon postérieur un certain nombre de libres cornrnissurales; ce sont probablement ces libres (pii demeurent plus ou moins longtemps indemnes dans le tabes, zone cornu-coimiiissurale.
TARES DORSUALIS.
cpaissciir j)ar les lésions scléreuses, il n’est pas rare de voir le sillon postérieur disparaître eoniine si les deux moitiés de la moelle s’étaient soudées rune à l’autre.
En général, les altérations dont je viens de vous entretenir sont à peu près itlentiques dans le cordon postéi'ieur du côté droit et dans celui du côté gauche; cependant on peut observer quelquefois une asijmclrie manifeste des zones de sclérose, et j’en mets un exemple sous vos yeux.
Au point de vue histologique les caractères des lésions des cordons postérieurs sont les suivants : Les mailles du tissu interstitiel sont beaucoup plus volumineuses et contiennent une plus grande quantité de noyaux qu’à l’état normal. Le nombre des fibres ner-
vis- 174.
Coupe de la moelle cervicale dans un cas de tabes. — Celle ligure inonlre qu’il peut y avoir dans certains cas un peu d’asymétrie dans les lésions des cordons postérieurs. On constate en eltet du côté droit, dans l’angle formé jiar la jonction des bords postérieur et externe du cordon postérieur avec la corne postérieure, qu’il existe une zone de tissu sain qui ne se retrouve pas du côté gauebe.
veuses circonscrites par ces mailles a considérablement diminué, et d’après mes propres impressions, il semble que cette diminution porte surtout et d’abord sur les fibres nerveuses de petit calibre qui se trouvent normalement dans les cordons postérieurs ; nous avons déjà vu, d’ailleurs, que dans les cas très prononcés la disparition des fibres nerveuses du cordon postérieur pouvait être presque absolue. Il est de réglé de décrire au niveau des coidons postérieurs une abondance de corps (p'anuleux-, j’avoue que pour ma part, bien que j’aie procédé à leur recberebe avec un soin tout particulier, il ne m’a été donné que fort rarement de trouver des
VINGT-HUITIÈME LEÇON
corps granuleux dans les cordons postérieurs des tabétiques; en revanclie j’ai constaté rabscnce de ces éléments aussi bien dans des cas où la lésion était au début que dans ceux où elle était très avancée ; je me trouve donc ici en divergence très nette avec la majorité des anatomo-pathologistes. — Quant aux vaisseaux san- (juins, l'épaississement de leurs parois est très marquée dans les points où ils sont englobés au milieu des zones de sclérose, mais seulement dans ces points.
J'ai déjà eu l’occasion de vous dire quelques mots des altérations des méninges, et de vous parler de l’opacité de la pic-mère au niveau des cordons postérieurs. Il semble que, dans une certaine limite, le degré de ces altérations méningées soit correspondant à celui de la sclérose médullaire, mais le mécanisme de cet épaississement méningé, ou môme, si l’on veut, de cette méningite chronique, nous échappe.
2) Siibstfince grise. — Les altérations de la substance grise au cours du tabes ont à maintes reprises attiré l’attention des observateurs, et ont fait l’objet de quelques travaux spéciaux, notamment de la part de M. Pierret. Nos connaissances sur ce sujet laissent cependant encore beaucoup à désirer.
a. Corne antérieure. — J’ai déjà eu l’occasion de vous parler des lésions qui s’y peuvent rencontrer lorsque je vous ai entretenus des amyotrophies chez les tabétiques; je n’ai rien à ajouter sur ce sujet et passe aux autres parties de la substance grise.
3. Colonnes de Clarke. — Les altérations de ces organes, entrevues par quelques auteurs, n’ont été véritablement décrites qu’erl 1885 par M. L issauer. Voici en quoi elles consislent. — Vous avez vu. Messieurs, que dans les colonnes de Clarke on distingue d’une part les cellules ganglionnaires, d’autre part un réticulum de fines fibres nerveuses. Le tabes frappé uniquement le réticulum et laisse les cellules intactes, de telle sorte que celles-ci, dans les coupes cclorées par l’hématoxyline deWeigert, au lieu de reposer, comme à l’élat normal, sur un fond bleu, se trouvent contenues dans un disque jaunâtre qui tranche singulièrement sur le reste de la substance grise. Ce disque jaunâtre n’est autre chose que le territoire delà colonne de Clarke dont les fibres nerveuses formant réticulum ont perdu leur myéline et sont dégénérées. — M. Lissauer a fait remarquer qu’à la période de début du tabes, cette dégénération des fibres du réticulum est beaucoiq) plus accentuée pour le côté
TAIJKS DOHSUALIS.
interne que pour le côté externe des colonnes de Clarke; il explique celte dill'érencc d’intensité du processus en admettant que la partie
Fig. 175.
