CHAPITRE PREMIER
FAVUS.
Grâce aux découvertes modernes, l’hisloire de la teigne faveuse est devenue aujourd’hui une des plus simples et des mieux connues de la pathologie. Il n’en eût pas été de même il y a quelques années.
Les anciens paraissent avoir complètement ignoré l’existence de la teigne ou tinea, mot qui figure pour la première fois dans les écrivains arabes. La description qu’en donnent ces derniers paraît assez bien s’y rapporter, mais ils confondent sous ce nom toutes les affections cutanées du cuir chevelu, comme jusqu’au commencement de ce siècle on a donné celui de dartre à toutes les éruptions du reste du corps. Willan et Bateman mirent un peu d’ordre dans ce sujet; mais ils ne débrouillèrent pas complètement le chaos, et il est facile de voir qu’il règne encore de la confusion dans l’histoire de leur porrigo. Willan admet deux espèces de teigne ; le porrigo favosa et le porrigo scutulata; Bateman admet six espèces de porrigo, mais les uns ont trait au favus et les autres se rapportent à des maladies différentes, ce sont : 1“ le porrigo larvalis, qui n’est qu’un impétigo; 2° le porrigo furfurans, qui n’est qu’un eczéma arrivé à la période de desquamation ; 3* le porrigo dccalvans, qui n’est que la pelade; /i“ le porrigo lupinosa; 5° le porrigo scutulata;
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6° le porrigo favosa. Ces trois dernières espèces seules appartiennent réellement à l’iiistoire du favus.
On voit par cet exposé rapide que Willan et Bateman n’ont pas dégagé l’histoire des teignes de toute obscurité; en effet, ils donnent le nom àç-. porrigo à des affections pustuleuses et susceptibles de se développer par contagion. Or leur classification comprend plusieurs maladies qui ne présentent jamais de pustules, telles que le porrigo decalvans et le porrigo favosa, et d’autres variétés de porrigo comme le porrigo larvalis et le porrigo fur fur ans ne sont jamais contagieusès. Biett simplifia la question en n’admettant que deux espèces de porrigo, le porrigo scntulata et le porrigo favosa ; mais, comme il suivait la méthode anatomo-pathologique, il admit dans les deux cas une pustule initiale et laissa subsister ainsi toutes les difficultés. Ces idées furent adoptées par toute son école et elles sont encore professées aujourd’hui à l’hôpital Saint-Louis par MM. Cazenave, Gibert et Devergie.
C’est à dater de 1839 qu’une révolution s’opère dans l’histoire du favus : un auteur allemand, Schœnlein découvrit le premier à l’aide du microscope un champignon dans les godets faviques; d’autres micrographes, Link, Remak, marchèrent dans la môme voie et confirmèrent ses recherches; M. Grubv transmit le premier en France ces connaissances déjtà populaires en Allemagne et s’attribua ainsi le mérite de cette découverte. Enfin dans ces dernières années, plusieurs naturalistes et, entre autres, MM. Lebert, Robin, etc., ont étudié les caractères de ce parasite cryptogamique, ont reconnu qu’il appartenait à la tribu des oïdiés de la classe des arthrosporées, et l’ont décrit sous le nom ôiachorion Schœnleinii, du nom du micrographe qui l’avait découvert. Plus récemment encore, M. Bazin a reconnu que le parasite n’existait pas seulement dans les godets faviques, mais qu’il pénétrait
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MALADIES l’ABASITAIRÉS.
aussi dans l’épaisseur des cheveux dont il écarlail les libres, et il en a tiré celte conséquence thérapeutique, que l’extraclion des cheveux était une condition nécessaire à la destruction de tous les spores du végétal.
Après ce court résumé historique, nous pouvons définir le l'avus : une affection contagieuse caractérisée par des croûtes sèches, de couleur jaunâtre, présentant au début la forme de godet, et dues à la présence dans les cheveux et sur le corps d’un parasite végétal particulier, décrit sous le nom A'achopîon Schœnleinii.
