PARALYSIE SPINALE AIGUË DE L’ADULTE
Historiqce : — Duclienne de Boulogne, Charcot, Moritz Meyer, Bernhardt, Bourneville et Teinturier, E.-C. Seguin. — Symptômes: — Début, fièvre, phénomènes nerveux, etc. — Paralysie, son mode d’apparition et d’extension, sa localisation, sa régression. En somme, à part l’âge du malade, tout cela e.-t absolument analogue à ce qui se passe dans la paralysie infantile; les quelques variations cliniques que l’on constate tiennent à l’époque du début.
Messieurs,
Le nom de Paralysie Spinale Infantile est loin d’ôtre le seul sous lequel ait été désignée ralTection dont je dois vous entretenir aujourd’hui; elle a plus ou moins porté ceux de Paralysie atrophique (le l'enfance, Paralysie essentielle de l'enfance, Poliomyélite antérieure aiyuë de l'enfance, Téphromyélile anterieure de l'enfance. — Je crois que le premier de ces titres est actuellement
l'AHAl.YSIE INFANÏILE.
adopté d’une laçoii générale, et la raison en est heancoup moins dans son excellence (pie dans son ancienneté, car c’est sous ce nom que, en ISGO, Heine décrivit d’une façon très remarquable cette affection qn’il avait déjà fort bien observée dès 1840. — Kntre temps, Rilliet et liartbez en donnaient également (185.5) une bonne élude clinique, sous la dénomination Inès inexacte de Paralysie essentielle de l'enfance.
11 est juste d’ajouter que nous no connaissons loncièrerncnt celte maladie que depuis les mémoires do Ducbenno de Boulogne père et fils, et la thèse do M. Laborde.
Telle est la phase Clinique de cet Historique; une autre phase non moins intéressante est la phase Anatomo-Pathologique, dans laquelle les travaux do Prévost et Vulpian, do Clarke, de Charcot et Joffroy, de Roger et Damaschino, tiennent une place prépondérante.
Je reviendrai. Messieurs, sur la plupart de ces travaux, et je ^ vous en citerai d’autres encore; j’ai voulu faire tout d’abord l’énumération que vous venez d’entendre, parce que le faisceau de ces noms n’appartient pas seulement à l’Historique de la Paralysie Infantile, mais à l’ilistoriquo des Maladies Nerveuses. C’est en effet à l’occasion de celte étude que se trouvèrent fixées les premières notions de la Pathologie médullaire, et que les recherches de MM. Prévost et Vulpian, Clarke, Charcot cl Joffroy, établirent d’une façon indiscutable les relations existant entre les lésions des cornes antérieures de la moelle et l’atrophie musculaire.
Mais, avant d’aborder celte question si intéressante de l’Anatomie Pathologique de la Paralysie Spinale Infantile, je veux. Messieurs, vous faire connaître en détail ses Symptômes,
Le mode de début est d’une importance capitale et j’insisterai sur ce point quand je vous parlerai de la nature de celte affection. En général, il présente toutes les apparences du début des maladies aiguës fébriles; on constate, en effet, chez le petit malade une fièvre vive pouvant s’accompagner d’une élévation de la température à 59 à 40 degrés et plus; la durée de ces phénomènes fébriles est d’ailleurs variable, quelquefois elle ne dépasse guère trente-six à quarante-huit heures, ou bien elle se prolonge pendant plusieurs jours.
En môme temps se montrent les troubles gastro-inteslinaux compagnons ordinaires des maladies aiguës, inappétence, langue
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.chargée, diaiTliéc, voinisscmenls, etc., qui peuvent présenter une intensité Tort ditTérente d’uu sujet à l’autre; ilsuese montrent que connue un épiphénoinèue banal do l’état lébrile, sans ollrir de relations directes avec l’afféction nerveuse elle-même.
Souvent surviennent aussi des phénomènes nerveux que l’on pourrait jusqu’à un certain point qualifier de « généraux » et qui consistent dans nn certain degré de somnolence, parfois même dans un coma se terminant souvent par la mort; enfin les convulsions se montrent parfois, mais je ne les crois pas aussi fréquentes que l’ont pi*étendu quelques auteurs.
