‹ Lec̦ons sur les maladies de la moelleChapitre 60 sur 78 · J.-M. Charcot, Biillelin Médical · texte numérisé non relu

J.-M. Charcot, Biillelin Médical

siale: un abaisscnicnl assez nolahlc du membre qui se trouve appliqué contre le tronc, la rotation du bras en dedans, cl rexlension de l’avant-bras sur le bras. Quant aux l’éaclions électriques, elles sont assez analogues à celles de la paralysie infantile cl ne pourraient guère servir de caractère différentiel. Le plus souvent, ces paralysies ont une marche essentiellement bénigne, et disparaissent complètement en peu de temps. Inutile, je pense, d’insister davantage sur leur compte, les différents caractères que je viens de vous signaler étant plus que suflisanls pour prévenir toute confusion.

La Pseudo-paralysie Syphilitique est également une affection du premier âge : les travaux de MM. Parrot, Troisier, Dreyfous nous ont appris qu’elle peut frapper soit un seul membre, soit plusieurs membres conjointement, par exemple un bras et les deux jambes, et que l’attitude des membres atteints qui pendent immobiles simule fort bien une paralysie et notamment la paralysie infantile. Mais en même temps ces auteurs nous ont donné les moyens d’éviter cette erreur; grâce à eux, nous savons qu’il ne s’agit pas d’une paralysie véritable, mais seulement d’une impotence des membres, d’une pseudo-paralysie due à la brisure de l’os vers la jonction du cartilage épiphysaii'e et de la diaphyse. Avec un peu d’attention on ne larde pas à observer les symptômes suivants : tuméfaction du membre assez prononcée, surtout au niveau des extrémités osseuses atteintes: — crépitation au voisinage des jointures; — conservation des réactions électriques: — conservation des mouvements volontaires des extrémités tmains, pieds, doigts); — douleurs souvent fort vives dans les membres paralysés mais sans troubles de la sensibilité cutanée; — tendance à l’aggravation progressive de l’affection, les membres se prenant les uns après les autres; — enfin quelquefois aussi la coïncidence d’une éruption nettement sypbilitique ajoutera le dernier trait au tableau si caractéristique de celle affection.

Lllémipléyie Cérébrale Infantile est quelquefois confondue avec la paralysie atrophique de l’enfance, car elle aussi produit la paralysie et l’atrophie des membres, et sous son inllucnce surviennent des troubles considérables des muscles et des os ; quelquefois, au lieu d’une hémiplégie, c’est d’une monoplégie qu’il s’agit. Mais dans cette alléclion, conlraii-emenl à ce qui a lieu dans la paralysie infantile, les réllexes tendineux sont ordinairement exagérés, la coïncidence d’attaques d’épilepsie est fréciucnle, et les

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clc'grcs les ])his \aii('s de la décliéance inlellecluelle, jusqu’à l’idiotie coiiiidèle, s’ohserveiil assez soiiveiil, tandis que, comme

Jeune fille aUeiule clans la preiuièi'o année de sa naissance d’une hémiplégie cérébrale infanlile du ccHé gauche, l.e bras gauche est plus court et moins gros, main bote très prononcée.

Mêmes remarques jiour le membre inl'érieiir gauche. (Malade du service de M. Charcot.

Cliché de A. Londe.)

nous l’avons vu, rien d’analogue ne se montre dans la paralysie infantile.

La Mtjopalliie Progressive Primitive, quelle que soit sa forme, ne peut guère être confondue avec rallèction que nous étudions : en elTel, elle ne détermine jamais l’alropliic en masse d’un membre ou

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d’un segment de membre, mais une atropine cxaclemcnl limitée aux muscles, et dont le siège est beaucoui) moins le membre luimême que la racine de celui-ci.

Je vous signalerai en outre une lorme d’atropbic musculaire observée chez les jeunes enfants et (|iii, du moins en f rance, est connue sous le nom de Forme Charcot-Marie, forme dans laquelle les extrémités inférieures et les supérieures présentent une atrophie quelquefois considérable. Ce qui distingue cette atrophie de celle due à la paralysie infantile, c’est le mode de début, qui est essentiellement lent et progressif ; c’est aussi la symétrie à peu prés parfaite des altérations musculaires pour l’un et l’autre coté du corps ; c’est l’absence ou du moins le faible degré des troubles trophiques portant sur le squelette.

Enfin, je ne veux pas terminer ce qui a trait au diagnostic sans vous rappeler que dans quelques cas, assez rares à la vérité, mais cependant parfaitement établis (A. Chauffard), on a vu des c.nlants, atteints depuis assez longtemps de Paralysie Hystérique d’un membre, présenter, par suite du défaut d’accroissement, une infériorité tellement considérable dans le volume et la longueur de ce membre, qu’au premier examen on pouvait être tenté de penser à l’existence d’une paralysie infantile. — Dans les cas de ce genre, la recherche des anamnestiques, l’examen des réactions électriques et des réflexes tendineux qui sont conservés et l’exploration des stigmates hystériques permettront d’éviter toute confusion.

L’Étiologie de la paralysie infantile va nous retenir quelque temps, et à juste titre, car, ainsi que vous le verrez. Messieurs, sa connaissance exacte est indispensable si l’on veut pénétrer la nature intime de cette affection.