La teigne faveuse débute ordinairement par des démangeaisons du cuir chevelu et par une coloration rosée de la peau, sur laquelle survient une desquamation furfuracée qui s’étend sous forme de cercles. En même temps les cheveux implantés sur les parties malades prennent un aspect plus terne et deviennent plus secs et plus cassants. Si dès cette époque on soumettqit à l’examen microscopique la poussière épidermique, il serait facile d’y trouver tous les caractères de l’achorion, mais quelques jours plus tard les signes deviennent assez tranchés pour rendre cet examen inutile au diagnostic. En effet, çà et là, sur le cuir chevelu, on voit apparaître de petits points jaunâtres du volume d’une tête ff’épingle,et qui, à mesure qu’ils grandissent, se dépriment à leur centré dé manière à présenté!’’ la forme d’un godet. Le volume de ces petjts godets dépasse rarement celui d’un pois, leur coloration est. d’un jaune soufré, caractéristique; mais le caractère le plus, essentiel et sur lequel nous ne pouvons trop insister, c’est cette' dépression centrale qu’un poil traverse souvent à' son milieu et qui les fait ressemblera une cupule ou à un lampion.
Le nombre des godets faviques est en général assez considérahh'. Quehjuefois isolés et indépendants les uns des
tWvLis.
autres, ils Ibnnenl alors mie variété ()u’oii a décrite sous le nom de favus isolée urcéolaire, lupinosa. Quand au contraire ils sont assez rapprochés, ils peuvent, en augmentant de volume, se réunir à ceux qui leur sont contigus, tout en conservant leur l'orme primitive. 11 arrive ordinairement qu’au bout d’un certain temps les croûtes se détachent en partie et perdent leur l'orme déprimée, il ne reste plus alors que des plaques jaunâtres, et irrégulières qui couvrent une assez large étendue, et c’.est cette variété de teigne qu’on a désignée sous le nom de favus scutiforme, en bouclier, en plaque. M. Bazin décrit comme une espèce distincte cette variété qui n’est due qu’à un âge particulier du parasite. Plus tard les croûtes l'aviques prennent encore un nouvel aspect, elles se décolorent, deviennent blanchâtres, inégales et ressemblent à du vieux plâtre; cette variété, qui a reçu le nom de favus squarreux, n’est pas plus une espèce distincte que la précédente, elle n’est qu’une époque plus avancée et en quelque sorte le dernier terme dans l’âge de la maladie.
- L’examen des cheveux nous l'ournit dans cette all'ection de précieux renseignements : ainsi, quand les godets se développent, les cheveux s’atrophient, ils tombent en grande partie et entraînent une alopécie partielle ; ceux qui restent deviennent grisâtres, seçs, lanugineux comme ceux des nègres. Ces altérations sont dues à ce que le follicule pileux est envahi par le parasite, et à ce que les glandes sébacées destinées à lubréüer le poil sont atrophiées par la matière l'avique. En même temps la tête exhale une odeur fétide qu’on a comparée à celle de Ija souris, à celle de l’urine de chat ou à celle de matières animales en macération, mais qui est toute spéciale et qu’on ne peut confondre avec aucune autre.
Les symptômes précédents appartiennent en propre à la
MAL\l)ll s PAlUSITAlUES.
teigne faveiise, mais presque toujours le parasite, par l’irritation qu’il occasionne, favorise le développement d’éruptions concomitantes; c’est ainsi qu’il se développe des pustules d’ecthyma, que des croûtes d’impétigo viennent se mêler aux godets faviques et obscurcir le diagnostic. Il n’est pas rare de voir en même temps une quantité de poux considérable pulluler sur le cuir chevelu, tandis que les ganglions lymphatiques voisins s’engorgent, s’enflamment et quelquefois passent à l’état de suppuration.
