CHAPITRE VI
PRURIGO.
Le prurigo lire son étymologie du moi jjruritus, prurit, et l’on désigne ordinairement sous ce nom une maladie caractérisée par une éruption de petites papules, peu élevées, plus ou moins discrètes, recouvertes cà leur sommet d’une croûte noire due à la dessiccation du sang, et accompagnées de démangeaisons.
La connaissance de celte afléction remonte à une époque fort éloignée, et les auteurs grecs et latins nous en ont laissé d’assez bonnes descriptions ; ainsi pour n en citer qu un exemple, le célèbre dictateur romain Sylla paraît avoir subi les atteintes d’une variété de prurigo développé chez lui à un degré très intense, et avoir succombé à celte affection après les soullrances les plus atroces. Les dermalographes
t>Rl!RIGO.
anglais Willao et Balemaii le rangent dans la classe des maladies papuleuses, entre le stro|)liulus et le lichen, classification évidemment mauvaise, le stropliulus étant une maladie légère et de guérison facile, le lichen étant une maladie diathésique et de curation difficile. Dans sa classification des dermatoses, Alihert range 1e prurigo à côté de la gale : ce sont en elïet deux atfections souvent concomitantes, mais il ne faut pas ouhliei- que l’une est une maladie parasitaire spéciale, et l’autre une afléction locale accidentelle, sans relation obligée avec un état général quelconque de l’économie, et pouvant se développer d’ailleurs dans diverses circonstances, comme complication de plusieurs autres maladies cutanées.
Le prurigo débute par une démangeaison qui excite les malades à se gratter; puis assez promptement on voit apparaitre une éruption de petites saillies papuleuses peu élevées que les malades écorchent avec leurs ongles; le sommet de la papule ainsi entamée est le siège d’un léger écoulement sanguin, lequel, en se coagulant, donne aux papules du prurigo leur physionomie caractéristique. Les démangeaisons ordinairement continues, présentent presque toujours des exacerbations revenant le soir et s’augmentant par la chaleur du lit. Alors les malades ne se contentent pas d’écorcher les papules, mais les douleurs sont parfois tellement vives qu’ils se déchirent la peau et impriment la trace de leurs ongles sous forme de traînées noires et d’excoriations linéaires quelquefois assez profondes. L’éruption afiécte l’enveloppe cutanée soit en totalité, soit en partie; et dans quelques cas elle s’accompagne d’une augmentation notable dans la production pigmentaire ; de là cette coloration brune et plus foncée que présentent en généial les malades atteints de prurigo, coloration qui persiste quehiuefois alors que tous les autres symptômes ont disparu.
Maladies cltaniîes ACcioENïicLLrs.
Le prurigo peut exister sans produire aucun dérangement notable dans la santé, cependant lorsque son intensité est considérable, il amène ordinairement cà sa suite un troub'e profond dans la nutrition : l’insomnie, résultat des démangeaisons atroces qui torturent les malades, entraîne avec elle l’anorexie, la diflicullé des digestions, quelquefois même des vomissements, et produit à la longue un amaigrissement plus prononcé et un véritable état cachectique.
Le prurigo se présente avec des caractères assez variés pour qu’on doive établir des espèces en envisageant la maladie : 1“ suivant son intensité; 2“ suivant sa cause; 3" suivant son siège.
§ I. — Variétés suivant riafcnsité.
Suivant l’intensité de la maladie, on admet un prurigo mitis et un prurigo formicans.
1“ Prurigo mitis. Dans cette affection les papules sont en petit nombre, disséminées et la coloration de leur base ne diffère en rien de celle de la peau ; les démangeaisons sont peu vives, facilement supportables et toujours soulagées par l’excoriation. Il y a du reste une absence complète de phénomènes généraux : les fonctions digestives s’exécutent bien et la santé ne subit aucune altération. Il est inutile d’insister davantage sur cette variété.
