‹ Lecons sur les maladies de la peauChapitre 45 sur 46 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La gale est une maladie cutanée caractérisée par des éruptions de différentes sortes, accompagnées de démangeaisons, et causées par la présence d’un insecte particulier désigné sous Iq nom (\'acarus.

La gale parait être aussi ancienne que le monde, et en effet.

MALADIES PARASITAIHES.

si nous consultons les textes l)ébreux, nous y trouvons la description d’une maladie contagieuse qui paraît être l’atVection parasitaire que nous connaissons aujourd’hui. Hippocrate a laissé une description de la psore,et Aristote a décrit sous le même nom une maladie contagieuse par le contact. Cliez les Latins, Pline le Naturaliste et les poètes satiriques de son époque ont parlé d’une maladie qui se gagnait par le contact, et nous voyons que plusieurs historiens, entre autres Quinte- Curce, en ont également fait mention. Cependant, il faut arriver jusqu’aux Arabes pour trouver une bonne description de cette maladie : Itbazès, Averrboès l’ont décrite de façon à ne pas la méconnaître, et c’est même dans les écrits de ce dernier auteur qu’on trouve mentionnée pour la première fois l’existence d’un animal particulier; Orhmtur parvaanimalcula, dit-il en certain endroit, et ailleurs il ajoute : Exeunt anhnalia tam parvumcula quam vix videri possint .

Ambroise Paré mentionne cet insecte, sous le nom de ciroyi de la gale, et Rabelais en parle dans son Pantagruel. Un auteur italien, Cestoni, en 1687, en a laissé une figure qui est très ressemblante. Linné indique également la présence du ciron de la gale, mais, chose assez singulière que nous devons mentionner, il le considère comme identique avec la mite delà farine, et il avance même que les nourrices communiquent souvent la gale à leurs enfants en leur saupoudrant les fesses avec de la farine. Plus tard quelques auteurs allemands, et entre autres Wicbmann, ont donné de l’acarus des dessins assez exacts.

Malgré toutes ces descriptions, l’acarus de la gale était mal connu, et son existence était même mise en doute par la plus grande partie des médecins, quand, en 1812, un interne en pharmacie de l’hôpital Saint-Louis, Galès, prétendit avoir retrouvé l’acarus de la gale, et montra des insectes

Gale.

qu’il disait avoir rencontrés sur des galeux. Désireux de connaître ce parasite, les médecins de l’hopilal Saint-Louis, et entre autres Lugol, se livrèrent à des recherches suivies, mais n’arrivèrent à aucun résultat ; cela tenait à ce qu’ils cherchaient l’acare dans les vésicules. Le mémoire de Galès avait été couronné par l’Institut, quand M. Raspail vint accuser son auteur d’imposture, et prétendit que les insectes présentés et décrits n’étaient autre chose que la mite du fromage. A cette grave accusation et aux nombreuses attaques de M. Raspail, Galès n’a jamais fait de réponse, et ce silence obstiné, joint à la prétention d’avoir retrouvé l’acare là où il n’existe pas, dans les vésicules, semble mettre tous les torts de son côté. Toujours est-il qu’à dater de ce moment la question send)la définitivement résolue, et l’on rejeta bien loin, dans le domaine des fables, l’existence du parasite de la gale.

Les choses en étaient là, quand en 183Zi, un étudiant en médecine de la Corse, iM. Renucci, vint démontrer d’une manière certaine, à la clinique d’Alibert, l’existence de l’acarus 5 il apprit que dans son pays, où cette affection est très fréquente, cet insecte était connu de toute la classe pauvre; que, pour le rechercher, les mères exposaient leurs enfants au soleil, l’extrayaient avec la pointe d’une épingle et le tuaient ensuite avec leurs ongles; mais il rendit surtout un service signalé, en appelant l’attention sur le sillon caractéristique et en démontrant l’existence de l’acare à une de ses extrémités.

Depuis cette époque, personne ne conteste 1a nature parasitaire de la gale, et un assez grand nombre d’auteurs sont venus éclairer l’histoire de cette alfeclion. Parmi les travaux les plus remarquables, nous mentionnerons ceux deM.\I. Albin- Gras, Aubé, Hebra (de Vienne}, et, plus récemment, ceux

ilALADliîS l'AhASlTAlhKS.

