‹ Lecons sur les maladies de la peauChapitre 27 sur 46 · URTICAIRE · texte numérisé non relu

URTICAIRE

Vous savez qu’il existe une plante, \ ortie, dont le contact détermine habituellement à la peau une éruption de plaques blanchâtres, accompagnées d’une sensation de brûlure et de démangeaison très vive; la maladie que nous voulons vous décrire, présentant des caractères analogues à ceux que produit l’ortie lui emprunte son nom, c’est Xurticaire, que vous trouverez aussi désignée sous les noms de fièvre ortiée, de -porcelaine^ et qu'Alibert appelait cnidosis; elle présente les caractères suivants, qui sont constants et qui lui appartiennent en propre :

1° Apparition de plaques plus ou moins étendues, plus ou moins saillantes, avec sensation de chaleur ou de picotement, avec démangeaison toute spéciale, analogue à celle que produisent les orties.

2° Développement instantané, et disparition brusque de l’éruption, qui, après avoir duré plusieurs heures, plusieurs jours, cesse tout à coup pour revenir le plus souvent avec la même rapidité et après un intervalle variable.

Si nous voulions ne nous en tenir qu’à l’aspect extérieur, nous serions conduits à étudier trois formes ou variétés de l’urticaire: 1° l’urticaire simple; 2“ l’urticaire tubéreuse; 3" l’urticaire œdémateuse. Si nous divisions la maladie d’après sa marche, nous aurions à décrire une forme aiguë, une forme chronique, une forme intermittente. Nous adopterons la première division, nous réservant de vous indiquer, en vous parlant de la marche de la maladie, ce que l’urticaire offre de particulier à l’état aigu, à l’état chronique, à l’état intermittent.

IjltTICAlRE.

1“ Urticaire simple. — Elle est caractérisée par des éruptions de formes différentes; tantôt ce sont des saillies du volume d’un petit pois, tantôt des plaques arrondies sur leurs bords, parfois très régulières, d’autres fois au contraire présentant des échancrures, et rappelant les contours sinueux d’une carte géographique; enfin vous la trouverez aussi sous la forme d’une longue ligne saillante, en coup de fouet {urticaria gyrata). Ces plaques peuvent être disséminées, ou bien elles sont rapprochées les unes des autres, se confondant ensemble; dans ce dernier cas, c’est Y urticaria conferta de quelques auteurs.

La coloration des saillies de l’urticaire n’est pas toujours la même. Ordinairement d’un blanc mat, et présentant parfois à leur centre une dépression manifeste, on les voit quelquefois colorées en rose ou en rouge; dans tous les cas il existe souvent autour d’elles une coloration rosée sur laquelle tranche la blancheur habituelle de la plaque.

Le tissu cellulaire ne reste point étranger à l’afiection, et l’on voit souvent coexister avec les élevures un gonflement plus ou moins considérable. Dans certaines régions, où ce tissu est lâche, et où les autres tissus sont facilement extensibles, il survient même de la bouffissure; ainsi la face, les bourses, les mamelles, lorsqu’elles sont envahies par l’affection , présentent ce gonflement à un degré très remarquable.

Avec ces phénomènes la santé peut n’ètre pas troublée, les fonctions digestives peuvent s’accomplir régulièrement et la manifestation locale est alors toute la maladie. 31ais les choses ne se passent pas toujours ainsi ; il vous arrivera fréquemment de voir coïncider Turticaire avec un état général de malaise, avec de l’anorexie; un ou deux jours de fièvre, une langue saburrale, des vomissements même, marqueront souvent le

début de la maladie, puis viendra l’éruption caractéristique. Un peu plus tard, la fièvre tombera, les accidents qui auraient pu vous en imposer pour une fièvre éruptive cesseront, il ne vous restera plus que l’urticaire, et si vous pouviez hésiter quelque temps dans votre diagnostic, la marche saccadée, pour ainsi dire, de la maladie, son indépendance de toute contagion, vous mettront vite sur la voie : vous ne conserverez plus de doutes quand vous aurez vu les plaques disparaître sans laisser d’autres traces qu’une desquamation légère, qui même fera souvent défaut. C’est, lorsque ces phénomènes généraux existent, et lorsque la maladie se présente avec ce caractère de fièvre éruptive, qu’on peut appliquer à furticaire le nom de fièvre or liée.

