‹ Lecons sur les maladies de la peauChapitre 26 sur 46 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ÉRYTHÈME.

L’érythème est une affection caractérisée par des taches d’une coloration rosée, ou rouge tendre, plus ou moins larges, et faisant au-dessus de la peau une légère saillie ; elles disparaissent sous la pression du doigt pour revenir immédiatement après elle. Nous allons indiquer les caractères généraux de cette éruption, avant de passer à l’histoire des variétés assez nombreuses qui s’y rattachent.

On rencontre l’érythème sur toutes les régions du corps; pourtant il en est quelques-unes qu’il semble affectionner: ce sont les jambes, les avant-bras, les mains, la nuque, la face. Le plus souvent l’érythème est circonscrit et occupe un point limite plus ou moins étendu; quelquefois, cependant, il est général ou presque général, et il est alors répandu uniformément sur la presque totalité du corps ; cette dilfusion de 1 éruption se retrouve dans quelques variétés que nous indi-

22 M\LA1)IKS CUTANICKS VCCIDICNTliLLIiS.

(|ueroiis tout à l’heure. Quel que soit son siège, il se présente toujours avec les caractères extérieurs que nous venons de lui assigner ; toutefois son apparition peut être annoncée par des troubles généraux, tels que de la courbature, de la céphalalgie, une légère élévation du pouls ; puis, après vingt-quatre heures de cet état de malaise, on voit apparaître des rougeurs qui, peu à peu, font saillie à la surface de la peau, qui s’accompagnent de chaleur, de cuissons et de démangeaisons souvent douloureuses: cela dure un jour ou deux, puis la coloration, de rosée qu’elle était, passe successivement au rouge plus foncé, quelquefois au violet; une auréole d’un jaune verdâtre se montre même dans quelques variétés, dans l’érythème noueux par exemple. Au bout de peu de jours survient une légère desquamation sur les points aflectés; au-dessous, l’épiderme nouveau paraît avec sa composition normale, et comme traces de la maladie il no reste plus qu’une légère tache qui ne tarde pas à disparaître à son tour. Cette desquamation de l’érythème a cela de particulier qu’elle n’a lieu qu’une fois, tandis que dans les affections véritablement squameuses, l’exfoliation épidermique se renouvelle continuellement.

On pourrait, â un examen superficiel, confondre l’érythème avec l’érysipèle : cette erreur sera facilement évitée si l’on prend garde que l’érysipèle est caractérisé par une coloration rouge foncé, qu’il est limité nettement sur ses bords par une saillie linéaire qui tranche nettement avec les parties voisines, relativement à la coloration et au gonflement, et qu’il a une tendance progressivement .envahissante. L’érythème est plus rosé, moins franchement terminé sur ses bords, la coloration et le gonflement’ se fondent insensiblement avec les parties voisines, de manière qu’il est dilficile de dire au juste l’endroit précis où commence et où finit la maladie; il

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a peu de tendance à s’étendre, ei, à moins qu’il ne soit général, comme dans certaines variétés, il se limite dans les points primitivement affectés.

On pourrait aussi le confondre avec l’urticaire; mais dans cette dernière maladie on trouve des saillies volumineuses, disséminées, s’accompagnant de démangeaisons très vives, disparaissant tout d’un coup pour revenir de même, soit dans les mêmes points, soit dans des endroits différents. On voit que la marche de l’éruption est essentiellement différente dans les deux cas; et ce sera par cette marche, plus encore que par les caractères extérieurs de la maladie, qu’on arrivera à un diagnostic précis.

hii pronostic Aq l’érythème ne présente aucune gravité; c’est une maladie qui parcourt ordinairement ses périodes avec régularité dans un espace de temps qui varie, de deux ou trois jours à deux ou trois septénaires. Le plus habituellement à l’état aigu, l’érythème ne passe à l’état chronique que chez des sujets débiles ou atteints d’une diathèse spéciale, et en particulier de la diathèse scrofuleuse. Le traitement est très simple; les topiques émollients, les bains, les poudres d’amidon, de lycopode, de vieux bois employées en topiques, trouveront leur application; on a rarement l’occasion de s’adresser aux moditicateurs généraux, à moins que l’érythème, primitivement maladie locale et accidentelle, n’ait subi rinlluence du terrain sur lequel il s’est développé, et qu’il ne passe à l’état chronique, ainsi que nous le disions tout à l’heure; c’est alors aux moyens qui agissent sur la constitution qu’il faut recourir poui' faire disparaître la maladie.