En somme, il n’y a jusqu’à présent. Messieurs, éomme vous pouvez le constater, rien qui puisse annoncer qu’on a affaire à la Paralysie spinale infantile; c’est purement et simplement l’bistoire de tous les débuts de maladies aiguës, alors que le médecin se borne à constater qu’il y a de la fièvre, et à prononcer : « il faut attendre que la maladie se déclare ».
Mais bientôt la scène va changer. — Soit au début, soit à la fin de cette période fébrile, soit plus souvent dans son cours, survient un nouveau phénomène dont l’apparition va déchirer tous les voiles, c’est la paralysie. Très rapidement elle atteint son maximum ; soit presque immédiatement, soit dans l’espace de douze à vingt-quatre heures, elle se traduit aux yeux de l’entourage par une immobilité d’un ou plusieurs membres.
Le territoire atteint par cette paralysie est fort variable quant à l’extension et à la distribution de celle-ci. 11 est souvent considérable. C’est ainsi que vous pourrez voir les quatre membres être simultanément affectés, ou bien vous constaterez une paraplégie complète, parfois un bras sera paralysé en même temps que les deux jambes, ou bien ce sera simultanément le bras d’un côté et la jambe de l’autre côté; enfin, dans quelques cas, la paralysie siège sur tout un côté du corps et rien que sur ce côté (forme hémiplégique).
l)ans cette péiâodc, la paralysie frappe souvent le membre tout entier, sans qu’il soit possible de reconnaître sa localisation à tel ou tel muscle. Dans la période qui va suivi'c, il n’eu est pas de même; en effet, au bout de quehjues jours, on voit certains muscles reprendre peu à peu leur activité; le malade est alors dans ce qu’on appelle la période de réyression ou de lixation de la paralysie. Cette période dure pendant une ou deux semaines environ; de jour
PARALYSIE INFANTILE
en jour, pour ainsi dire, la paralysie se limite davantage, et au lieu de porter sur tout un membre, on constate bientôt qu’elle n’intéresse plus que quelques-uns des muscles de ce membre. C’est alors seulement qu’il devient possible d’en étudier minutieusement la localisation et d’en observer le groupement souvent fort intéressant au point de vue de la situation des centres médullaires.
On a fait de la sorte certaines remarques qui méritent d’être notées, bien qu’elles soient loin de s’appliquer à tous les cas sans exception.
* Le deltoïde peut présenter au point de vue de la paralysie une dissociation de ses faisceaux : sa portion clavicidaire étant atteinte en môme temps que le grand dentelé antérieur, tandis que sa j)ortion moyenne et sa portion postérieure sont affectées en môme temps que le sous-épineux et les rhomboïdes.
Le faisceau clavicidaire du trapèze qui est innervé par le spinal ne prendra pas part à la paralysie des autres faisceaux de ce muscle (Kirmisson).
A la jambe, le muscle tibial antérieur pourra être paralysé tout à fait isolément des péroniers et des extenseurs des orteils. Mais, en somme, il faut remarquer que, contrairement à ce qu’on pourrait attendre d’une affection aussi nettement localisée dans la moelle, la dissociation des territoires musculaires atteints est loin d’être aussi fine qu’on aurait pu le supposer.
La paralysie pourrait encore intéresser les noyaux moteurs du bulbe. M. Môdin, notamment, l’aurait, au cours de l’épidémie qu’il a observée, constatée sur les muscles innervés par le moteur oculaire externe, le facial et l’hypoglosse; peut-être y aurait-il lieu de formuler sur ces cas quelques réserves, mais le fait en lui-même n’a rien d’invraisemblable.
Les sphincters ne sont généralement pas atteints, quelquefois cependant ils présentent de l’incontinence, mais cela n’a guère lieu qu’au début, pendant la période d’invasion.
La période de régression continue ainsi, comme je vous l’ai dit, pendant un ou deux septénaires, les muscles dont les noyaux moteurs ne sont que peu ou pas atteints se dégagent, et la paralysie dont ils avaient été frappés n’étant, pour ainsi dii’e, que le résultat d’un sbock déterminé par le voisinage du foyer médullaire se dissipe progressivement. Mais, pour les muscles dont les noyaux
TRENTE-QUATRIKME LEÇON.
ont été cléiniits plus ou moins complètement par le foyer, il en va d’une fa(,‘on toute difléreute : non seulement ils restent paralysés, mais un nouveau phénomène, V atrophie, va se développer, indiquant la dégénération à laquelle ils sont soumis.