2“ Prurigo formicans. Lntre l’afl’ection qui précède et celle dont nous allons donner la description, on peut trouver tous les degrés de transition. Le prurigo formicans ne produit plus de simples démangeaisons, faciles à supporter, mais des cuissons atroces, et des élancements particuliers qui sont pour les malades l’objet de comparaisons diverses : ainsi il semble à l’un qu’un fer rouge lui laboure la peau, à l’autre que des milliers d’insectes lui rongent le corps,
pnunioo.
tandis qu’un troisième est étendu sur des charbons ardents. Livré à une insomnie qui dure des semaines, des mois entiers, le malade éprouve un besoin de gratter irrésistible, emploie quelquefois pour le satisfaire les corps étrangers les plus durs et les plus acérés, et cherche du soulagement jusque dans les déchirures de la peau les plus profondes; enfin les soufirances qu’il endure sont parfois tellement atroces que ses facultés intellectuelles se dérangent, il est le jouet d’hallucinations et cherche quelquefois dans le suicide un terme à sa misérable existence. C’est ainsi que nous avons pu voir, il y a quelques années à cet hôpital, un malade se donner la mort pour échapper au supplice sans cesse renaissant de cette terrible affection. Alibert a, du reste, tracé de l’état de ces malades un tableau fort exact et d’une vérité si effrayante, qu’on aurait peine à y croire au premier abord, si soi-même on n’avait eu plusieurs fois l’occasion de rencontrer des faits semblables.
Dans cette affection les cuissons sont continues, mais elles présentent généralement le soir un degré d’intensité que la chaleur du lit exaspère toujours ; chez quelques malades cette exacerbation est produite par un changement brusque de température, par le travail de la digestion ou par l’ingestion des boissons alcooliques; chez d’autres, le moindre mouvement, le moindre contact sur la peau rendent les douleurs intolérables et nécessitent une immobilité presque absolue.
Les divers phénomènes dont la peau est le siège produisent à la longue des altérations dans cet organe; ainsi, outre ces stries noires et ces points de même couleur que nous avons déjà mentionnés et qui succèdent aux écorchures, on la voit s’épaissir en certains points, présenter en d’autres des taches d’une coulc\ir plus foncée et qui ont remplacé les points noirs, tandis qu’ailleurs elle offre des surfaces blan-
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82 maladies cutanées accidentelles.
elles qui sont de véritables cicatrices. Enfin il n’est pas rare de voir surgir des affections concomitantes, pustules d’ecthyma ou d’impétigo, qui contribuent à donner à la peau une physionomie toute spéciale.
Le prurigo formicans suit toujours une marche très lente et se prolonge pendant des mois et des années entières. A la longue, il s’accompagne de troubles gastro-intestinaux et plus tard d’un véritable état cachectique suivi de troubles nerveux variés. La mort peut même en être le dernier terme, non pas directement, comme on le voit cependant quelquefois, mais par suite de l’affaiblissement où sont plongés les malades, affaiblissement qui les rend plus aptes à contracter des maladies nouvelles et plus incapables d’y résister.
g II, — Variété* suivant la cause.
Le prurigo est toujours symptomatique d’une autre affection, et à ce titre nous aurions pu le ranger dans notre quatrième classe de maladies cutanées, mais comme il est le plus souvent symptomatique d’une affection locale, nous avons préféré le ranger dans la seconde. Le prurigo n’étant jamais idiopathique, il faut toujours rechercher la cause qui lui a donné naissance. Or, dans l’immense majorité des cas, il annonce une affection parasitaire, soit la gale, soit la phthiriase, quelquefois il est lié au strophulus ou dépend d’une névrose de la peau.
1“ Prurigo de la gale. — La présence de l’acare détermine toujours une éruption de prurigo qui parfois est assez intense pour occuper seule l’attention et masquer même les caractères propres de la gale. Le siège qu’il occupe alors est d’une grande importance, ainsi on le rencontre surtout à l’abdomen, sur la face interne et antérieure des cuisses, sur la face externe des membres supérieurs; jamais il n’affecte
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le visage. Les démangeaisons qu’il occasionne sont du reste assez supportables et se rapproclient par leur nature des caractères que nous avons assignés au prurigo mi lis. Généralement il disparaît quand la gale est guérie, cependant il n’est pas rare de le voir persister des semaines et des mois entiers après la destruction de l’acare-, il semble alors que la présence du parasite ait profondément modifié la nervosité de la peau et que cette influence se soit maintenue après la première éruption.