(le M. Bourguignon et de M. Lan(|ueliii, qui ont donné sur les mœurs de l’acarus des notions fort intéressantes. C’est à l’aide de ces données et à l’aide des travaux thérapeutiques qui ont été entrepris par 31. Baziri et par moi, qu’il nous sera possible de montrer que la gale est aujourd’hui une des affeclions les mieux connues dans sa nature et dans son traitement.

La gale signale son début par des démangeaisons qui, d’abord locales et bornées au ventre ou aux mains, ne tardent pas à devenir générales. Ordinairement faciles à supporter, elles acquièrent au bout d’un certain temps une intensité assez grande pour fatiguer les malades et pour occasionner de l’insomnie; c’est en effet surtout le soir que les démangeaisons redoublent, et cette recrudescence s’explique facilement par les mœurs de l’acare qui est noctambule et qui choisit surtout la nuit pour sortir de son sillon. Chez certains sujets, les démangeaisons cessent après quelques heures de séjour au lit et se reproduisent le matin avec une intensité nouvelle; il est rare qu’elles se fassent sentir pendant le jour.

Avec les démailgèaisons qui annoncent la gale, on voit apparaître des éruptions diverses. La plus fréquente de toutes est, sans contredit, le prurigo ; dans ces cas, il a des sièges de prédilection et affecte surtout les avant-bras, la partie antérieure de l’abdomen et la face interne des cuisses. D’après des relevés statistiques que nous avons faits dans notre service, sur cent galeux on en trouve quatre-vingt-dix-neuf qui sont atteints de prurigo.

Après cette dernière affection , la lésion qui accompagne le plus constamment la gale est une éruption de vésicules isolées, légèrement acuminées et d’un volume égal à celui d’une crosse tète d’épingle. On les rencontre surtout aux mains, sur la face latérale des doigts et aux commissures

inlerdigitales; les pieds peuvent en présenter également quelques-unes. Pour les Willanistes, les vésicules constituaient l’élément anatomo-pathologique dé la gale, mais, sur dix malades, il y en a toujours au moins un qui ne présente pas cette éruption.

Vecthyma est, avec le prurigo et les vésicules, une des éruptions qui se montrent le plus fréquemment dans la gale, et on le rencontre surtout alors aux mains, aux pieds et aux fesses. Il est tellement constant de rencontrer ces pustules larges, arrondies et entourées d’une auréole rouge, sous l’influence de la gale, que pour nous, l’existence d’un ecthyma, et surtout dans les lieux que nous venons d’indiquer, annoncé d’une manière presque certaine l’existence de l’acare. En effet, sur vingt cas d’ecthyma, dix-neuf reconnaissent la gale pour cause. Chez les enfants à la mamelle il existe surtout aux fesses, et ce siège s’explique facilement par l’habitude qu’ont les nourrices de porter les enfants dans leurs bras et par le point de départ de la maladie.

Du reste, toutes ces éruptions acquièrent une intensité' d’autant plus grande que la gale est plus ancienne.

En dehors des éruptions précédentes, on voit parfois apparaître des fi&oncles et mènie de véritables abcès; plus rarement on voit se développer du lichen, de \ eczéma ou de y impétigo. Dans ces derniers cas, il faut bien savoir que ce n’est pas l’acarus qui a produit les dartres, il a seulement agi comme corps irritant, et déterminé, par sa présence, l’éclosion d’une diathèse préexistante.

Dour terminer la symptomatologie de la gale, il nous reste cà faire connaître ses deux caractères fondamentaux et pathognomoniques, \acarus et le sillon qu’il s’est creusé.

Vacarus scabiei est un petit insecte de la classe des Arachnides, famille des Acarides, présentant à peu près un tiers

MALADIES PAiUSIl'AlUES.

de millimètre en longueur et un quart en largeur. Sa face supérieure bombée est en général rugueuse et armée de poils qui se redressent et l’em pêchent de retourner en arrière quand il s’est engagé dans son sillon ; la face inférieure présente huit pattes ; les quatre antérieures sont armées de suçoirs dans les deux sexes, les (]uatre postérieures sont garnies de poils chez la femelle, tandis que chez le mâle deux seulement présentent ces appendices, la dernière paire présentant un ambulacre qui doit sans doute avoir pour but de fixer l’animal dans la copulation. L’extrémité antérieure est ' armée d’une espèce de ventouse. Chez la femelle, dont le volume, comme dans tous les animaux d’espèce inferieure, est plus considérable que celui du mâle, on aperçoit facilement la fente anale à l’extrémité postérieure. Chez le mâle on voit, au lieu de cette fente, des appendices qui doivent constituer les organes de la génération. Le mâle, comme nous venons de le dire , est beaucoup plus petit que la femelle: il n’a pas non plus les mêmes habitudes; ainsi, tandis que la femelle se creuse un sillon où elle demeure, le mâle voyage librement à la surface de la peau, se cachant parfois sous les croûtes d’ectbyma ou de prurigo ; aussi sa recherche est toujours assez difficile, et sa découverte ne remonte qu’à quelques années.