Assez souvent aussi l’urticaire apparaît peu de temps après un repas, en même temps qu’un sentiment de malaise épigastrique très vif, qu’une sensation d’oppression très pénible ; puis surviennent des vomissements de matières alimentaires et tous les symptômes d’une indigestion. Les vomissements soulagent les malades, mais l’éruption dure ordinairement plusieurs heures ou plusieurs jours avec des phénomènes d’apparition et de disparition successives. Dans ces circonstances, la cause de la maladie doit être cherchée dans l’ingestion d’un aliment indigeste. Nous ajouterons, que dans la plupart des cas d’urticaire aiguë ou chronique, on peut constater l’existence de troubles du côté du tube gastro-intestinal. Nous reviendrons plus loin sur le rôle que peuvent jouer ces phénomènes dans la production de l’urticaire. A propos des phénomènes généraux, nous signalerons aussi la coïncidence assez fréquente d’une sensation de syncope et môme d’évanouissements complets.

L’urticaire simple peut ne durer que de deux à trois heures, d’autres fois elle se prolonge bien plus longtemps; nous au-

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rons l’occasion devoir dans quelles circonstances elle affecte un caractère de chronicité.

2® Urticaire tubéreuse. — Celte seconde forme de la maladie ne diffère de la précédente que par la saillie plus considérable des plaques éruptives, dont le volume égale quelquefois celui d’une noisette ou même d’une noix ; souvent il n’y a qu’une plaque unique, d’autres fois les saillies sont nombreuses. Elles s’accompagnent, comme la variété précédente, d’un gonflement très marqué du tissu cellulaire sous-cutané, qui surtout lorsqu’il n’y a qu’une plaque, apporte une grande difliculté au diagnostic; l’intermittence de l’éruption, sa disparition prompte, suivie plus tard de son retour, servent à faire reconnaître la maladie.

3“ Urticaire œdémateuse, — Dans cette variété de l’urticaire, la maladie est caractérisée par un gonflement œdémateux occupant souvent un espace assez étendu, toute la face, par exemple, ou l’avanl-bras; nous l’avons vu souvent borné aux paupières ou à une des lèvres, ou encore au dos de la main. Sur la partie gonflée il existe parfois quelques plaques d’urticaire, mais dans certains cas la peau ne présente aucune élevure ; souvent il existe ou il a existé des démangeaisons. Le caractère essentiellement distinctif de cette tuméfaction consiste dans son apparition brusque, dans l’absence de douleur et dans la disparition également prompte, sans qu’il reste aucune trace du gonflement.

La marche de l’urticaire peut être aiguë ou chronique, elle est quel(|uefois intermittente.

La marche aiguë est la plus fréquente ; la maladie ne dure alors que quelques heures ou quelques jours. L’est ce qui arrive souvent pour la variété désignée sous le nom de ficcre

As MALADIES CUTANÉES ACCIDENTELLES.

ortiée, à cause des phénomènes généraux qui accompagnent l’éruption.

Lorsque l’urlicaire est chronique, elle peut durer des mois, des années même ; non pas qu’elle existe constamment, mais elle apparaît pendant quelques heures, puis elle cesse tout à coup pour revenir encore, sans présenter jamais un rhythme régulier dans sa manifestation. La cause la plus légère en apparence, l’impression brusque du froid ou de la chaleur, une émotion morale suffisent pour la faire naître.

Dans la forme intermittente, qui peut d’ailleurs être aiguë ou chronique, l’éruption paraît et s’efface périodiquement, tantôt tous les jours à la même heure, tantôt tous les deux jours ou même plus rarement; dans ce moment je donne des soins à une malade qui, depuis deux ans, éprouve matin et soir, pendant trois heures, une éruption très intense d’urticaire. Il n’est pas très rare de trouver l’urticaire liée à une véritable fièvre intermittente à type tierce ou quarte ; quelquefois même on peut la rencontrer sous la forme pernicieuse.

La guérison est la terminaison la plus habituelle de l’urticaire, soit aiguë, soit chronique. Dans le cas d’association avec une fièvre pernicieuse, la mort peut survenir ; mais elle est bien plutôt le fait de la fièvre que de l’urticaire. Lorsque l’éruption est très chronique, il n’y a quelquefois qu’une demi-guérison, la maladie s’affaiblit, mais les plaques reparaissent encore de temps en temps avec peu d’intensité, sous l’influence d’un écart de régime ou d’une émotion morale.