Colonne de Clarke dans une moelle saine (1/2 schématique). — A, colonne de Clarke; D, cordon postérieur. — En haut et à gauche se voit l’amorce de la commissure postérieure. A droite et en bas de la colonne de Clai-ke, les tractus en éventail représentent la corne postérieure. La partie pointillée qui occupe toute la hauteur de la partie droite de la figure est le cordon latéral. Les gros ]ioints noirs contenus dans la colonne de Clarke représentent les cellules ganglionnaires (elles devraient être plus abondantes); les très petits points noirs indiquent le fin réticulum nerveux qui existe normalement dans les colonnes de Clarke.
interne de ces colonnes reçoit surtout les fibres radiculaires postérieures qui proviennent des parties inférieures de la moelle (les
Fig. 176.
Colonne do Clarke dans la moelle d'un tabétique (1/2 schématique). — A’, colonne de Clarke; IV, cordon postérieur altéré (pins clair), sauf toutefois au voisinage de la corne postérieure (bande plus foncée); C, corne postérieur; 1)', cordon latéral. — Le nombre des cellules ganglionnaires est resté ici le même que dans la moelle normale, mais le fin réticulum nerveux a presque entièrement disparu, d’où l’aspect clair.ciue présente ici la colonne de Clarke.
plus malades en général), tandis que la partie externe reçoit les fibres provenant d’un niveau plus élevé. — Cette conservation des
YlNGT-UUITIKMi: GKÇÜN.
cellules de Clarke dans le labes doit ôlrc rapprochée de l’intégrité des faisceaux cérébelleux directs dont ces cellules sont, comme vous savez, les centres trophiques. Dans les cas, très rares d’ailleurs, où ces faisceaux cérébelleux directs se montreraient atteints (Jeri-
l'ig. 177.
Coupe de la moelle (région dorsale inférieure) dans un cas de tabes. Le cordon postérieur est entièrement sclérosé. On remarquera l'aspect des colonnes de Clarke; elles sont tout à fait claires par suite de la disparition du réticulum nerveux qui ex ste dans les moelles saines; le nombre des cellules ganglionnaires n’a nullement diminué.
dràssik), leur dégénération tiendrait peut-être à ce que les cellules de Clarke se seraient, par exception, trouvées altérées.
Y- Corne Postérieure. — On peut, a ■priori, admettre que la substance grise de la corne postérieure ne saurait, dans le tabes, être indemne de lésions plus ou moins marquées, tant sont intimes les relations qui existent entre elle et le système des cordons postérieurs. Telle est d’ailleurs l’opinion qu’ont soutenue Lockhart Clarke, •M. Leyden, M. Pierrot, etc..., tandis que M. Vulpian se montrait plus hésitant et même considérait ces lésions de la corne postérieure comme exceptionnelles.
Dans son travail sur l’état de la corne postérieure dans le tabes, -M. üssaiier analyse d’une façon plus minutieuse qu’on ne l’avait
TABES DORSUALIS.
fait jusqu’alors les différentes lésions qui se peuvent lencontrer. — 11 signale, entre autres, la disparilion d’un bon nombre des fibres fines situées dans la zone poslérieure de la substance spon- (jieusc et celle des fibres rayonnanles provenant du cordon postérieur. Quant aux cellules propres de la corne postérieure, nous manquons à leur égard de renseignements précis.
O. Canal Central. — Son état est variable, assez souvent les cellules de l’épendyme y sont en telle quantité, qu’elles l’obstruent. Dans quelques cas on a pu constater la coïncidence d’une dilatation assez considérable du canal central et de lésions étendues des cordons postérieurs. S’agissait-il là d’une altération fortuite au cours du tabes, ou d’une forme insolite de syringomyélie? — Je ne saurais vous fixer à cet égard.
Avant de terminer ce qui a trait à l’Anatomie Pathologique de la
Fig. 178.
Coupe de la partie inférieure du bulhe dans un cas de tabes (les parties blanches dans le cordon postéiieur indiquent les territoires scléroses). — A, lésions au niveau du cordon de Goll; B, lésions au niveau des cordons de Burdach; C, entre-croisement des pyramides, D, vestiges de la corne antérieure; E, vestiges de la corne postérieure.
Moelle dans le tabes, je dois vous rappeler que celle-ci peut être atteinte dans toute sa longueur, depuis et y compris le fdum terminale jusqu’au bulbe et plus haut encore. L étude des lésions du
VINGÏ-IIUITIKMK LEÇON.
bulbe dans le tabes ne rentre pas dans le cadre de ces Leçons, et je vous ai d’ailleni's donné à cet egard les renseignements nécessaires. lorsque nous avons étudié les crises laryngées et l’iiémiatrophie de la langue. Qu’il me suffise, pour terminer ce qui a plus directement trait à la pathologie médullaire, de vous rappeler que. dans les régions inférieures du bulbe, on peut très nettement suivre les altérations du faisceau de Goll jusqu’au voisinage du noyau de ce faisceau, et de môme celles du faisceau de Burdacb jusqu’aux approches du noyau du même nom.