Après ce coup d’œil d’ensemble jeté sur l’érythème, j’arrive à l’étude de ses variétés, que je rangerai dans trois catégories :

1“ Dans la première je placerai les érythèmes* purement locaux, et se présentant à l’état de la plus grande simplicité.

2® Dans la seconde se trouveront les érythèmes disséminés cà la surface du corps, accompagnés de quelques phénomènes généraux, et simulant une flèvre éruptive.

3® Dans la troisième nous étudierons les érythèmes secondaires qui surviennent comme complications d’une autre maladie.

§ I. — Éryllièmes de cause locale.

Érythème simjjle. — L’érythème simple est caractérisé par l’existence de taches rouges plus ou moins larges, peu saillantes et développées dans un point limité de la surface cutanée ; elles disparaissent facilement par la pression, et reviennent immédiatement après. Cette affection est ordinairement peu grave, et se termine au bout de quelques jours par la disparition de la rougeur et par une légère desquamation; dans certains cas, cependant, elle est susceptible de passer à l’état chronique, et l’on observe alors une rougeur continue ou une succession de plaques qui se développent pour ainsi dire les unes après les autres,

L’érytbème naît sous l’influence de causes irritantes, telles que des frictions sècbes, des emplâtres, des onctions avec des pommades rances, le contact prolongé de matières âcres. Dans le coryza, dans la blennorrhagie, dans quelques opbtbalmies, la matière sécrétée le détermine sur les parties qu’elle touche; il n’est pas rare de le rencontrer sur le sein des nourrices, par suite du contact du lait devenu aigre. Chez les enfants et chez les vieillards atteints d’incontinence des urines ou des matières fécales, il se développe avec la plus grande facilité aux environs des parties génitales; et dans ces cas il affecte souvent une marche chronique, surtout chez les

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vieillards. Il faut ajouter à ces causes l’inlluence de l’insolation, qui, lorsque le soleil est ardent, peut donner lieu cà un érythème appelé vulgairement coup de soleil.

Dans ces circonstances, ce qu’on doit faire tout d’abord, relativement au traitement, c’est de combattre la cause qui l’a produit et qui l’entretient ; vous obtiendrez de bons effets des topiques pulvérulents, de bains et de tisanes rafraicbissantes; souvent même il deviendra nécessaire d’administrer un purgatif. Lorsque la maladie se lie au travail de la dentition chez les enfants, il n’y a rien autre chose à faire que d’agir localement. Dans tous les cas, gardez-vous de conseiller des cataplasmes, qui entretiennent une humidité permanente sur les parties malades et ne servent à rien qu’à perpétuer la maladie.

Erythème vésiculo -pustuleux. — Comme variété assez commune de l’érythème local, nous indiquerons l’érythème vésiculo-pustuleux. Dans cette affection, que les partisans de la classification de Willan ont rangée parmi l’eczéma ou l’impétigo, on voit sur des plaques rouges de petites vésicules ou de petites pustules distinctes les unes des autres, mais assez rapprochées, qui se rompent au bout de deux ou trois jours et qui donnent lieu à une légère sécrétion séro-purulente. Ces vésiculo-pustules sèchent très vite; à leur place paraît une petite tache rouge qui ne tarde pas à disparaître ; une légère desquamation arrive, et la maladie se termine ainsi en six ou huit jours. Cet érythème reconnaît les mêmes causes que la variété précédente. Il se développe souvent à la suite des onctions un peu prolongées faites avec l’onguent mercuriel, el il constitue alors une éruption qu’on a considérée à tort comme spéciale et qui a été désignée sous le nom ù' hydrargyrie. Vous ne confondrez pas l’érythème vésiculo-pustuloux avec l’eczéma, dont il dilfère de tout l’inter-

2C MALADlliS CUTANÉliS ACCIÜENTliLLES.

valle qui sépare nue aiïeclioii simple, à marclie rapide, d’uiic alTeclion darlreuse, à marche habituellement chronique. Si d’ailleurs vous vouliez trouver, outre la marche, un caractère différentiel entre les deux affections, vous reconnaîtriez que dans l’érythème le liquide est clair, peu plastique, n’empèse que peu le linge avec lequel il est en contact; tandis que dans l’eczéma le liquide sécrété est plus visqueux, plus collant, et durcit le linge en se desséchant.