L’influence du froid, celle du traumatisme, ont, comme bien vous pensez, élé invoquées par de nombreuses générations d’auteurs. J’ai eu déjà à plusieurs reprises l’occasion de vous dire quelle était mon appréciation sur l’importance de ces causes dites banales; je ne reviendrai pas sur ce sujet et me contenterai de vous déclarer à nouveau qu’elles peuvent tout au plus être considérées comme des causes occasionnelles.

La notion étiologique sur laquelle, pour son compte, Duchenne de Doulogne insistait le plus volontiers, était la dentition. D’après cet auteur, la grande majorit('; des cas surviendraient à cette époque de l’évolution infantile, et souvent au moment même où l’en-

PARALYSIE INFANTILE

l'ant csl en Irain de pci'cer une ou plusieurs dents. — Vous savez. Messieurs, quel rôle considérable la « période de la dentition » a joué dans rancicnne médecine infantile; vous savez aussi qu’une réaction, excessive sans doute comme toutes les réactions, est survenue dans ces dernières années. Après avoir fait de la dentition la pierre angulaire de toute la Pathologie du .ieunc Age, on est allé jusqu’à lui refuser la moindre importance. J’avoue, et je crois que cette opinion est celle d’un certain nombre de cliniciens, qu’à mon avis la dentition mérite qu’on lui prête quelque attention. Non pas ({u’elle puisse être en elle-même la cause directe de telle ou telle maladie, mais parce qu’elle consliluc une période pendant laquelle l’organisme est fatigué, surmené, affaibli, soit par la douleur éprouvée, soit par le manque de sommeil, soit par la diarrhée, compagne assidue de l’éruption des dents. Or cet organisme fatigué sera par là môme désigné à toutes les influences morbifiques ; aussi chacun sait que cette période est notamment exposée aux diverses infections. — Tel est donc le rôle que j’assigne à la dentition dans la paralysie infantile : époque de la vie pendant laquelle l’organisme soumis au surmenage odontogénique est particulièrement accessible aux diverses maladies infectieuses à la suite desquelles pourra survenir la paralysie infantile. — La dentition n’est plus une cause, c’est un milien.

En effet. Messieurs, ma conviction intime est que toujours on presque toujours la paralysie infantile survient sous la dépendance d’une maladie (jénérale, et le plus souvent d’une infection. Voilà bien des années déjà que je soutiens cette opinion; et je ne crois pas qu’elle ait recruté jusqu’à présent beaucoup d’adhérents en France, mais peu importe, à certains présages on sent que « les temps sont proches », et je ne désespère pas, sinon de vous convaincre tous, du moins de faire parmi vous quelques adeptes. Tout en réservant pour un autre moment l’exposé des arguments qui relèvent de l’Anatomie Pathologique, je veux actuellement vous exposer ceux qui procèdent de la Clinique pure.

A propos du début de la paralysie infantile, j’ai suffisamment insisté sur les différents accidents généraux qui se produisent dans la période initiale; de l’avis unanime, ces accidents sont absolument analogues à ceux qui se monfi'cnt dans les maladies générales aiguës fébriles. — Voilà pour les cas où la maladie aiguë fébrile est de nature indétennirrée et fait partie de ces « irtfeclions

TRENTK-CINUI’IKMK LEÇON. ÜS

innoininées » si IVéquenles oii clinique. Mais, dans un certain nomhre d’autres cas qui vous scmblcronl pcut-ûlrc plus j)roj)rcs à la démoustration. il s’agit de maladies infectieuses bien déterminées, de ces maladies intéclieuses qu’on pourrait appeler loiidamenlales C’est au cours d’une rougeole, d’une scarlatine, d’une dipbtliérie, d’une variole, d’une coqueluche, que la paralysie infantile fait son apparition.

Enfui l’un des arguments qui à mon avis doivent avoir le plus de poids est celui tiré de la Épidémique de la paralysie infantile.

J’ai quelques documents importants à vous citera ce sujet :

M. Cordier*, dans une communication à la Société des Sciences Médicales de Lyon en 1887, annonce qu’il a vu en deux mois (juin et juillet 1885) à Sainte-Foye-rArgentièrc , sur une population de 1500 âmes se développer 15 cas de paralysie infantile, alors que dans les autres années on n’avait rien observé d’analogue.

-M. Leegard- cite de son côté ce fait que, dans la petite ville de Mandai (Norwège), M. Oxholm et ses confrères auraient observé 8 cas de paralysie infantile, de la fin de juillet au commencement de septembre, ce qui ne s’était encore jamais vu jusqu’à ce moment.

M. Medin^ a également constaté des cas du môme genre, mais en bien plus grand nombre. C’était en 1888, pendant le printemps il avait déjà observé 5 cas, puis à partir du mois d’août le nombre en augmenta d’une telle façon que l’auteur en avait vu se produire 44 cas au mois de novembre. Certes, parmi ces cas, il en est quelques-uns qui, ainsi que j’ai eu l’occasion de vous le dire, ne rentrent pas complètement dans le cadre clinique ordinaire de la paralysie infantile, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne reconnaissent pas pour base le même substratum que les cas les plus typiques, et, à tout prendre, ces faits ne constitueraient qu’une infime minorité, incapable d’entacher d’une façon sérieuse la statistique considérable apportée par .M. Medin.

Cet auteur rappelle en outre qu’en 1881 Bergenholtz aurait déjà observé à Urnea une petite épidémie de 15 cas, et que G. Colmer*, ayant interrogé les parents d’un enfant atteint de paralysie infantile, avait appris d’eux que dans leur district, sur un rayon de qucl-

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