B. Raci.nes postéiuecres. — L’atrophie des racines postérieures dans le tabes est un fait tellement saillant, que sa constatation remonte aux premièn's périodes de l’étude de cette affection .M. Leyden est un des auteurs qui ont le plus insisté sur l’existence de ces lésions radiculaires, il est aussi un des rares auteurs qui aient cherché à en tenir compte pour expliquer la genèse des altérations médullaires du tabes. Les racines de la queue de cheval et celles du renflement lombaire sont particulièrement atteintes par cette atrophie; on l’observe également dans les parties supéi-ieures de l’axe rachidien, à ce niveau ce sont les racines du renflement cervical qui sont surtout frappées.
L’examen microscopique montre que dans les racines ainsi atrophiées le nombre des libres nerveuses a très notablement diminué; il semble que, d’autre part, le nombre des fines fibres nerveuses ait quelquefois augmenté, sans que je puisse dire s’il s’agit là d’une augmentation réelle ou purement relative.
Veuillez noter. Messieurs, que les nerfs asiniens, qui pour la plupart (excepté bien entendu, le nerf optique et le nerf olfactif), ne sont au sortir du bulbe que des racines postérieures, se comportent absolument comme les racines médullaires et présentent des altérations analogues.
C. Gaxcuoxs spinaux. — Leurs altérations ont été siunalées par un certain nombre d'auteurs, mais d’une façon qui est loin d’être concordante; une description méthodique des lésions qu ils présentent fait entièrement défaut. Quelques auteurs signalent une atrophie des cellules, d’autres la dégénération des fibres qui les traversent. Dans les pièces (ju’il m’a été donné d’examiner, cette dernière lésion m’a paru do beaucoup la plus nette, et quelque soin que j’aie rnis à les rechercher, je ne saurais, à mon grand regret, vous affii'iner l’existence de telle ou telle altération des
TAHES DOIISUAUS.
cellules; cependant comme je vous le dirai bientôt, j'ai lieu de considérer une lésion de; ces cellules comme très vraisemblable.
1). Nerfs péripiiérioues. — Il n’est pas niable que les nerfs péripbériques des tabétiques présentent des altérations exlrôrnement marquées. Quelque banalcque soit la « névrite péiiphérique », elle se montre dans le tabes avec une fréquence et une intensité telles qu’il est bien difficile de ne pas la considérer comme faisant partie du tableau anatomo-pathologique de cette affection. C’est Westpbal (1878) qui paraît avoir signalé tout d’abord, mais d’une façon très contingente, l’existence de lésions dans une branche nerveuse sensitive chez un ataxique; puis vint M. Pierret à qui on doit, sans conteste, d’avoir appelé, en connaissance de cause, l’attention des médecins sur les névrites périphériques des tabétiques (1879). — En 1885, M. Déjerine publiait de nouveaux exemples de cette altération, et s’efforçait de lui assigner un rôle prépondérant dans la production de certains symptômes du tabes. Depuis lors, MM. Pitres et Vaillard, Oppenbeim et Siemerling, Nonne, et bien d’autres encore, ont montré quelle était la fréquence des névrites périphériques au cours du tabes. — Comme dans toutes les autres affections où on les rencontre (intoxications, diabète, tuberculose pulmonaire, cachexies diverses, etc., etc.), ces névrites sont plus marquées sur les fins rameaux nerveux que sur les gros troncs, mais il ne faudrait pas croire. Messieurs, comme on l’a dit, qu’elles siègent exclusivement sur les fibres sensitives; tous les ramuscules nerveux, quelle que soit leur qualité, peuvent présenter des altérations de ce genre.
E. Cerveau. — Je ne veux pas parler ici des lésions en foyer qui, ainsi que je vous l’ai dit à propos de l’hémiplégie des tabétiques, se montrent quelquefois dans les hémisphères ou dans la protubérance. Celles-là n’ont en réalité rien de particulier. — Les altérations du cerveau spéciales au tabes sont celles qui consistent dans une disparilion plus ou moins accentuée des fibres nerveuses contenues dans les circonvolutions. Cette altération, très analogue à celle qu’a décrite M. Tuezek dans la Paralysie Générale des aliénés, a été trouvée par M. Jendràssik dans deux cas de tabes. Dans ces cas c’étaient les circonvolutions postérieures et inférieures qui étaient atteintes, tandis qu’ordinaircment dans la Paralysie Générale, ce sont surtout les circonvolulions du lobe frontal. Je reviendrai d’ailleurs sur ce sujet dans la procbainc Leçon, et vous fournirai de nouveaux détails.
VINGT-NEUVIÈME LEÇON
TABES {Suite).