Erythème intertrigo. — Une troisième variété importante porte le nom èè érythème intertrigo.'S o\x% ne le rencontrerez que dans les régions où la peau est en contact avec elle-même : telles sont les aisselles, les oreilles, les fesses, le sein ; chez les personnes obèses, les aines, la partie supérieure des cuisseset la partie inférieure et interne de la région abdominale; chez les enfants, on l’observe souvent au cou, dans les plis de la peau. Cet érythème est caractérisé par de la rougeur, par de la démangeaison et par un suintement lantôt séreux, tantôt purulent {erythema purifluens, Devergie). Ce que je vous disais de ce suintement, à propos de l’érythème vésiculopustuleux, trouve encore ici sa place; les mêmes caractères le différencient de l’eczéma, avec lequel quelques auteurs l’ont confondu. Toutefois on reconnaîtra l’érythème à la localisation de la maladie et à l’absence des croûtes ; l’eczéma a une tendance à envahir successivement les parties voisines, et il se recouvre de croûtes très nettement accusées; de plus, dans' l’interlrigo, il existe une odeur fade toute particulière, qu’on ne retrouve pas dans l’eczéma.

La durée de la maladie est quelquefois assez longue ; elle est entretenue par les frottements, par la malpropreté ou par l’accumulation de la sueur; dans ces cas, elle peut passer à l’état chronique, surtout chez les gens très gras et peu soigneux de leur personne.

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Lii preinièro inflicalion à remplii', c’esl cl éloigner la cause aulanl c[ue possible, en écartant les parties en contact et en empêchant les IVottements au moyen de poudres impalpables d’amidon, de riz, de lycopode ou de vieux bois. Les lotions avec l’eau blanche ont habituellement un bon résultat , mais principalement on doit conseiller une propreté minutieuse. Dans les cas où la maladie a de la tendance à passer à l’état chronicjue, on peut conseiller avec avantage des bains sulfureux.

§ n. — Érythème» avec phénomène» généraux.

Les érythèmes accompagnés de phénomènes généraux, que nous appelons des pseudo-fièvres éruptives, peuvent être divisés en : érythème papuleux, érythème noueux, érythème scarlatiniforme, érythème mamelonné, érythème copahique.

Dans ces affections, l’éruption ne constitue ordinairement qu’une partie de la maladie; il y a quelcjues troubles dans d’autres organes que la peau, et la cause n’est jamais locale.

Érijthème papuleux. — L’érythème papuleux est constitué par des taches d’un rouge vineux, faisant une saillie quelquefois assez considérable à la surface de la peau. Tantôt les taches sont rapprochées les unes des autres, tantôt elles sont disséminées et séparées par un intervalle de peau saine. Leur configuration est variable : elles sont quelquefois tout à fait rondes, d’autres fois elles sont irrégulières, et chez certains malades elles forment des cercles dont le centre est sain : c’est un véritable érythème circiné. L’évolution dés plaques est très curieuse à étudier. Ce sont tout d’abord de véritables petites tumeurs douloureuses au toucher; leur coloration est rosée, elles pâlissent sous la pression du doigt; puis elles s’affaissent, s’aplatissent, et en même temps leur coloration

MALADIES CUTANÉES ACCIDENTELLES, se lonce, elles arrivent par degré au violet, et on voit souvent autour d’elles une auréole qu’on ne saurait mieux comparer qu’à une ecchymose d’un jaune verdâtre : c’est le dernier terme. Alors il n y a plus de saillies, une légère desquamation survient, et la maladie disparaît complètement sans laisser aucune trace. J’ajouterai à cette description, qu il n est pas très rare de voir quelques vésicules se développer sur les plaques érythémateuses. Elles ont une durée éphémère et ne tardent pas à se dessécher, soit qu’elles se rompent, soit que la sérosité se résorbe; la place qu’elles occupaient est marquée par une desquamation plus prompte que sur les autres points. Quelquefois il existe un sentiment de chaleur et de cuisson sur les parties affectées ; souvent l’éruption est complètement indolente.

L’érythème papuleux a des régions de prédilection : il siège surtout aux mains, aux avant-bras, à la nuque, à la face, quelquefois aux membres inférieurs.