Si nous soumettons à l’examen microscopique les croûtes du favus, nous reconnaissons qu’elles sont formées presque exclusivement de matière parasitaire et elles nous présentent : 1” le mycélium, assemblage de filaments tantôt simples et tantôt ramifiés et qui représente le végétal; 2° des tubes simples ou cloisonnés isolés ou accolés les uns aux autres, les uns vides, les autres contenant des spores; 3“ enfin des granulations blanches, ovalaires ou arrondies, quelquefois irrégulières, d’un volume variable et qui sont les spores ou organes de reproduction d’un parasite dont les naturalistes ont reconnu la nature végétale et auquel ils ont donné le nom A'achorion Schœnleinii. Les cheveux, comme nous l’avons dit, ne sont pas à l’abri de l’affection parasitaire, et à un grossissement de 200 à 300 diamètres, on voit des spores nombreuses disséminées dans le bulbe et dans la tige du poil, on y renconlre aussi des filaments tubuleux. Dans quelques cas plus rares les cheveux sont atrophiés et leurs fibres longitudinales sont écartées par le parasite.
L’affection favique se développe ordinairement au cuir chevelu, mais on peut la rencontrer ailleurs, partout où il y a des poils. C’est ainsi qu’on a vu sur le gland des godets qui présentaient un poil rudimentaire au centre de leur dépression. Il n’est pas rare également d’en observer sur
FAVÜS.
l’ongle, et M. Bazin a parfaitement décrit cette variété qui jusqu’alors avait échappé à l’attenlion. Du reste, quelle que soit la région du corps qu’il occupe, le favus présente le même aspect qu’à la tèle et ses croûtes déprimées en godet conservent toujours leur coloration d’un jaune soufré caractéristique.
La marche de la teigne laveuse est intéressante à étudier. Ainsi elle débute par un cercle rouge, pityriasique, sur lequel ne tardent pas à se montrer de petits points jaunes traversés par un poil à leur centre, et qui s’agrandissent, se dépriment en godet, se réunissent de manière à former une plaque continue. Au bout d’un certain temps ces croûtes perdent leur caractère pathognomonique, elles deviennent blanchâtres, inégales, tombent en partie, entraînent les cheveux dans leur chute et laissent à nu des surfaces rouges complètement dénudées. Presque toujours en même temps le cuir chevelu est déprimé, atrophié par suite de la compression exercée par l’amas du parasite, quelquefois même il se forme une véritable cicatrice et le follicule pileux étant détruit, l’alopécie est alors toujours incurable. Cependant quand la teigne est récente et quand le cuir chevelu n’a pas encore eu le temps de s’atrophier, les cheveux peuvent repousser aussi beaux, aussi nombreux qu’auparavant, d’où le précepte de commencer sans retard le traitement de la maladie et de le continuer jusqu’à ce qu’on ait obtenu une guérison définitive.
Abandonnée à elle-même, la teigne faveuse a une tendance extrême à se perpétuer indéfiniment : ainsi il n’est pas rare de rencontrer des adultes qui en sont affectés depuis leur enfance, cependant, par la chute des cheveux et à la suite de l’atrophie du cuir chevelu, la maladie peut guérir spontanément ; dans les cas les plus fréquents quand le parasite disparaît d’un point, il s’étend d’un autre côté et
MALADlIiS l'AKASITAlUES.
la guérison ii'esl définitive que quand l’apolécie est complète et générale.
Diagnostic. — Le l'avus se reconnaît ii la présence de croûtes jaunes, sèches, déprimées en godets, traversées d’un poil, à leur centre, el présentant, quehiuel'ois un aspect plàr treux, à l’altération des poils qui sont ternes, décolorés et manquent en certains points; en même temps l’examen microscopique révèle dans toutes ces parties l’existence de tubes végétatifs et de spores reproductrices : ces signes réunis existent rarement dans d’autres maladies. Cependant on pourrait quelquefois éprouver des difficultés de dia»gnostic, en présence d’une autre afléction parasitaire ou en face de quelques autres maladies qui ne reconnaissent pas un parasite pour cause.
Les maladies parasitaires avec lesquelles on pourrait confondre le favus sont Vherpès tonsurans et la pelade.