Le malade entre alors dans une nouvelle période, ou période des
l'ig. 225.
Homme alleint d’une ancienne paralysie infantile du bras et do l'épaule gauche.
Atrophie très marquée. (Collection Damaschino.)
déformations. Celles-ci peuvent être fort variées et dépendent d’éléments divers que nous aurons à étudier dans quelques instants.
Les plus fréquentes et les plus caractéristiques parmi ces déformations sont les suivantes:
Le pied bot qui présente ordinairement la variété varus équin. soit pure, soit plutôt combinée à un degré variable de pied plat.
La main bote, dont l’attitude est fort diverse suivant les sujets, et qui se complique souvent de déformations plus ou moins accentuées des doigts.
Le tronc est également le siège de déformations variées, depuis la scoliose simple, jusqu’à celles plus compliquées désignées dans le langage courant sous le nom, très expressif d’ailleurs, de cul-dcjatle. Dans ce dernier cas, la partie inférieure du tronc et les membres inférieurs ont été simullanément atteints, et le malade
^■>0 PARALYSIE INFANTILE
est incapal)lc d’en faire usage, soit pour la station, soit pour la locouiotiou. Celle déformation est eu elle-même assez rare, mais, chez la plupart des individus qui en sont atteints, elle est due à la
Fig. ‘2-24.
Paralysie infantile siégeant sur les membres inférieurs et les muscles du bassin et ayant amené l'inlirmité dite « cul-de-jatte ». (Collection Damaschino.)
paralysie infantile. Il en est différemment pour la scoliose, qui, elle, reconnaît un grand nombre de modes de production.
Pour comprendre la genèse de ces déformations et le degré qu’elles acquièrent, il faut. Messieurs, tenir compte d’un certain nombre d’éléments :
\j' ancienneté de la paralysie joue évidemment un rôle, mais n’est certes pas l’agent principal, car chez les sujets atteints à l’âge adulte de lésions musculaires atrophiques, au bout de 10, 15, 20 ans et plus, vous ne verrez jamais les membres être aussi contrefaits que dans la paralysie infantile.
La véritable cause de l’intensité de ces phénomènes doit être surtout cherchée dans le jeune âge des sujets; c’est qu’en effet nous sommes là en présence d’enfants dont le développement est en train de se faire, toute déviation dans l’accroissement des membres devra donc se traduire par une difformité qui s’ajoutera à celle déterminée par la paralysie, et arrivera ainsi parfois à un degré considérable.
Veuillez noter également qu’à la paralysie et à l’atrophie des muscles vient se joindre aussi une atrophie des os, cette dernière reconnaissant probablement pour cause, comme la première, la destruction de certains centres trophiques dans la moelle. — Comme corollaire de ces altérations musculaires et osseuses, il se produit des luxations d’une ou plusieurs des articulations du membre paralysé; ces luxations sont ducs, tant à la prédominance de la tonicité des muscles qui subsistent et dont les antagonistes
TREiNTK-QUATIUKMK LEÇON. 4.^1
'ont disparu, (pi’au changeinenl du sens de la poussée des surfaces articulaires.
Ces paralysies avec atrophie présentent d’ailleurs un certain nombre de caractères qui contribuent à leur donner leur cachet spécial.
£e sont essentiellement des paralysies flasques, tant au point de
Fig. 225.
Os de la jambe et du pied dans un cas de paralysie inlantile. Déformation considérable du squelette du pied. (Collection Damaschino.)
vue de la consistance des masses musculaires qu’à celui des réflexes tendineux et de la mobilité des différents segments du membre, par rapport les uns aux autres.
Les réflexes tendineux des muscles atteints sont abolis d’une façon générale, qu’il s’agisse des muscles du membre inférieur ou du membre supérieur.