Il est précédé habituellement par un malaise général, par un état saburral des premières voies, par des douleurs articulaires souvent assez vives pour gêner les mouvements, et quelquefois assez intenses pour les empêcher tout à fait. Après une période prodromique qui n’a rien de fixe, et qui varie d’un à quatre ou cinq jours, apparaissent les taches, et la maladie est définitivement constituée. 11 n’est pas rare de voir persister les douleurs articulaires, sous la forme d’une véritable arthrite rhumatismale. Ces douleurs peuvent même se prolonger après l’éruption. L’érythème papuleux avec cette forme arthritique constitue, ainsi que l’érythéme noueux, la maladie décrite par M. Duriau sous le nom de péliose rhumatismale.

La marche de l’érythème papuleux est aiguë ; sa durée varie d’un à trois septénaires, La maladie est prolongée quelque-

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fois par des éruptions nouvelles apparaissant au moment où s’efface l’éruption première. L’érythème papuleux est tellement caractérisé par ses plaques saillantes d un rouge violacé, développées à des endroits déterminés, que son diagnostic est très facile. Au premier abord, à cause de sa couleur violacée, on pourrait quelquefois le confondre avec un purpura; mais il suffit de presser les taches avec le doigt pour s’apercevoir que la pression les fait pâlir, ce qui n’arrive pas dans le purpura. Cette affection n’a -rien de fâcheux; l’intensité des douleurs articulaires, leur persistance surtout, en rapprochant la maladie d’un véritable rhumatisme articulaire, rendent le pronostic un peu plus grave.

Les causes prédisposantes sont les intluences saisonnières; c’est à l’automne, et surtout au printemps, qu’on voit la maladie se développer ; on a pu quelquefois accuser un écart de régime, une émotion morale. Nous avons vu quelques individus avoir pour l’érythème papuleux une aptitude toute spéciale, et en être affectés presque tous les ans au printemps.

Pour le traitement, on doit se borner à conseiller l’emploi de tisanes rafraîchissantes, de quelques purgatifs, de bains émollients, et à supprimer de l’alimentation les mets épicés, les alcooliques, en un mot les excitants. Souvent même, abandonnée aux seules ressources de la nature, avei quelques précautions hygiéniques, la maladie arrive promptement à guérison. Lorsque les douleurs articulaires prédominent, et surtout lorsqu’on trouve les symptômes locaux de l’arthrite, la douleur, le gonflement, la rougeur, le traitement qu’on doit employer est celui du ihumatisme articulaire aigu : il peut être utile alors de recourir aux topiques émollients, aux émissions sanguines, au sulfate de quinine, à la vératrine, etc.

Erythème noueux. — L’érythème noueux {erythema nodoüum) est caractérisé par des’ taches saillantes, arrondies,

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dont le volume égale celui d’un pois, d’une noisette et même d’une noix. Ces tumeurs dures sont douloureuses à la pression ; elles sont presque constamment accompagnées d’un empâtement plus ou moins étendu du tissu cellulaire périphérique. Elles siègent aux jambes, aux bras, aux avant-bras, et de préférence à la partie antérieure des jambes. Leur coloration, un peu diffuse et s’étendant delà de la tuméfaction, est plus foncée encore que celle de l’éry thème papuleux ; leur évolution est d’ailleurs analogue à celle de la variété précédente : elles passent successivement du rose au rouge violet, et se terminent par une tache ecchymotique jaunâtre, semblable à celle qui résulte d’un épanchement sanguin souscutané. Dans cette affection, les douleurs articulaires sont la règle presque constante, et elles sont quelquefois si vives, qu’on pourrait croire à une véritable affection rhumatismale, si l’existence de nodosités caractéristiques ne venait lever les doutes.

Comme cortège de phénomènes généraux, nous retrouvons ceux que nous avons décrits pour l’érythème papuleux. La marche est aussi la môme : disparition des troubles généraux, puis disparition graduelle des douleurs et des accidents locaux. La maladie dure ordinairement de deux à trois septénaires. Toutefois, vous saurez que l’érythème noueux peut revêtir des allures de chronicité, par suite d’éruptions successives qui se succèdent pendant plusieurs mois, pendant môme une ou deux années. Dans cet état chronique, j ai vu quelquefois les tumeurs noueuses des jambes se prolonger, se ramollir et s’ulcérer; ces ulcérations sont arrondies, taillées à pic, et ont un fond grisâtre; elles simulent des ulcères syphilitiques : l’observation attentive du malade, 1 existence de tumeurs noueuses non ulcérées, l’examen des antécédents, vous feront éviter l’erreur. Cette chronicité de la maladie,

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avoc ou sans ulcération, m’a paru se rattacher a 1 état particulier de l’individu, à une affection scrofuleuse, qui donne à la maladie son aspect insolite.