Le sillon caractéristique de la gale se présente sous l’aspect d’une petite ligne ordinairement sinueuse étayant assez souvent la forme d’une virgule, d’un S ou d’un fer à cheval ; habituellement grise, elle est quelquefois blanche ou tachetée de points noirs qu’on a attribués fort hypothétiquement aux fèces des acares; il est rare de rencontrer des sillons avec la direction d’une ligne droite. Leur longueur est fort variable; quelquefois de cinq à six millimètres seulement, ils atteignent rarement plus d’un centimètre. Dans quelques cas ex-

Gale. IS'S

ceplionnels on en a observé ccpemiant qui avaient une longueur de Irois cenliinèlres.

Il est important de savoir sur quels points de l’enveloppe cutanée les sillons doivent être recherchés; on les rencontre surtout à la main, sur les parties latérales des doigis et sur la face antérieure du poignet; chez les femmes, qui en général ont un épiderme plus mince, on en trouve quelquefois à la paume de la main Enfin, on peut en trouver aux aisselles, aux fesses, sur les membres inferieurs et principalement aux pieds, aux environs des malléoles ou près des orteils. Les femmes en présentent assez fréquemment sur le sein, autour du mamelon, et souvent alors il se développe des papules assez grosses et une complication d’eczéma. Chez les hommes, il est habituel de rencontrer des sillons sur le fourreau de la verge et sur le gland; ordinairement alors ils reposent sur une petite éminence arrondie qui simule une 'grosse papule : c’est qu’en ces points le tissu cellulaire est assez lâche, et l’irritation produite par la piqûre de l’acare détermine un afilux de liquides.

Si l’on examine un sillon avec quelque attention, on y voit deux extrémités : une déchiquetée, ouverte, par où l’acarusa pénétré, et une autre fermée où l’on aperçoit un point blanc : ce point blanc, c’est l’acarus. Pour l’extraire, on détruit le sillon avec une épingle engagée dans le sens de sa longueur, ensuite on racle légèrement la galerie ouverte avec l’extrémité de l’instrument et on enlève un petit point d’un blanc gri dire qui n’est autre chose que l’acare. Avec un peu d’habitude on le reconnaît facilement à l’œil nu, et à l’aide de la loupe on peut lui distinguer une extrémité noire qui est la tôie. Si la température n’est pas trop basse ou si on le réchauffe avec l’hab ine, on peut, après l’avoir déposé sur un objet plus

sombre, lui voir exécuter des mouvements; enfin si on le

HAHDY.

MALAÙtES PARASITAIUES,

place sous le champ du microscope, on peut l’examiner jusque dans ses moindres détails.

Les rapports qui existent entre le sillon et la vésicule sont assez variables; quelquefois cette dernière occupe l’extrémité d’un sillon; dans d’autres cas le sillon paraît creusé dans la [>aroi supérieure de la vésicule, enfin il n’est pas rare de voir ces deux éléments isolés et complètement imlépen- ,dants l’un de l’autre. Lorsqu’il existe de l’ectliyma, le sillon peut également se rencontrer dans l’épaisseur de l’épiderme soulevé par le pus.

La gale [lossède une [lériode d’incubation qui est assez variable; cependant c’est ordinairement au bout de quatre, cinq, huit ou dix jours après la contagion que les démangeaisons commencent à se manifester; à mesure que les acares se multiplient, elles augmentent d’intensité; mais en général ce n’est qu’au bout de quinze jours ou de trois semaines qu’on voit apparaître les éruptions concomitantes dues à la présence du parasite.