2° Prurigo pédiculaire. — Dans la pblhiriase ou maladie pédiculaire, l’éruption prurigineuse attire seule, le plus souvent, l’attention des médecins, et celte préoccupation paraît alors d’autant plus fondée, que les démangeaisons sont fort vives et présententmême toute l’intensité du prurigo formicans. Les stries noires et allongées dues à la coagulation du sang, et qui peuvent se rencontrer sur tous les points de l’enveloppe cutanée, caractérisent le prurigo pédiculaire, mais elles siègent de préférence à la nuque, sur le dos et sur les épaules, et toujours, dans ces points, leur intensité est plus considérable. L’aspect de ces traînées noires dans les régions que nous venons d’indiquer doit toujours appeler votre attention sur l’existence probable d’un parasite. Chercbez-le donc alors, non pas sur le corps où il n’est pas toujours facile à trouver, mais dans les plis de la chemise, surtout au voisinage du col. Chez les vieillards, où la fréquence du prurigo a fait admettre une variété sous le nom de prurigo senilis, l’absence de poux est fort rare dans une éruption prurigineuse, et de même, la présence de poux entraîne toujours chez eux du prurigo, de sorte qu’on ne sait réellement alors si ce sont les poux qui engendrent le prurigo, ou si c’est le prurigo qui attire les poux.
De toutes les variétés de prurigo, il n’en est pas une qui
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cnlrainc dans la peau des alléralions aussi profondes que la variété pédiculaire : ainsi, outre les cicatrices et la coloration bronzée dont elle est le siège, la peau éxliale une sueur visqueuse et fétide, les poux répullulcnt à sa surface avec une rapidité effrayante et renaissent à mesure qu’on les détruit. Dans certains cas même, la maladie semble au dessus des ressources de l’art, et après avoir épuisé sans succès tous les moyens thérapeutiques, on est réduit au bout d’un certain temps à abandonner le malade à de simples soins hygiéniques. Comme on le voit, le prurigo pédiculaire est loin d’être une maladie légère chez tous les sujets, surtout chez les vieillards. Les sujets lymphatiques présentent en outre une complication assez fréquente de pustules d’ecthyma; toutefois, autant cette complication est fréquente chez les galeux, autant elle est rare dans la maladie pédiculaire.
3° Prurigo lié au strophulus . — Le prurigo accompagne souvent le strophulus. Dans ce cas, il occupe de préférence les membres supérieurs et le tronc, quelquefois le cou, souvent même la figure. Tl coïncide alors, comme nous l’avons vu, avec des papules plus grosses ayant la coloration normale de la peau, et survenues sous l’inlluence de conditions hygiéniques particulières.
h" Prurigo lié â une névrose de la peau. — Dans certains cas, le prurigo existe sans complication de parasites, et indépendamment du strophulus. Il paraît alors sous l’inlluence d’une liypéresthésie de la peau, d’une espèce de névrose qui se traduit par des démangeaisons souvent fort vives et quelquefois d’une intensité telle qu’elles se présentent avec tous les caractères du prurigo formicans. C’est à cette variété que nous rattacherons le prurigo qui accompagne quelquefois l’ictère, et qui paraît dû au passage dans le sang des éléments de la hile. Dans tous ces cas, du reste, les altérations de la
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peau ne présentent rien de particulier, l’éruption peut se rencontrer sur tous les points de l’enveloppe culanée, et quoique le visage en soit le plus souvent exempt, dans certains cas pourtant, on a vu le cuir chevelu devenir le siège de démangeaisons atroces.
§ 111. — Variétés suivant le siège.
Dans les variétés de prurigo que nous venons d’étudier, l’éruption, malgré son intensité plus grande en certains points, s’étend presque toujours k la totalité de l’enveloppe cutanée; mais dans certains cas, et presque toujours sous l’influenco d’unecause générale, les démangeaisons selimitent aune région circonscrite et plus particulièrement à la paume des mains ou à la plante des pieds, au pourtour de l’anus ou aux parties génitales. Ce sont ces variétés, où les papules sontfort rares, qu’Alibert décrivait sous le nom deprwigo latent^ et que d’autres auteurs ont désignées sous celui do,'prurirjo sine prurigo.
Nous ne nous arrêterons pas au prurigo plantaris dont la description ne présente rien de particulier, mais nous nous livrerons à quelques considérations sur le prurigo du pourtour de l’anus {prurigo podicis) et sur celui des parties génitales {P. scroti, P. pudendi midiebris).