L’érythème noueux peut survenir en tout temps, mais on l’observe principalement aux changements de saisons. Il sévit presque exclusivement dans la seconde enfance et chez les jeunes sujets ; il est rare après trente ans. Le tempérament lymphatique paraît une cause prédisposante. Parmi les circonstances qui peuvent,étre considérées comme pouvant produire son développement, nous 'signalerons la fatigue, le refroidissement, la suppression des règles, une émotion morale vive.

Dans la forme ordinaire, le traitement est excessivement simple et se compose, comme pour l’érythème papuleux, de boissons rafraîchissantes, de quelques purgatifs et de quelques moyens hygiéniques, parmi lesquels nous placerons en première ligne le repos et les précautions contre le froid. Lorsque les douleurs articulaires dominent, il faut s’adresser aux moyens qu’on oppose ordinairement au rhumatisme articulaire aigu ; saignées (à dose modérée cependant), sel de nitre, sulfate de quinine, vératrine, teinture de colchique, opium et tO[)iques émollients. Dans le cas d’érythème chronique avec ou sans ulcération, il faut faire un traitement antiscrofuleux. Chez les jeunes ülles, cette forme chronique coïncide aussi quelquefois avec de l’aménorrhée et des symptômes •chlorotiques; il y a alors une indicaiion spéciale des préparations ferrugineuses, et en particulier de l’iodure de fer.

Erythème scarlatiniforme. — L’érythème scarlatiniforme est plus curieux encore à étudier que les formes précédentes. Après un jour ou deux de malaise, quelquefois tout d’un coup, sans trouble antérieur, on voit apparaître à la face

antérieure de la poitrine, aux plis du bras, aux cuisses et au ventre, d’autres fois partout, mais toujours plus fortement en avant, une rougeur pointillée qui s’accompagne d’une légère cuisson et de démangeaisons ; ce piqueté s’étend et gagne le cou, la face ; sa coloration devient rouge; en même temps le mouvement fébrile tombe s’il avait existé ; la langue reste ou naturelle ou légèrement saburrale. Au bout de vingt-quatre ou de quarante-buit heures, l’éruption pâlit, et une très légère desquamation commence. Par' celte description succincte, on voit combien cette éruption ressemble à la scarlatine, et il n’y a pas de doute qu’il ne se commette de fréquentes méprises sous le rapport du diagnostic. Toutefois, on pourra les éviter, en sacbanl que dans la scarlatine on trouve habituellement une angine avec exsudation pseudomembraneuse, une coloration rouge des amygdales, du voile du palais, et un étal particulier de la langue, d’abord recouverte d’un enduit blanchâtre, lequel, en se détachant au bout de deux ou trois jours, laisse la face supérieure de la langue d’un rouge vif et comme dépouillée de son épithélium. Dans l’jéruplion érythémateuse, les phénomènes généraux, loin d’être graves, sont à peine marqués; aucun symptôme n’existe ordinairement du côté de la bouche ou de l’isthme du gosier, et quant à l’éruption, elle ne présente jamais les petites vésicules miliaires qu’on rencontre assez fréquemment dans la scarlatine. Enfin, la desquamation elle-même nous offre des différences. Elle est légère, furfuracée dans l’érythème ; elle a lieu par larges plaques dans la scarlatine. Je ne parlerai pas, comme signe diagnostique, de l’albumine qui se trouve assez souvent dans les urines des malades atteints de la scarlatine, cette substance ayant été retrouvée par M. Sée dans les érythèmes observés â la suite du croup; mais, pour finir notre parallèle, j’ajouterai que les érythèmes sont sujets

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à récidive; qu’il n’est pas rare de voir des malades afléclés de cette maladie plusieurs fois à des intervalles variables, tandis que les récidives de la scarlatine sont très rares. Si donc, on constate une éruption scarlatiniforme chez une personne ayant déjà été atteinte d une maladie analogue, il est probable qu’on a affaire à un érythème.

