‹ Lecons sur les maladies de la peauChapitre 30 sur 46 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ZONA.

Le zona a reçu diverses dénominations. Désigné sous le nom de feu Sauit- Antoine , de feu sacré {ignis sacer), quelques médecins l’appellent encore herpès zona ou zoster ; nous préférons, avec la majorité des pathologistes, employer simplement et sans addition le mot zona. Du reste, sous ces différentes dénominations, on désigne une affection caractérisée par des plaques rouges peu saillantes, peu étendues, surmontées de vésicules groupées et laissant entre elles des intervalles de peau saine. Cette éruption affecte une sorte de prédilection pour le tronc, où elle forme une sorte de ceinture ou plutôt de demi-ceinture, puisqu’elle n’existe que d un côté, maison peut la rencontrer ailleurs, sur le visage et sur les membres, par exemple.

Le zona débute ordinal, emenl par des phénomènes généraux: un légei- malaise, de lacoui balu,-e, de l'anorexie ; puis le malade ne laide pas d épi-ouver en un point assez limité une sensalion de chaleur, une véi'ilable cuisson même ou des élancements douloureux. Si „„ examine la parlie qui est e siege de ces phenon.ènes, on y découv,-e plusieurs plaques

.■ougesduneetenduevariahle,,naisdépassa„lra,emenlquatre

a hmt centunèlres. Sur ces plaques roug'es on voit bientôt

MALAtlIES CUTANÉES ACCIDENTELLES.

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s’élever des vésicules transparentes, de lu grosseur d’un grain de millet environ, au nombre de cinq à vingt, et dont les phases de terminaison sont variables. Quelquefois, en effet, vous verrez plusieurs vésicules se fondre ensemble, de manière à ne former plus qu’une bulle à contours irréguliers, tandis que vous en verrez d’autres suivre isolément leur période d’évolution. Dans ces deux cas, il arrive le plus ordinairement que la sérosité se trouble d’abord, puisse résorbe, et qu’une croûte brune, quelquefois noire, remplace la vésicule ; en môme temps la tache ronge s’affaisse, puis disparaît, et quelques jours après, la croûte ne tarde pas à tomber. Dans quelques cas plus rares et surtout quand le malade a subi un traitement peu convenable, au lieu de se résorber, la sérosité devient purulente, l’épiderme se rompt et laisse à nu une ulcération grisâtre, plus rarement rosée. Une croûte noire finit par la recouvrir et la cicatrice se forme plus lard après la chute de cette croûte. Enfin, plus rarement encore, on voit une eschare grisâtre se développer autour de la vésicule primitive et laisser après sa chute une ulcération profonde. Cette forme, qui pourrait recevoir le nom de zona gangréneux, affecte surtout les gens âgés et ceux dont la constitution est détériorée par de mauvaises conditions hygiéniques.

Indépendamment de ces phénomènes qui sont les signes sensibles de l’affection, le malade éprouve une douleur sourde, continue, présentant des degrés variables d’intensité, que les malades comparent tantôt à la sensation d’une brûlure, plus souvent à un élancement, et qui peut acquérir parfois une intensité assez forte pour produire l’insomnie. Ses caractères la rapprochent beaucoup des névralgies, et, comme ces* dernières, elle présente sur le trajet des nerfs des points particuliers que la pression exaspère et où les élancements sont

zona.

toujours plus vifs. Ou a eu tort cl afïiriner Cjue celle douleur était constante, car nous avons rencontré plusieurs cas dans lesiiuels elle manquait complètement; ordinairement elle suit l’éruption et rarement nous l’avons vue se développer au début de la maladie ou précéder l’apparition de la rougeur et des vésicules. Peu vive en général chez les jeunes sujets et chez les individus forts, elle est au contraire plus, intense et se prolonge plus longtemps chez les gens affaiblis et principalement chez les vieillards ; elle est également plus prononcée chez les malades sujets aux névralgies.

Les plaques rouges recouvertes de vésicules sont en nombre variable; ainsi, tandis que dans certains cas il n’y en a que deux ou trois, elles atteignent dans d’autres un chiffre plus considérable; leur siège de prédilection est le tronc, et là elles se développent suivant une ligne légèrement oblique de haut en bas et d’arrière en avant. L’éruption n’affecte ordinairement qu’un seul côté et s'arrête en avant et en arrière à la ligne médiane, sorte de barrière qu’on la voit bien rarement franchir; aussi le zona double est fort rare; on en a cependant cité quelques exemples, mais encore dans ces cas les deux demi-ceintures ne se correspondaient pas, et l’une était toujours plus élevée que l’autre. Quelques auteurs ont cru remarquer que l’éruption occupait un côté plus souvent que l’autre, .loseph Franck et M. Cazenave ont dit qu’elle existait plus souvent à droite qu’à gauche. Pour être plus fréquent au tronc, le zona n’est pas cependant exclusif à cette région, on le voit au cou, à la figure, on en a même observé sur le cuir chevelu ; on le rencontre au bras, dont il suit la direction, commençant à l’épaule et finissant à l’avant-bras, quelquefois au poignet ; enfin on l’observe sur les membres inférieurs, s’étendant depuis l’épine iliaque

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antérieure et supérieure jusqu’à la face interne du mollet. Du reste, quel que soit son siège, ses caractères, ses terminaisons sont les mêmes.