•Juant à la molnlilé des segments de membres entre eux, elle est tout à fait anormale : si par exemple dans un cas de paralysie du membre inférieur on saisit la jambe et qu’on lui imprime quelques secousses, on voit le pied ballotter dans toutes les directions
PARALYSIE INFANTILE
comme s’il s’agissait non de l’extrémilc d’un ôtrc vivant, mais de celle d’nn mannequin; c’est ce phénomène que l’on désigne du nom de jambe de polichinelle .
L'examen électrique fait dés le début, sur les muscles atteints par la paralysie, donne les résultats suivants : V excilabiiilé faradique disparaît rapidement dans les mnscles paralysés, mais seulement dans ceux qui devi-ont rester paralysés; ceux qui, bien que paralysés en apparence, conservent encore nn peu de contractilité faradique au bout d’une quinzaine de jours après le début de l’affection, ont toutes les chances pour présenter dans un laps de temps assez rapproché une rétrocession plus ou moins accentuée de la paralysie. — Quant à V excilabiiilé galvanique, elle augmente tout d’abord dans les muscles qui doivent rester paralysés, et ceux-ci présentent, en outre, les signes de la réaction de dégénération.
La contractilité idio-musculaire se montre ordinairement accrue, du moins au début, sur les muscles dont la paralysie sera permanente, plus tard elle disparaît entièrement sur ceux-ci, de même d’ailleurs que la contractilité électrique.
Quant à la sensibilité, on peut dire d’une façon générale qu’elle est intacte; dans des cas très rares, on a pu noter quelques troubles de ce côté, mais en général si peu prononcés et si limités, qu’il ne semble pas qu’on doive en tenir compte dans la description de la paralysie spinale infantile.
La réflectivité est également normale, soit pour tes réflexes cutanés, soit pour les réflexes tendineux des muscles qui n’ont pas été frappés par la paralysie.
Certains troubles trophiques se montrent à un degré de fréquence et d’intensité variable. Voici ceux que l’on observe le plus ordinairement :
Le défaut d'accroissement des membres, sur lequel j’attirais tout à l’heure votre attention et qui vous permet de comprendre la raison pour laquelle les déformations sont aussi prononcées.
L'adipose sous-cutanée (obésité locale de Landouzy), qui acquiert quelquefois au niveau des muscles atrophiés un degré très prononcé, au point de masquer entièrement l’atrophie ou même de simuler une hypertrophie du membre. — Cette adipose sous-cutanée est d’ailleurs loin d’être constante.
Le refroidissement des membres paralysés. Ce refroidissement
T U K N T I-] - Q r A ï II 1 È M K LEÇON,
peut èlre très marqué, ot c’est eu vain que les parents cherchent à le combatlre eu couvrant ces membres des étoffes les plus chaudes ; leurs enfants persistent à avoir « les pieds glacés ».
La cyanose, la rouyeur, les marbrures sont les compagnes ordi-
Fi". A, scapulum et humérus du côté sain. — Fig. C, scapulum et humérus du côté où siégeait la paralysie infantile. Ces os sont beaucoup moins volumineu.t que du côte sain.
naires de ce refroidissement des membres. On a vu quelquefois aussi une éruption à&purimra se localiser au membre atrophié.
La minceur de la peau est parfois telle qu’elle s’éraille ou s’ulcère sous l’influence du moindre traumatisme, et notamment sous la pression des appareils orthopédiques qu’on fait porter aux malades, et môme simplement sous l’influence de la marche avec des chaussures blessant un peu le pied. Puis, lorsqu’à l’aide du repos et d’un traitement minutieux on est arrivé, ce qui n’est pas loujours facile, à guérir ces ulcérations, il se trouve le plus souvent que la cicatrice ainsi formée est trop line, et qu’à la première occasion une nouvelle plaie se forme en cet endroit.
Inversement, des callosités d'im développement souvent considérable peuvent se montrer dans des points de la peau des membres et surtout des extrémités soumis à des frottements répétés.
Comme conséquence de cette vulnérabilité de la peau, on peut encore citer la tendance aux enyelures que présentent ordinairement ces malades.
Quelquefois aussi les membres atteints par la paralysie et l’atrophie offrent au premier coup d’œil un aspect un peu singulier par suite de V hypertrophie du système pileux à leur niveau, et parfois de V hypersécrétion sudorale.
