‹ Lecons sur les maladies de la peauChapitre 28 sur 46 · URTICAIRE · texte numérisé non relu

URTICAIRE

de liqueur, d’eau de Sellz, de quelques médicaments, le copalui et l’iodure de potassium, par exemple, est constamment suivie d’urricairc. Rien ne saurait conjurer cette aptitude spéciale; elle se révèle toujours dans les mômes circonstances, et cela sans qu’il existe aucune répugnance pour les aliments ou les boissons sous l’inlluence desquelles elle se montre.

3» Vous rencontrerez encore des cas où Turticaire s’est développée après des émotions vives de joie ou de tristesse. Une fois produite, la maladie revient avec la plus grande facilité par le môme concours de circonstances. Il suffit môme de parler de la maladie pour la voir éclore presque sous les yeux. Nous avons gardé le souvenir d’un étudiant en médecine qui, assistant a 1 une de nos leçons sur l’urticaire, nous fit voir à la fin de notre cours, ses mains et ses bras couverts de plaques. L’exposition des symptômes de la maladie avait suffi à la provoquer chez lui.

Pour résumer ce que nous venons de dire sur les causes de l’urticaire, nous ajouterons que si cette affection survient quelquefois passagèrement à la suite d’un contact irritant, le plus souvent elle se montre sous l’influence d’un état anormal du tube digestif, soit par suite de l’ingestion d’un aliment ou d’un médicament nuisible, soit par le fait d’une maladie aiguë ou chronique de l’estomac ou des intestins. Interrogez avec soin les malades atteints d’urticaire et surtout d’urticaire chronique, et vous ne tarderez pas à constater chez eux quelques troubles digestifs, dont l’urticaire n’est qu’un des symptômes. Môme pour les causes morales, nous pourrons remarquer que les émotions agissent surtout pour provoquer l’urticaire lorsque la digestion a lieu, et l’on peut par conséquent invoquer comme première cause le trouble apporté au travail digestif. Mais, une fois la maladie établie, nous concc-

vons très bien qu’une émotion morale seule puisse rappeler l’éruption.

Traitement. — Les indications curatives se déduisent de la marche de l’urticaire, et surtout de l’étude de ses causes.

Dans l’urticaire aiguë, éloignez de l’alimentation toutes les substances qui pourraient la provoquer: conseillez les viandes blanches, les viandes rôties, les légumes; les boissons acidulées, telles que la limonade, l’orangeade, ou bien encore des boissons rafraîchissantes, l’orge ou le chiendent; ne donnez jamais de bains, qui ont habituellement pour effet d’augmenter l’éruption, et la maladie ne tardera pas à disparaître.

Dans l’urticaire chronique, soyez plus sévère encore sur l’alimentation. Proscrivez tout aliment épicé, le poisson, la charcuterie, la friture ; dans quelques cas graves, conseillez la diète végétale ou encore la diète lactée que j’ai vues réussir quelquefois ; cherchez surtout s’il n’existe pas quelque trouble gastro-intestinal, et agissez alors principalement contre l’affection digestive; dans cette dernière circonstance on peut employer l’eau de Vichy, la magnésie, les bains alcalins; mais il faut savoir aussi que si cette médication alcaline réussit, il est d’autres circonstances dans lesquelles l’urti- Caire est liée à une dyspepsie alcaline et où les acides sont au contraire indiqués; j’ai vu plusieurs fois, dans des cas graves, la limonade nitrique et les bains acides préparés par l’addition de 15 grammes d’acide nitrique dans un bain tiède, avoir un effet promptement favorable.

Dans l’urticaire chronique, sans symptôme gastro-intestinal bien prononcé, lorsque la maladie persiste sans présenter toutefois de régularité dans son apparition, on peut encore espérer de bons résultats des préparations arsenicales. Je donne la liqueur de Fowler ou celle de Pearson, la première à la dose de 3 à 12 gouttes progressivement, la seconde tà la

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dose de 1 cà 2 gpcammes par jour. Nous ne saurions dire si elles agissent comme modificateurs de la peau ou comme anlipériodiques, toujours est-il que par elles on a obtenu des guérisons incontestables.