Dans l’herpès tonsurans on n’observe pas de croûtes, mais des squames grisâtres ; les cheveux sont, il est vrai, secs et décolorés, mais ils sont cassés à peu de distance de leur racine et entourés d’une gaine floconneuse blanchâtre;; dans le favus au contraire, les cheveux sont tombés complètement ou persistent dans toute leur* longueur avec une sécheresse et une décoloration (|ue nous avons indiquées. Dans quehjues cas, l’herpès tonsurans se complique d’une éruption impétigineuse qu’il est assez difficile de diflérencier des croûlcs du favus. Le diagnostic se tire alors de la couleur des croûtes qui n’est pas la même dans les deux allections, de l’aspect dillércnt des cheveux, et enlin, si l’embarras persiste, on recourt à l’emploi du microscope. Toutelois, pour des médecins peu habitués à ces recherches, l’achorion n’est pas toujours facile à distinguer du tricliophyton ; les spores sont cependant plus grosses et plus nombreuses darfc
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le favus, el lareiueiit les libres longitudinales des cheveux sont aussi altérées que dans l’herpès tonsurans.
La teigne pelade est toujours beaucoup plus facile à reconnaître : ainsi elle né présente ni croûtes, ni éruptions concomitantes, elle est caractérisée seulement par une décoloration des téguments et par une alopécie partielle dans laquelle, après être tombés, les cheveux ont été remplacés par des poils follets.
Les maladies non parasitairesqui présentent quelque ressemblance avec le favus sont : \ eczéma simple ou impétiginevLX, \q pityi'iasis et \e psoriasis. Dans l’impétigo les croûtes sont brimes, ne présentent pas l’aspect de godets et n’exhalent pas l’odeur de souris; les cheveux ne sont pas décolorés et ne tombent pas avec la même facilité. Dans le pityriasis et dans le psoriasis ce sont des squames et non des croûtes qui caractérisent l’alléction, cependant le psoiiasis ancien pourrait être quelquefois confondu avec le favus squarreux et il y a dans qucbjues cas une ressemblance assez grande. Il est utile de se rappeler alors que les croûtes du favus sont toujours moins adhérentes que celles du psoriasis ; d’ailleurs, le psoriasis de la tète est rarement isolé et presque toujours il existe simultanément aux coudes et aux genoux. Enün si ces moyens ne permettaient pas de porter un jugement certain, l’emploi du microscope viendrait lever tous les doutes.
Pronostic. — Aujourd’hui la teigne laveuse n’est plus une maladie grave, on peut toujours assurer sa guérison, et quand on la prend au début, les parties atteintes ne conservent aucune dilformité ; mais quand rachorion existe depuis longtemps, il entraîne une atrophie du cuir chevelu et une alopécie incurables.
Par ses propriétés éminemment contagieuses cette maladie est un objet de répulsion el de dégoût pour les mal-
MALADIES PAHASIÏAIUES.
heureux qui en sont atteints; tel est du reste son seul inconvénient. Rarement elle s’accompagne de phénomènes généraux et ce n’est qu’après une durée de plusieurs années qu’elle produit de l’amaigrissement, de la pâleur et un véritable étiolement semblable à celui des plantes affectées de parasites. Dans cet état d’affaiblissement, les sujets sont plus aptes à contracter des maladies intercurrentes, leur résistance vitale est moindre, et ils peuvent plus facilement succomber; mais dans tous ces phénomènes pathologiques le favus, comme nous le voyons, ne joue qu’un rôle très secondaire.
Etiologie. — L’étiologie du favus comprend des causes prédisposantes et des causes occasionnelles.
Le favus se présente à toutes les périodes de la vie et nul âge n’en est à l’abri, cependant il se développe de préférence dans l’enfance et la première jeunesse, et quand on le rencontre plus lard , l’époque de son apparition première remonte presque toujours à une date antérieure. Les garçons y sont peut-être plus exposés que les fdles, mais cela tient sans doute à leur genre de vie qui rend la contagion plus fréquente. Enfin, le tempérament lymphatique parait être celui de tous qui présente les conditions les plus favorables à la reproduction et à la végétation du parasite.
La teigne ne sévit pas dans les mêmes proportions sur les diverses classes de la société; elle atteint plus rarement les gens qui vivent dans l’aisance, tandis qu’elle se propage avec facilité dans la classe pauvre. Celle différence lient au genre de vie qui fait que chez les premiers les soins de proprélé sont plus grands et le contact avec les gens affectés moins fréquent.