Enfin les troubles trophiques, au lieu de porter sur la peau et les parties molles, peuvent atteindre les os eux-mômes; je vous ai
l'AUALYSIE INFANTILE.
déjà, Messieurs, paidé de l’arrél dans leur accroisseincnl; dans ceiTaiiis cas on les voit en oiilre devenir d’une frcKi'dilé parliculicre,et je vous rappellerai à ce pi'oposrpie M. l’ollierat et M. Herhez onl publié chez des individus alleinls de paralysie atrophique de renlancc des observations de fractures qui montrent bien cette fragilité osseuse.
Quant à Vélat inlellecluel des individus affectés de paralysie atrophique de l’enfance, il faudrait vous garder, Messieurs, de croire, comme l'ont dit quelques auteurs, qu’il soit altéré. Ces individus sont, au point de vue psychique, tout à fait comparables aux personnes saines, et on en a vu occuper très activement les situations les plus élevées. — Je ne disconviens pas d’ailleurs que quelques-uns d’entre eux puissent présenter une irritabilité anormale, ou même des bizarreries de caractère plus ou moins marquées; mais je crois qn’il faut surtout rapporter celles-ci à l’infirmité corporelle qui, empêchant les malades de partager la vie des enfants et des jeunes gens de leur âge, contribue pour différentes raisons à e.xciter leur sensibilité nerveuse. Peut-ôire aussi l’hérédité névropathique joue-t-elle un certain rôle, dans les cas où elle existe, en exagérant quelques-uns de ces phénomènes.
Paralysie Spinale Aiguë de l’adulte.
Je dois maintenant. Messieurs, vous entretenir d’une affection en tous points analogue à celle que nous venons d’étudier; elle survient chez des individus sorlis de l’enfance, et son nom est, pour cette raison : Paralysie Spinale Aiyuë de l'Adulte. — Ses Symptômes, son Etiologie, son Anatomie Pathologique, sont si parfaitement identiques à ceux de la Paralysie Spinale Aiguë de l’enfant, qu’il m’a paru nécessaire de vous exposer d’une façon pour ainsi dire simultanée l’une et l’autre affection. Nous aurons ainsi l’avantage d’éviter des redites et de gagner du temps.
Comme pour accentuer encore l’identité de ces deux formes d’amyotrophie spinale, on retrouve à l’origine de la Paralysie Spinale Aiguë de l’Adulte le nom de Duchenne, celui de Charcot; — entre bien d’autres travaux je vous citerai encore ceux de Moritz Meyer, de Bernhardt, de Bourneville et Teinturier, de E. C. Seguin, etc....r
TUE i\ T E - 0 U A T U I È M E E E E 0 >’ .
La seule difterence, vous ai-je dit, Messieurs, consiste uniqueiiient dans l’àge auquel survient cette Paralysie Spinale Aiguë, car il s’agit en somme d’une seule et même maladie: aussi les variations qu’elle subit quant à l’aspect clinique sont, comme vous pouvez bien le penser, assez peu marquées.
Le début est le même, brusque, accompagné de lièvre, de douleurs dans les lombes et dans la région du cou, parfois aussi dans les membres, avec ou sans fourmillements. On peut observer des troubles gastro-intestinaux simulant plus ou moins ceux d’un embarras gastrique fébrile. Assez souvent aussi se montrent dans cette période des phénomènes nerveux. Mais ces phénomènes nerveux ne consistent plus, comme chez les enfants, en convulsions (vous savez que dans le jeune âge les convulsions sont pour ainsi dire le langage courant des centres nerveux en réponse aux diverses excitations, tandis que chez l’adulte il n’en est plus de même); ici il s’agit plutôt de céphalalgie, de somnolence, de délire plus ou moins accentué.
La paralysie apparait soit au bout de quelques heures, soit après un jour ou deux ; elle porte surtout sur les membres, rarement sur les sphincters ; elle peut affecter la même disti ibution que dans les cas de paralysie infantile.
Puis, toujours comme dans cette dernière affection, survient après un intervalle de quelques jours \îs. période de régression, dans laquelle la paralysie se localise aux muscles qui seront définitivement atteints. '
Cette seconde période est suivie d’une troisième, dite « d’atrophie » , pendant laquelle s’opère la diminution de volume et la destruction des fihres musculaires restées paralysées.