On peut comprendre d’ailleurs quelle infiuence fâcheuse peut exercer sur la constitution une maladie aussi pénible que l’urticaire, lorsqu’elle existe à l’état chronique. La sensation de brûlure et de cuisson qui l’accompagne, les déman-

UIVriCAlRli.

geaisons qui portent le malade à se gratter, à se déchirer la peau avec les ongles, et s’ils ne lui suffisent pas, avec les corps les plus rugueux, l’insomnie qu’elles entraînent avec elles, expliquent l’état d’amaigrissement, de marasme, dans lequel tombent les individus qui en sont atteints. Aussi le pronostic devra toujours, dans ces cas, être des plus reserves. Autant l’affection est légère lorsqu’elle existe à 1 état aigu, autant elle est grave lorsqu’elle revêt les allures de chronicité dont nous venons de vous tracer le tableau.

Le diagnostic est en général assez facile. Vous reconnaîtrez l’iirticaire à ses plaques saillantes dures, blanchâtres, avec une auréole rouge plus ou moins étendue, à ces démangeaisons irrésistibles qui l’accompagnent, et surtout à la mobilité extrême de l’éruption. Il n’y a pas d’autre maladie qui apparaisse et qui disparaisse aussi complètement et sans laisser de traces. L’urticaire tubéreuse pourrait quelquefois être prise pour un érythème, mais cette dernière affection persiste pendant quelque temps; elle ne présente jamais ces retours subits qui appartiennent en propre à l’urticaire. L’érythème copahique, que nous vous signalions dans la dernière leçon, n’est pas caractérisé par des plaques aussi saillantes, aussi dures, et leur coloration est constante; elles ne s’éteignent pas comme dans l’urticaire pour revenir à des intervalles irrégulièrement espacés.

Le diagnostic de l’urticaire œdémateuse n’est pas toujours aussi simple ; la douleur, la tuméfaction, la rougeur étendues à la main ou à l’avant-bras vous feront aisément croire à un phlegmon ou à un érysipèle. Si vous voulez éviter l’erreur, interrogez donc le malade avec soin , et s’il vous apprend que l’affection a débuté brusquement par des plaques rouges accompagnées de démangeaisons vives et suivies d’un gonflement rapide, songez immédiatement à l’urticaire œdémateuse :

MALADIES CETANÉES ACCIDENTELLES, le (loule ne vous sera plus permis si vous voyez l’aflection disparaître subitement. Dans tous ces cas le diagnostic est fréquemment éclairé par l’apparition de nouvelles plaques d’urticaire, soit sur la partie gonflée, soit sur les parties saines.

Etiologie. — Les causes de cette maladie sont assez nombreuses. Tantôt elles agissent sur la peau par contact; tantôt elles exercent une influence plus générale, et la manifestation locale n’est que la traduction extérieure de leur action sur l’appareil digestif; d’autres fois, enfin, l’urticaire ne reconnaît aucune de ces causes, elle est la suite d’une émotion morale vive, elle suit un trouble passager du système nerveux.

1“ En première ligne nous placerons Xurtica urens, lequel, après un contact à la peau presque instantané, produit des effets qui durent pendant plusieurs heures. Puis certains insectes, tels que les cbenilles, les puces, les punaises-, chez quelques individus, à la suite de leur contact ou de leur piqûre, il survient à la peau un gonflement assez considérable accompagné de démangeaisons irrésistibles qui* persistent souvent trois ou quatre heures, et plus encore. Il est quelques personnes dont la susceptibilité cutanée est telle, qu’il leur sufifit de se gratter même légèrement pour déterminer presque aussitôt l’apparition d’une plaque urticaire.

2* Un très grand nombre d’aliments provoquent l’urticaire; Icà encore vous trouverez deux susceptibilités individuelles remarquables. Les moules, la langouste , l’écrevisse entraînent chez certaines personnes des phénomènes d’indigestion; après ou avant les vomissements surviennent les plaques earactéristiques. Chez d’autres, au lieu de l’indigestion, vous aurez une syncope comme phénomène initial. Chez d’autres, enfin, l’ingestion de fraises, de bière, de café,

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