1“ Prurigo podicis. — Le prurigo du pourtour de l’anus est caractérisé par d’atroces démangeaisons souvent continues, mais présentant des paroxysmes qui reviennent ordinairement le soir. Souvent étendue à l’orilice anal, l’affection y détermine des stries blanchâtres qui tranchent sur la coloration brune delà peau. Il n’est pas rare de voir survenir en même temps un suintement séreux qui soulage souvent les malades et qui s’accompagne d’un épaississement de la peau, plus ou moins étendu, de sorte que, dans ce cas, la ma-
ladie semble tenir le milieu entre l’eczéma et le lichen. Quant au grattage auquel les malades se livrent souvent avec fureur, quelquefois il ne fait qu’augmenter la cuisson, d’autres fois il calme les démangeaisons et procure même des sensations voluptueuses. Les moyens thérapeutiques réussissent rarement à guérir cette allection, et s’il survient une amélioration, il n’est pas rare de voir persister longtemps après la couleur brune et l’épaississement de la peau.
2° Prurigo scroti. — Cette variété ne diffère de la précédente que par le siège qu’elle occupe. Les malades éprouvent sur les bourses des démangeaisons fort vives, accompagnées d’une sécrétion séreuse, d’un épaississement de la peau et d’une exagération pigmentaire. Du reste, on rencontre souvent ces deux variétés réunies sur le même sujet.
Prurigo pudendimuliebris. — Sous ce nom, on désigna une affection caractérisée par une démangeaison vive, irrésistible, qui se développe sur les parties génitales externes delà femme, aux grandes et aux petites lèvres, et qui pénètre môme souvent jusqu’à l’intérieur du vagin. Cette démangeaison pousse les malades à se gratter ; et comme l’action du grattage est suivie de soulagement, il en résulte une sorte de masturbation à laquelle malheureusement certaines femmes s’habituent et se livrent ensuite, même après la disparition de la maladie. A l’examen des parties affectées, souvent on ne trouve aucune altération appréciable ; quelquefois on constate de la rougeur; d’autres fois il y a un suintement et des ulcérations superficielles qui rappellent 1 eczéma. Rarement, il y a des papules, et cette affection qui a reçu le nom de prurigo serait mieux nommée prurit des parties génitales. On rencontre assez souvent cette maladie chez des femmes
au moment de la ménopause; quelquefois elle a paru déler-
minée par l’oubli des soins de propreté.
l'RLlUGU.
Marche. — Il esl l'acile de s’assurer, en interrogeant les malades, que le prurigo débute toujours par de la démangeaison. Les papilles nerveuses irritées se congestionnent, sont écorchées par le grattage des malades et produisent plus tard ces stries ou ces points noirsqui sont dus à la dessiccation du sang. Une fois développée, la maladie aflécte souvent de la tendance à passera l’état chronique, surtout quand elle n’est pas due à une affection parasitaire ; on la voit souvent alors se prolonger pendant des mois et des années et devenir rebelle à tous les agents thérapeutiques, surtout quand elle envahit les parties génitales.
Diagnostic. — Le diagnoctic différenliel du prurigo n’offre aucune difficulté, car c’est la seule affection dans laquelle on rencontre des papules peu élevées accompagnées de démangeaisons et recouvertes d’une croûte noire caractéristique. Mais il est un point plus important, c’est de reconnaître sous l’influence de quelle cause s’est développée l’éruption. Si vous ne trouvez aucun des caractères du strophulus, si vous ne parvenez à découvrir les traces d’aucun parasite, le prurigo, quel que soit son siège, reconnaît pour cause l’hypéresthésie de la peau.
Pronostic. — Le pronostic du prurigo varie essentiellement avec la cause qui lui a donné naissance. Quand il est de nature parasitaire ou lié au strophulus, sa guérison est en général lacile: dans certains cas pourtant, il semble que son apparition ait modifié profondément la nervosité de la peau, et il persiste après la guérison de la maladie première avec une intensité et une ténacité très grandes. Mais c’est surtout quand il est lié à l’hypéresthésie de la peau, et qu’il survient chez un vieillard ou chez un sujet épuisé, que son pronostic est d une haute gravité ; souvent alors il prend, par l’intensité des démangeaisons qu’il occasionne, tous les caractères
MALADIES CUTANÉES ACCIDENTELLES, du prurigo formicans ; en oulre, les troubles digestifs dont il s’aceompagne, les désordres intellectuels qui en sont la conséquence, peuvent jeter les malades dans le marasme et les poussser quelquefois au suicide.