Les causes de l’érythème scarlatiniforme sont assez obscures; on a invoqué l’influence des changements de saisons, les émotions morales, l’ingestion d’aliments excitants. Plusieurs fois on l’a vu se développer après des maladies graves ayant amené une assez grande débilitation. C’est à cette variété qu’il faut rapporter la plupart des observations recueillies par M. Sée, sur des enfants qui venaient d’être atteints du croup.

Nous n’avons presque rien à dire sur le traitement ; l’érythème scarlatiniforme disparaît spontanément au bout de deux à quatre jours ; le malade doit être tenu au repos; on lui donnera des boissons rafraîchissantes, on le mettra à une diète proportionnée à l’intensité des phénomènes généraux ; mais il est inutile de recourir à un traitement plus sévère dans une maladie que nous n’avons jamais vue accompagnée ou suivie d’accidents graves.

Érythème mamelonné. — A côté de l’érythème scarlatiniforme, nous placerons l’érythème mamelonné, qui se montre souvent, soit pendant le cours, soit pendant la convalescence de maladies graves, il a été observé plus spécialement en même temps que le muguet. Nous avons eu occasion récemment d’en voir un exemple après une pneumonie grave. C’est le plus souvent au moment où l’état général devient plus satisfaisant qu’il survient tout à coup une exagération du mouvement fébrile; une agitation générale, des cuissons ou des démangeaisons sur divers points, et on trouve alors sur

lunoY, , • 3

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les cuisses, sur le dos, sur la poitrine, sur la face, et princiT paiement sur les fesses, des saillies arrondies, mamelonnées, du volume d’un pois et plus, et d’une coloration rouge assez vive. Au bout de trois ou quatre jours, les taches s’affaissent, la démangeaison disparaît en laissant quelquefois une légère desquamation. Concurremment avec cette éruption, nous avons trouvé quelquefois une rougeur érythémateuse de la muqueuse buccale, ou même un véritable muguet.

Le diagnostic de cette affection est facile, son pronostic est léger; quant à son traitement, il doit se borner à des tisanes acidulées (ou alcalines en cas de muguet), cà des topiques pulvérulents auxquels on pourra mêler une petite quantité d’oxyde de zinc pour combattre les démangeaisons, à des bains d’eau de son si l’état du malade le permet, et à quelques opiacés en cas d’agitation générale.

Érythème copahique. — Nous consacrerons quelques mots à une autre variété qui se montre après l’ingestion du copahu, et qui est caractérisée par des taches saillantes, arrondies, assez confluentes, d’une coloration rosée, avec démangeaisons très vives. L’érythème copahique peut être général ; il siège surtout aux mains et à la face ; il s’accompagne assez souvent d’un gonflement œdémateux du tissu cellulaire sousçutané. Quelques auteurs n’ont voulu voir dans cette affection qu’une urticaire; mais on n’y retrouve pas la mobilité, l’apparition et la disparition successives qui appartiennent à l’urticaire. L’éruption se prolonge de deux k huit jours, s’accompagne le plus souvent de quelques phénomènes d embarras gastrique, d’un léger mouvement fébrile; puis les taches s’aflaissent, pâlissent, et l’éruption se termine par une desquamation légère et furfuracée. La première indication thérapeutique consiste dans la suspension du copahu ; on administrera de la limonade, des solutions de sirops acidulés;

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on prescrira des bains émollients. Quelquefois, en cas d’embarras gastrique très prononce, on doit avoir recours à quelques évacuants.

§ III. Érythèmes Bymptomatlquc* et ■ccondaires.

Il ne nous reste plus à décrire que les érythèmes qui surviennent comme complication ou comme conséquence d’une autre maladie. Ce sont l’érythème lisse, l’érythème paratrime et l’érythème pernion.

Érythème lisse. — Dans l’anasarque, vous voyez quelquefois survenir tout à coup, sans cause bien déterminée, ou autour des mouchetures faites dans le but de laisser écouler de la sérosité, des taches rouges à surfaces lisses et unies, accompagnées d’un gonflement assez notable : c’est l’érythème lisse {erythema lœve). Le point le plus intéressant de l’histoire de cette complication, c’est la grande tendance qu’elle présente à se terminer par la gangrène de la peau et du tissu cellulaire infiltré. Le traitement réussit rarement à enrayer la marche de cette affection, tant que persiste la cause générale qui lui a donné naissance; cependant des lotions légèrement aromatiques, telles que celles faites avec eau de sureau légèrement aiguisée d’eau-de-vie camphrée, des applications de poudre de lycopode ou de vieux bois, sont les meilleurs moyens à employer contre l’érythème lisse.