Les phénomènes généraux sont ordinairement peu prononcés dans cette affection. Quelquefois on voit paraître au début un léger malaise et des phénomènes fébriles de peu de durée, mais au bout de peu de jours l’abattement cesse, l’appétit renaît et les fonctions se rétablissent dans leur régularité ; dans certains cas cependant les douleurs névralgiques sont assez intenses pour produire une fatigue générale, de l’insomnie et de l’inappétence. Dans la forme gangréneuse que nous avons mentionnée, on voit se développer des symptômes graves : la face est pâle, le pouls fréquent et petit, l’appétit nul, les forces sont abattues, et l’on observe tous les phénomènes adynamiques qui se rencontrent habituellement dans les maladies gangréneuses.

Dans les cas simples le zona suit une marche aiguë; ainsi ordinairement, au bout de quinze jours, les croûtes tombent et laissent après elles une tache violette qui ne tarde pas à disparaître; lorsque les vésicules s’ulcèrent la durée est toujours plus longue et peut se prolonger pendant six semaines ou deux mois.

Quelle que soit la terminaison du zona, la résolution ou Tulcération, la névralgie concomitante disparaît ordinairement avec réru[)tion, quelquefois même elle cesse lorsque les croûtes se forment; mais dans certains cas elle persiste alors que tous les phénomènes locaux ont cessé, et peut durer des semaines, des mois, des années même. Chez quelques sujets la névralgie disparaît, mais elle se reproduit sous la moindre cause, et dans ces cas le siège qu’elle occupe n’est pas constamment le même, elle peut se déplacer. C’est ainsi que nous avons eu dernièremeni l’occasion d’observer une névralgie

zona.

intercostale qui avait succédé a un zona, et qui fut ensuite remplacée par une névralgie laciale. Sauf ces cas, où la maladie se prolonge indéfiniment sous la forme d’une névralgie, la terminaison habituelle du zona est heureuse; nous en excepterons cependant encore les faits dans lesquels la gangrène se développe autour des vésicules, et qui peuvent se terminer par la mort.

Le diagnostic du zona est généralement facile. On devra reconnaître cette maladie à son siège unilatéral, à sa direction linéaire, et surtout aux caractères des plaques rouges surmontées de vésicules et accompagnées de douleurs névralgiques. Dans certains cas, cependant, si l’éruption est légère et si la névralgie est intense, on peut commettre une erreur en négligeant d’examiner .à nu la partie douloureuse, et en laissant ainsi l’éruption passer inaperçue. Nous avons eu plusieurs fois occasion de constater une semblable omission.

Au début, ne pourrait-on pas confondre le zona avec un érysipèle, et plus lard avec la maladie désignée sous le nom A’ herpès phlyciénoïde7^\îAs,, dans l’érysipèle, la rougeur est ordinairement continue, accompagnée d’un gonllement qu’un bourrelet tranché sépare toujours des parties voisines, et si parfois il arrive que l’épiderme se soulève, c’est en phlyctènes larges et bien développées. Quant à l’herpès pblyclénoide, nous n’avons pas à en établir le diagnostic différentiel avec le zona, car pour nous ces deux affections sont sem-blables : l’herpès pblyclénoïde n’est qu’un zona des membres que son siège insolite a fait considérer à tort comme une maladie spéciale et distincte, car il réunit réellement tous les caractères d’éruption et de douleur du zona.

Le pronostic est ordinairement peu grave, et lorsque les malades sont soumis à un traitement convenable, et qu’on a le soin de ne pas rompre les vésicules, la guérison est prompte ;

Maladies cutam^ s accide.ntelles.

toutefois chez les gens âgés ou affaiblis, il ne faut pas se hàlci' de porter un jugement trop favorable, car ce sont les sujets places dans ces conditions qui sont exposés à des névralgies persistantes et rebelles à tout traitement; c’est également chez eux qu’on observe ces eschares gangréneuses qui envahissent les vésicules, el qui peuvent amener une terminaison funeste.