Dans l’urticaire à type intermittent bien défini, on peut encore s’adresser aux préparations arsenicales, ou encore au sulfate de quinine; ce dernier médicament est indiqué dans les cas de fièvre ortiée intermittente, datant de peu de temps. Mais si la maladie est plus ancienne, si les éruptions ont une périodicité peu régulière, il faut compter davantage sur l’arsenic.

Existe-t-il des topiques qui puissent, sinon guérir la maladie, du moins calmer les démangeaisons si pénibles qui en constituent l’un des symptômes les plus constants? Sans répondre par une négation absolue, nous croyons que les lotions vinaigrées, les topiques pulvérulents, auxquels on associe le camphre ou l’oxyde de zinc, sont peu efficaces. C’est plus profondément qu’il faut agir, c’est en s’adressant au système nerveux, et surtout au tube digestif, ainsi que nous 1 avons déjà dit, que l’on peut parvenir à vaincre une affection souvent si pénible et si rebelle.

Nütuve. Nous venons de vous faire voir l’urticaire sous des aspects divers; nous vous l’avons présentée comme une affection tantôt idiopathique, tantôt symptomatique; il nous resterait maintenant à vous dire quelle .place elle doit occuper dans le cadre nosologique? Est-ce une fièvre? est-ce une inflammation? Est-ce une névrose ? est-ce une dartre? A ces questions nous n avons point de réponses satisfaisantes à faire. Si, dans ses formes multiples, l’urticaire semble tour a tour revêtir le caractère de l’un de ces trois groupes, il lui manque toujours quelque chose pour que l’on puisse définitivement la ranger dans l’iin d’eux.

Zi8 MALADIES CUTANl'CES ACCIDENTELLES.

Sans doute la fièvre orliée peut être rapprochée des fièvres éruptives quant à son évolution, mais une distance immense l’en sépare, si l’on tient compte de sa mobilité, de l’absence de toute spécificité, de toute contagion, et surtout de ses retours possibles sous l’influence des causes qui l’ont fait éclore une première fois. Ce n’est pas non plus une fièvre intermittente pure, et lors même que l’urticaire se montre avec le caractère pernicieux, n’est-on pas en droit de se demander si l’éruption n’est pas seulement un épiphénomène ? Ces cas, d’ailleurs, sont de beaucoup les plus rares ; ils ne nous semblent pas assez nombreux pour que l’on puisse fonder sur eux une distinction nosologique aussi tranchée.

Est-ce une inflammation 7 La rougeur périphérique, la tension, la chaleur, le gonflement, pourraient le faire supposer : mais qu’y a-t-il de commun entre la marche d’une inflammation franche et celle de l’urticaire? Vit-on jamais se succéder avec une semblable rapidité dans les inflammations, l’apparition et la disparition des accidents locaux ?

Est-ce une névrosel Si l’on s’en tenait à la marche saccadée de la maladie, si l’on ne voulait voir que sa mobilité, cette opinion serait presque acceptable. Mais le caractère des névroses, c’est d’exister indépendamment de toute lésion anatomique appréciable. Or, quoi de plus évident que la plaque d’urticaire, que la participation immédiate des éléments de la peau et' du tissu cellulaire ambiant à la manifestation locale ?

Sa longue durée, ses récidives fréquentes, son extension à la presque totalité de l’enveloppe cutanée, ont engagé certains médecins à la rapprocher de quelques autres maladies chroniques de la peau, et à la considérer comme une dartre; mais, outre que la faculté héréditaire manque pour faire rentrer l’urticaire dans les maladies dialhésiqucs, son degré

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de subordination luibituelle à une maladie de rapparcil digestif, et surtout sa marche saccadée, en font une maladie bien différente des maladies dartreuses.

Nous ne pouvons donc marquer nettement la place de l’urticaire dans le cadre nosologique; toutefois, en dermatologie, et. en suivant l’ordre général de la classification que nous avons adoptée, nous avons cru devoir la placer dans les maladies de la peau survenant accidentellement et sans inlluence diatbésique, tout en réservant complètement toute question relative à sa nature et à son siège anatomique.

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