Causes. Les causes du prurigo sont prédisposantes et occasionnelles. Nous nous sommes longuement étendu sur les dernières, le parasitisme et l’hypéresthésie de la peau. Quant aux causes prédisposantes, elles reposent surtout sur les mauvaises conditions hygiéniques. Ainsi, la misère, la malpropreté jointes à un âge avancé exercent une influence incontestable, et dans certains cas, il est impossible de méconnaître l’action des excès alcooliques ou de trop vives émotions morales.
Traitement. — Les indications thérapeutiques du prurigo sont fournies parles causes qui ont déterminé sa production. Ainsi, dans la gale, il suffit de détruire Vacarus par les moyens que nous indiquerons plus tard pour voir le prurigo disparaître, tout en laissant parfois à sa suite des démangeaisons qui sont plus lentes à s’effacer. Dans la joAMmase, saupoudrez le corps avec de la poudre de slaphysaigre, et si ce moyen est insuffisant, alternez chaque jour entre un bain sulfureux et une fumigation cinabrée> pratiquez des onctions mercurielles dans les endroits couverts de poils comme aux aisselles et au pubis, faites changer avec soin le linge et les vêtements du malade, vous arriverez ainsi facilement à détruire les poux et à empêcher leur reproduction. Toutefois, chez les vieillards peu habitués aux soins de propreté et incapables de changer leur manière de vivre, on voit parfois lu maladie résister à ces divers traitements. Dans le strophulus prurigineux, il faut modifier les conditions hygiéniques; dans le prurigo lié à l’ictèrc, il faut traiter la maladie du foie, et nous indiquerons ici particulièrement le bon
PRURIGO.
effet des préparations alcalines; enün, si le prurigo est sous une influence nerveuse, il faut avoir recours aux moyens généraux, et quand il est localisé, il faut s’adresser aux médicaments topiques.
Parmi les moyens locaux qui réussissent le plus ordinairement dans les névroses de la peau, nous mentionnerons les lotions avec l’alun, avec l’eau blanche et avec le sublimé. Ces dernières, surtout, sont excellentes : on les emploie en se servant d’eau chaude dans laquelle on ajoute par la quantité d’un verre d’eau une cuillerée à café de la solution suivante (sublimé, 1 gramme; eau distillée, 125 grammes; alcool, quantité suffisante) ; on répète ces lotions plusieurs fois dans la journée. Les pommades avec les substances opiacées ou narcotico-àcres comme celles avec la belladone, par exemple, léussissent bien rarement. On obtient quelquefois de meilleurs résultats de pommades ou de lotions avec le chloroforme ou avec 1 éther. En même temps, on administre des bains généraux additionnes de sublimé, d’alun ou de substances alcalines. Enfin, dans quelques cas, les douches cinabrées ou sulfureuses ont procuré de notables améliorations.
Le traitement général réclame l’emploi de tous les médi-
camentsqui ontété préconisés contre les affections nerveuses: les préparations avec l’opium, la belladone, le datura stramonium, 1 aconit. L’oxyde de zinc, soit comme topique, soit pris à 1 intérieur, nous a parfois donné d’excellents résultats, tandis que, dans d autres cas, nous avons employé avec succès le nitrate d’argent à l’intérieur à la dose de 5 à 10 mil-
ligrammes chaque jour. Les préparations arsenicales ont produit un effet curatif réel chez quelques sujets, elles agissent alors comme antispasmodiques, (>t paraissent d’ailleurs avoir sur la peau une action élective.
Les moyens de traitement que nous venons d’indiquer se-
roui souvent iiisuHisants si, préalablement, on n’a pris le soin de modifier les conditions hygiéniques et de renouveler les habitudes. Parfois même, le changement d’air et de climat deviendra nécessaire et l’usage des eaux minérales vous offrira une dernière ressource. Les eaux sulfureuses d’Aix et de Luchon nous ont été d’un grand secours, mais nous placerons en première ligne, pour les résultats que nous en avons obtenus, les eaux deLouesche : en effet, elles produisent vers la peau une sorte de poussée qui se traduit par un érythème papuleux et quelquefois même par de véritables pustules, et nous croyons à l’effet salutaire de celte modification substitutive pour amener une guérison radicale.