\j' étiologie du zona va nous fournir quelques renseignements intéressants sur les conditions de son développement. C’est surtout au printemps et en été qu’on l’observe, plus rarement en hiver. Les influences atmosphériques paraissent exercer également une certaine influence sur sa production, car on l’a vu quelquefois régner d’une manière pour ainsi dire épidémique, et à l’bôpital Saint-Louis, quand nous rencontrons un cas de zona, il est ordinaire que nous en observions d’autres exemples les jours suivants. Helativement aux âges des malades, nous dirons que, commun chez l’adulte, il est plus fréquent chez le vieillard, et plus rare chez l’enfant; nous ajouterons qu’il paraît se développer plus souvent chez l’homme que chez la femme. Quant aux causes occasionnelles, signalons deux circonslances importantes ; le refroidissement, cause assez fréquente pour avoir fait considérer le zona comme une maladie de nature rhumatismale, el les émotions morales vives, surtout la colère.

Rien n’est plus simple que le traitement du zona. On doit avoir pour but de respecter les vésicules; il faut donc proscrire les topiques émollients, cataplasmes, lotions ou bains, et s’abstenir surtout des cautérisations el des frictions. Est-il un traitement plus barbare que celui qu’emploient encore aujourd’hui quelques médecins qui passent une brosse de chiendent sur l’éruption, et aggravent ainsi considérablement les douleurs du malade, tout en augmentant d’une manière

indéfinie la durée de rafléclion ? Au début de la maladie, il suffit d’enduire d’huile la partie affectée, et de la saupoudrer avec une poudre inerte, amidon ou lycopode ; on établit ainsi une couche protectrice pour les vésicules. Dans les cas de névralgie intense, nous remplaçons la poudre inerte par une poudre antispasmodirpie ainsi composée:

Poudre d’amidon 3 parties.

Oxyde de zinc .’ y partie.

Lorsfiue les vésicules sont desséchées, on se trouve bien de quelques bains qui bâtent la chute des croûtes.

vSil’on estappelé quand les vésicules sontdéchirées et lorsque les ulcérations sont formées, on peut prescrire des cataplasmes émollients de farine de riz ou de fécule, des bains géné-

laux , si 1 inllammation n est pas trop vive, il faut panser avec des linges fins enduits de cératsaturné ou de cérat opiacé.

Les moyens généraux de traitement sont peu importants: on doit se contenter de prescrire quelques boissons acidulés et ralraicbissantes, et un régime alimentaire en rapport avec l’appétit.

Lorsqu’il existe des plaques gangréneuses', il faut pratiquer des lotions excitantes et saupoudrer les parties malades

avec de la poudre de quinquina ; mais, en même temps, le point essentiel est de lelever les forces par un traitement tonique dont les préparations de quinquina forment la base.

Quand les douleurs sont très vives, quand surtout elles persistent après l’éruption, on doit les considérer comme étant de nature névralgique, et les combattre avec les moyens qu’on emploie habituellement contre les névralgies; les narcotico-âcres, et surtout les préparations de belladone et de datura stramonium, sont alors indiqués à l’intérieur et à l’extérieur. Lorsque l’éruption a déjà disparu depuis assez

longtemps, les vésicatoires volants, soit simples, soit saupoudrés d’un sel de morpliine, ont souvent réussi pour enlever des douleurs persistantes. Enfin, on a cité des exemples de névralgies rebelles qui n’ont cédé qu’aux moxas ou à la cautérisation transcurrente.

Quelle est la nature du zona? Quelques auteurs ont pensé que c’était une fièvre éruptive, et ils ont appuyé leur opinion sur la régularité de sa marche, et sur la disparition des phénomènes généraux alors qu’apparaissait l’éruption. Mais cette régularité est loin d’être aussi grande que celle des fièvres éruptives; d’ailleurs le zona diffère essentiellement de ces affections par sa localisation, par l’absence de contagion, et par la circonstance des causes accidentelles sous l’influence desquelles il se développe souvent; nous rappelons ici le froid et les émotions morales.

On a encore considéré le zona comme une névralgie. Un de nos anciens internes, M. le docteur Parrot, a même publié un Mémoire dans lequel il cherche à établir la nature névralgique ou rhumatismale du zona, en ne considérant l’éruption que comme un symptôme accessoire. Il base son opinion sur les caractères de la douleur, qui se rapproche de celle des névralgies, et surtout sur les causes de l’affection qui, dans presque toutes les observations qu’il a recueillies, se rapportent à un refroidissement. Nous admettons l’existence fréquente et non la constance de cette cause, qu’il est impossible de retrouver dans quelques cas, mais l’objection la plus sérieuse à faire à la doctrine de M. Parrot consiste dans 1 absence complète de douleur observee chez certains malades atteints de zona. Or, qu’est-ce qu’une névralgie sans douleur? admettons donc que le zona est une maladie inflammatoire, accidentelle, à laquelle l’existence d’une véritable névralgie compli(|uant habituellement 1 éruption donne un caractère

STROPIIULUS.

spécial, mais qui ne peul cepeiidaiil être rangée ni dans la classe des fièvres, ni dans celle des névralgies.

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