Ces diverses complications, légères d’abord, sont d’autant plus prononcées que la gale est plus ancienne, et au bout d’un certain temps elles (inissent môme par masquer com[)létemeut les caractères primitifs de l’affection. Mlles persi tent et s’aggravent jusqu’à ce qu’un traitement convenable leur soit appliqué, mais dans certains cas une maladie intercurrente peut enrayer leur marche. C’est ainsi que dans le cours d’une bronchite aiguë, d’une pneumonie, d’une fièvre typboï.le ou de toute autre maladie de longue durée, les érup'ions diminuent d’intensité, disparaissent môme comi)lélemeiit, les démangeaisons se taisent et les acares cachés d.ins leurs sillons cessent d’en creuser de nouveaux. Dans certains cas la guérison peut (Mre définitive,' mais en général dans la convalescence, lors môme qu’elle ne commence qu’au bout de six

6\Lte.

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sonmiiips, les ticmangcai'ons se rcveilleiil , les sillons se reprodtiiseiil, les éruplions reiiaisserU, ei, si alors on examine des acares, on voit qu’ils sont pins maigres, plus aplalis, comme s’ils avaient jeûné pendant quelque temps : ils ne lardent pas cà reprendre leur volume ordinaire.

L' diagnostic de la gale est ordinairement facile. Il faut bien savoir cependant que cette maladie comprend deux choses fort distinctes : l’acarus, cause [)remière de l’alfection, et les éruptions concomitantes qui sont le résultat de sa présence; le diagnostic de la gale doit reposer principalement sur la recherche de l’acarus et de son sillon.

Si un sujet accuse depuis quelques jours des démangeaisons qui sont plus intenses le soir et le matin et qui sont survenues à la suite d’un contact suspect, il faut songer immédiatement à la gale. Ce soupçon prendra plus de force, si l’on observe les éruplions qui, par leur siège et leur nature, appartiennent habituellement à la gale, par exemple le prurigo du ventre et delà face interne des cuisses. Le diagnostic sera plus probable, s’d se produit des vésicules isolées sur la f.ce interne des doigts et s’il se développe de l’ecthyma aux mains et aux pieds. Cependant l’existence d’un sillon dénotera seule avec certitude la présence du parasite; ce signe est tellement caractéristique qu’il n’est pas nécessaire d’y trouver l’acare, et celle recherche ne pourrait avoir d’utilité que dans les cas où les sillons déformés olfriraicnt un aspect douteux.

Il est inutile d’établir un diagnostic diriérentiel de la gale. En elîct, il ne s’agit pas de savoir en quoi la gale dilfère du prurigo, de l’c(zéma, du lichen et des autres éruptions qui peuvent la coinp!i(pier, mais la question consiste à savoir si la gale existe en nu'me tenq)'- ipi’une de ces alfeclions.

Il faut savoir qae Icj éruptions concomi. antes obscurcis-

MALADIES PaHASITAIDES.

sent toujours considérablement le diagnostic de la gale, et qu’elles peuvent même parfois le rendre complètement impossible. Au début de l’affection, les sillons sont rares et difTiciles à trouver, et à certaines époques de l’année, par exemple en été, ils sont toujours en nombre moins considérable. Dans tous les cas où le doute subsiste, il est bon de suspendre son jugement , un examen ultérieur pouvant amener la découverte de sillons plus fraîchement développés.

Le pronostic de la gale n’oiîre aucune gravité et nous sommes éloignés du temps où on l’attribuait à un vice particulier qui pouvait se répercuter sur les organes. Son caractère le plus fâcheux réside dans ses propriétés contagieuses.

Etiologie. — La gale reconnaît une cause unique ; la contagion. Les exemplesde gale spontanée, qui ontété rapportés, reposent sur des faits difficiles à observer et mal interprétés par leurs auteurs. Ainsi un de nos collègues de l’hôpital Saint-Louis assure avoir vu la gale se développer sur un malade au bout de six semaines de séjour au lit dans ses salles, et à l’abri de toute contagion ; nous ferons remarquer que la gale pouvait parfaitement exister à l’entrée du malade, mais avec des signes peu évidents et d’autant plus difficiles à trouver que l’attention n’était pas éveillée sur ce point; au commencement de la convalescence les démangeaisons se sont réveillées et les éruptions concomitantes se sont produites. Nous ajouterons également que dans l’observation de notre collègue l’existence de la gale est basée sur la présence de vésicules à la main et dans les espaces interdigituux, et nous savons tous que ce signe est complètement insuffisant pour annoncer la présence de l’acure.

Quelles sont les conditions favorables au développement d la gale? Ces causes résident surtout dans les saisons, dans

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