Une chose digne de remarque, c’est (|ue certaines professions paraissent y exposer davantage : ce sont surtout celles
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qui obligent les individus qui les cultivent à vivre ou à coucher dans des écuries. Il semble que sous l’influence d’un air chaud et chargé de naalières animales, les spores des parasites acquièrent une facilité plus grande à germer et à se reproduire. Du reste, d’une manière générale, ces conditions favorables à la reproduction des cryptogames étaient connues depuis longtemps et on avait même songé à les utiliser. Il suffit d’étendre une couche de fumier dans un lieu sombre et humide, comme dans une cave ou une étable, pour voir se produire au bout de quelques jours une couche manifeste de champignons.
La contagion est la seule cause occasionnelle du favus. Nous ne reviendrons pas sur le mode de transport qui peut être médiat ou immédiat; mais dans tous les cas, pour que la maladie se développe, il est nécessaire qu’une croûte favique ou une spore d’achorion ait passé de l’individu malade à l’individu sain. Aucun fait ne peut s’expliquer par une génération spontanée, et dans le règne végétal comme dans le règne animal, toute production est le résultat d’un germe provenant d’un individu semblable, et qui a trouvé un terrain favorable à son développement.
Cette circonstance d’un terrain propice est fort importante à considérer et donne des vues excellentes pour le traitement. Une suffit pas en effet dedétruire lesparasites par le moyen que nous allons indiquer, mais il faut modifier le terrain de telle sorte qu’il ne soit plus apte à recevoir de nouveaux germes et à servir à la nutrition des cryptogames. 11 faudra donc fortifier la constitution par des toniques et par des amers, prescrire une bonne alimentation, entretenir en même temps une propreté excessive, faire couper les cheveux ras, afin que l’air puisse y circuler. C’est parce que ces conditions hygiéniques ne sont pas observées, que la teigne est si difficile à guérir
.MALADIES DARASITAIKI.S.
dans les basses classes de la société et qu’elle y repullule d’une façon elVrayante.
Traitement. — Depuis de longues années, les médecins renonçaient à traiter la teigne et abandonnaient le soin de la guérir à des empiriques (jui faisaient un secret de leur traitement et l’exploitaient au détriment du malade. Le seul moyen d’une efficacité réelle et qui osât se montrer au grand 'jour était connu sous le nom de traitement par la calotte, mais les douleurs atroces qu’il occasionnait l’avaient fait à peu près bannir du domaine scientifique. Ce moyen consistait dans l’application sur le cuir chevelu d’un emplâtre agglutinatif formé avec de la poix mélangée à d’autres substances ; on le relirait brusquement de façon à arracher tous les poils, et on pratiquait ainsi une épilation brutale, qui laisr sait fréquemment à nu une partie de la peau, et qui avait en outre l’inconvénient d’ètre souvent incomplète. Ce moyen de traitement est encore suivi dans quelques hôpitaux de province, mais dans plusieurs, on a adopté les modifications introduites par des médecins de Lyon, on ne pratique plus alors qu’une épilation partielle et successive, au moyen de bandelettes de sparadrap.
Dans les hôpitaux de Paris, malgré les ellorts de M. Bazin et les nôtres, le traitement externe de la teigne est encore aujourd’hui abandonné à des gens qui n’ont pas divulgue leur secret. Ce traitement, dit des Frères-Mahon., s’est perpétué de père en fils, de fils en neveu, et il est aujourd’hui exploité par des héritiers indirects. 11 consiste dans l’ajjplication de pommades et de poudres épilatoires dont on ignore la composition exacte; mais il est probable que ces moyens ne sont qu’illusoires, et il parait même cei lain que les Malion emploient principalement 1 épilation. (Juoi qu il en soit, nous devons a la vérité de ileclurer qu ils ont procure
FAVCS.
(les guérisons, ([ue le trailenient a souvent Irainé pendant des mois et des années, (|ue fréquemment il y a eu des récidives, mais que, dans certains cas, la cure a été radicale.