Inutile d’insister sur les caractères de ces amyotrophies, tant ils sont identiques à ceux que je vous ai décrits à propos de la paralysie spinale infantile : mêmes réactions électriques, même flaccidité, môme abolition des réflexes tendineux pour les muscles atteints. Pour ce qui a trait aux déformations, une différence est à signaler avec ce qui se voit chez les enfants : chez les adultes, elles sont beaucoup moins fréquentes et en tout cas beaucoup moins prononcées, ce qui se comprend aisément puisque chez l’adulte la croissance étant achevée n’a pas lieu d’éprouver du fait de la paralysie les mêmes déviations que dans le jeune ôge.
A vrai dire, la paralysie spinale aiguë de l’adulte est rare, beau-
PARALYSlIi INFANTILE.
coup plus rare que la paralysie infantile, sans qu’il me soit possible (le vous donner la raison de ce fait. Peul-ûtre celle-ci consisteraitelle dans la vuln(3rabililé plus grande de la substance grise pendant les premières périodes de la vie. C’est là une simple liypothèse, mais celte bypolbèse me paraît avoir de par la Clinique et l’Anatomie Pathologique une certaine vraisemblance.
TRENTE-CINQDIÈME LEÇON
PARALYSIE INFANTILE {Suilc)
Formes Anomales. — Début insidieux; début dans la convalescence d’une maladie aiguë; début par des douleurs. — Paralysies transitoires. — Terminaison fatale. — Reprise tardive d’accidents paralytiques ou d’atrophie musculaire progressive secondaire. —
— Théories à ce sujet. — Di.vgnostic avec : les Paralysies obstétricales-, la j^seudo- ■paralysie syphilitique-, l'hémiplégie cérébrale, infantile-, la myopathie progressive primitive; V atrophie musculaire du type Gharcot-Marie; lo, paralysie hystérique àyec amyotrophie chez les enfants. — Étiologie : — Froid, traumatisme, causes banales; l’influence de la dentition semble vraisemblable, mais non pas comme cause directe.
— La paralysie infantile survient en réalité sous l’influence d’une Maladie Générale, ordinairement d’une Maladie Infectieuse. — Énumération des maladies infectieuses à la suite desquelles on l’a vu survenir. — Épidémies de paralysie infantile ; Cordier, Leegard, Medin, Bergenholtz, Colmer, Briegleb. — Influence de l'Hérédité! — L'âge où la pai’alysie infantile se montre de préférence est entre 1 an et 18 mois. Rien de spécial pour le sexe.
Messieurs,
Nous avons vu dans la précédente Leçon quels étaient les Symptômes de la Paralysie Infantile, quelle en était la marche dans les cas ordinaires. J’ai suffisamment insisté, je crois, sur le mode de Début avec tous les signes d’une maladie générale fébrile, sur l’apparition à cette époque d’une Paralysie massive, puis sur la phase de Régression qui suit celle-ci, et enfin sur la période ou plutôt sur l’état atrophique qui peut être considéré comme l’aboutissant de tous les stades précédents.
Je ne veux pas revenir sur ces points, mais je dois vous rap peler que si la Pathologie Interne est faite de généralités, la Clinique ne vit que de cas particuliers; la marche que je vous ai décrite pour cette affection est la Marche ordinaire, mais il y a
PARALYSIE INFANTILE
l)icn (les cxccplioiis, bien des modificalioiis an type normal. C’est de celles-ci qiic je v(aix vous enli'eleiiir acliiellcmeiil.
Le Début, au lieu de se l'aire avec un assez grand fracas, peut ôlre au contraire tellement insidieux (jiie les personnes qui, vivent avec renfant n’ont rien remarqué d’extraordinaire en lui. Je ne parle pas ici. Messieurs, de ces cas dans lesquels nu enfant revient de nourrice paralyse et atrophié; on a beau interrogér les parents nourriciers, ils n’ontrien vu, ne Se sont aperçus de rien, sinon que « le membre ne profitait plus » : laréponseest classique, invariable; inutile d’insister, vous n’obtiendrez d’eux aucun l'cnseignement. Les cas de début insidieux dont je veux vous entretenir offrent d’autres garanties de sincérité et d’observation attentive : ce sont des parents intelligents et soigneux qui vous disent qu’un matin, en levant leur bébé ou on lui ^donnant son bain, ils se sont aperçus qu’un de ses membres restait inerte, qu’il ne le remuait plus comme les autres, bref ils ont nçltemenj: constaté l’existence d’une paralysie; et cependant ils a-ftirraent ,que ni. dans la journée, ni dans la soirée, ni dans la nuit qui dnt précédé cette paralysie, le bébé n’avait rien présenté d’anormal. Ces, cas ont été décrits, Messieurs, notamment par S. West sous le nom assez approprié de panilijsis in lhe morning.