Érythème paratrime. — Dans les affections graves, apres un séjour prolongé au lit, on voit souvent survenir des rougeurs diffuses, suivies ou non de bulles, de pustules inconr.plètes; la peau devient noirâtre et il se forme une eschare plus ou moins étendue, plus ou moins profonde, dont l’érvthème a été le premier degré ; cette variété a reçu le nom

MALADIKS CUTANÉUS ACCIDENTELLES.

d\'Tyllièmc paratrime. Vous devrez employer dans ces circonstances des lotions astringentes : l’eau blanche, l’alcoolat de mélisse, l’eau-de-vie eaniphrée, sont les meilleurs topiques. Plus tard, on appliquera les onguents styrax ou digestif, les lotions avec le vin aromatique ou avec la décoction de quinquina, pour hâter la réparation de l’eschare et favoriser la cicatrisation-, mais avant tout, on devra s’opposer à la pression continue sur les surfaces malades, au moven de coussins appropriés aux régions atteintes, et surtout en faisant varier, s’il est possible, la position du malade.

Énjthème periiion {engelure). — Au commencement de l’hiver surviennent, chez certains individus, des rougeurs luisantes aux extrémités, formant souvent une saillie très appréciable. Elles sont le siège d’une cuisson, d’une démangeaison très vive et qui s’exagère par l’élévation de la température. On les trouve aux mains, aux pieds, aux oreilles, quelquefois môme aux joues et au nez : c’est surtout dans l’enfance, dans la jeunesse qu’on les rencontre; le tempérament lymphatique est le terrain sur lequel elles se développent le plus facilement, et les engelures ont été considérées comme formant la tranisition entre les maladies locales simples et les maladies diathésiques dans lesquelles la lésion locale est toujours subordonnée à une disposition morbide générale. Si nous n’avions obéi à l’usage, nous aurions dû placer les engelures dans les scrofulides.

Cette variété d’érythème peut se terminer par résolution : il survient alors une légère desquamation, et la maladie disparaît. Mais l’ulcération survient aussi assez fréquemment : après quelques jours, on voit sur les points où existe l’érylbcme (engelure) une phlyctène, puis une ulcération qui s’étend peu à peu. La plaie a un as[»ect de mauvaise nature, ses bords sont irréguliers, le fond en est saideux et grisâtre;

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souvent elle paraît assez profonde; il y a une véritable perte de substance dont la réparation se fait longtemps attendre.

Le mode de développement de la maladie, son siège, les influences de température sous lesquelles elles se montrent, vous feront facilement reconnaître les engelures. Nous ajouterons qu’elles se développent presque exclusivement chez les individus à tempérament lymphatique, et particulièrement dans l’enfance ou la jeunesse ; il n’est pas rare cependant d’en rencontrer chez les adultes. La coïncidence habituelle avec le tempérament lymphatique, l’association fréquente avec des accidents scrofuleux, doivent faire rattacher jusqu’à un certain point les engelures à la scrofule; toutefois, elles existent souvent sans autre affection strumeuse, et chez beaucoup d’enfants elles disparaissent vers l’âge de dix ou douze ans.

Le traitement variera suivant le degré auquel elles seront arrivées. Si elles ne sont encore qu’à la période érythémateuse, des lotions excitantes, faites avec une solution de tannin ou d’alun, des applications de sinapismes même dans le but d’activer la circulation, les onctions de pommade au tannin, ont souvent un résultat très satisfaisant. S’il existe des ulcérations, on devra les panser avec du styrax, de l’onguent digestif, des topiques légèrement excitants ; on les lavera avec du vin aromatique: le travail de cicatrisation est lent à s’établir, il faut l’activer autant que possible. En même temps, on se trouvera bien de s’adresser à l’état général : les amers, les toniques, l’huile de foie de morue surtout, sont d une grande utilité pour combattre le lymphatisme, première cause prédisposante de celte affection.

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