Le traitement des Mahon était presque le seul en usage à Paris, quand M. Bazin, ayant découvert les altérations des cheveux produites par le parasite, institua Y épilation co\y\xn>à règle générale et indispensable du traitement de la teigne,. A dater de cette époque, ce traitement fut appliqué avec succès au dispensaire qu’il venait de créer à riiôpital Saint- Louisi et nous-même , dans les salles de notre service, nous en retirions de très grands avantages.
Le traitement de la teigne, tel qu’il est employé aujourd’hui, se compose de trois parties :
1“ On se débarrasse des croûtes du favus ou d’impétigo (jui recouvrent la tête à l’aide de cataplasmes, de bains ou de lotions émollientes. Au bout de cinq ou six jours, les croûtes tombent, et le cuir chevelu présente une coloraüon rouge et une ulcération superlicielle, ressemblant assez à celle (jui succède à la chute des croûtes d’eczéma. On pratique ensuite l’épilation qui forme la seconde partie du traitement.
2® Pour rendre l’épilation plus facile, on coupe les cheveux, en leur laissant une longueur de deux à trois centimètres seulement; pour la rendre moins douloureuse , M. Bazin a l’habitude de faire étendre préalablement une couche d’huile de cade sur les parties malades ; il prétend, par ce moyen, diminuer la sensibilité du cuir chevelu et faciliter l’extraction des poils. Nous avons employé ces lotions sans en obtenir de résultat satisfaisant, et nous les avons abandonnées aujourd’hui. L’épilatioii se pratique à l’aide de pièces à mors larges, en ayant soin de hè saisir pas plus d’un ou deux cheveux à la fuis, |tour éviter de les briser;
MALADIES PARASITAIRES
ensuite on exerce la traction toujours dans le sens de l'implantation des cheveux; de cette façon, la douleur est moindre et l’extraction plus facile.
Les cheveux doivent être arrachés sur toutes les parties malades, mais il n’est pas nécessaire de pratiquer cette opération dans une seule séance. On épile chaque jour dans une étendue de trois à quatre centimètres carrés, et, au bout de quelques jours, on parvient facilement à mettre toutes les parties malades à découvert. A mesure qu’on pratique l’épilation, il est indispensable de lotionner les parties avec une solution de sublimé. Celle que nous employons a pour formule :
Sublimé 1 gramme.
Eau SOO —
Alcool q. s.
On imbibe de cette solution une compresse, une brosse, une éponge, et on a soin de la faire pénétrer par l’oritice encore béant du follicule pileux. De cette manière, ou a toute chance pour détruire le parasite et pour qu’aucune des spores ne conserve la propriété de se reproduire ; on continue matin et soir, pendant huit jours, ces lotions parasiticides.
3° On se propose, dans la dernière partie du traitement de la teigne, d’établir un contact prolongé entre tes parties malades et les agents chargés de détruire le champignon. On y parvient à l’aide de pommades qui ont surtout pour base des préparations de soufre ou de mercure. C’est ainsi qu’on emploie la pommade suivante :
Soufre 2 grammes.
Axongc 30 —
M. Bazin employait, au début, l’acétate de cuivre à la
TRlCHOPllYTlR.
dose de 0s'',50; mais celle substance ayant l’incorivénicnl de déterminer fréquemment des éruptions, il préfère aujourd’hui le turbilh minéral (sulfate de deuloxyde de mercure), qu’il incorpore à l’axonge, <à la dose de 0S'',50.
Tel est le Iraitemenl complet de la teigne. Au bout de quelque temps , les poils arrachés repoussent et quelquefois même ils prennent une teinte plus foncée : nous avons dernièrement observé un enfant chez qui les cheveux, qui étaient rouges avant l’épilation, repoussèrent châtains après la guérison de la teigne. Du reste, il est rare qu’une seule épilation soit suffisante; si, au bout de six semaines ou deux mois, les cheveux n’ont pas repris leur caractère primitif, s’ils sont encore secs et cassants, enfin s’il existe des croûtes ou des pustules au cuir chevelu, il faut renouveler l’épilation et la recommencer jusqu’à ce qu’on ait obtenu une guérison radicale.