Une autre variété de paralysie infantile a début insidieux est celle qui se produit au cours ou dans la convalescence d'une maladie aiguë (rougeole, scarlatine, etc.), et vous verrez plus loin que ce fait est loin d’être rare. — Il est aisé de comprendre qu’en pareille occurrence les premiers accidents précurseurs de la paralysie, survenant au cours d’une maladie fébrile aiguë, puissent très facilement passer inaperçus, et même, suivant toute vraisemblance, faire assez souvent défaut.
Enfin dans quelques cas on aurait constaté (üsw. Laurent) que le début de la paralysie infantile était caractérisé par des douleurs dans les membres tellement prononcées qu’on aurait méconnu la véritable affection et que le diagnostic porté aurait été celui de rhumatisme articulaire aigu.
Quant à la Terminaison de la paralysie infantile, nous avons déjà vu. Messieurs, qu’ordinairemeut elle consiste dans la paralysie atrophique des muscles qui sont restés atteints au moment de la période de régression. — Mais il n’en est pas toujours ainsi. Parfois la paralysie ne dure que quelques jours cl disparait entière-
TUENTlMllNOlllKME LEE O N. 4'.9
ment : ce sont des paralysies Iransiloires (Kennedy). l’ai'luis, au bout de plusieurs mois, certains auteurs disent môme de plusieurs années, des améliorations poui'raient survenir. — La paralysie infantile peut-elle aboutira la marri Beaucoup d’auteurs passent sous silence ce mode de terminaison ; je crois, Messieurs, qu’on peut admettre la possibilité d’une issue fatale lorsque les lésions sont très étendues et siègent au niveau des parties supérieures de la moelle ou du bulbe, et j’ai la conviction qu’un certain nombre de décès infantiles considérés comme dus à la méningite ne sont autre chose que des cas de paralysie infantile méconnus et dont les lésions ont amené trop rapidement la mort pour que le tableau clinique de cette affection ait pu se développer.
11 me faut, à propos de la marche et de la terminaison de la paralysie infantile, insister sur un phénomène des plus singuliers qui n’est pas extrêmement rare et dont nous devons surtout la connaissance à MM. Ballet etDutil*, bien qu’avant eux quelques auteurs (Charcot, Yulpian, Seeligmüllcr) en eussent publié des exemples. — A’oici de quoi i) s’agit : Un individu, qui, à l’àge de 2 ou 5 ans par exemple, a été atteint de paralysie infantile, soitdu bras, soit de la jambe, et qui est parvenu à l’àge de 15, 20, 50 ans et plus, sans avoir eu à s’occuper autrement de son infirmité, remarque à un certain moment une modification inquiétante dans son état. Les mouvements, soit du segment de membre atteint de paralysie, soit des parties voisines de celui-ci, deviennent plus difficiles; la force musculaire, déjà fort incomplète dans ces régions, se met à s’affaiblir progressivement, et, qui pis est, cette diminution de la force musculaire ne se montre pas seulement au niveau des membres atrophiés, elle affecte aussi les membres qui ne présentaient aucune trace d’atrophie.. On se trouve alors en présence d’une amyotrophie progressive dont les progrès sont plus ou moins lents, mais continus, avec une tendance marquée à la généralisation. 11 faut d’ailleurs remarquer que, dans certains cas, on peut voir (Uémond de Metz) cette reprise tardive d’amyotrophie débuter [>ar les membres qui dans la période initiale de la maladie avaient été paralysés et s’étaient dégagés pendant la période de régression. Ces faits semblent tout au moijis prouver que, tors de la phase d’invasion, une lésion avait existé dans les régions de la moelle