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SEPTIÈME LEÇON

TECHNIQUE DE L'EXAMEN DU SANO (SUITE). Numération. Examen des préparations colorées. Chromométrie (1).

La technique de l'examen du sang a fait des progrès notables dans ces dernières années. Et si les nouvelles méthodes n'ont pas beaucoup étendu le champ des applications hématologiques, elles ont au moins eu l'avantage de rendre plus facile l'étude de certains détails utilisables en clinique.

Je vais profiter du passage dans nos salles d'un cas de leucocythémie et d'un cas d'anémie grave pour étudier avec vous quelques nouvelles méthodes d'examen du sang.

Tout d'abord je vous parlerai de la numération des éléments du sang.

Vous connaissez tous le liquide que j'emploie pour diluer le sang et que j'ai désigné par la lettre A. Ce n'est qu'après bien des essais que j'en ai adopté la formule. Permettez-moi de vous la rappeler :

Eau distillée 200 grammes.

Chlorure de sodium pur 1 gramme.

Sulfale de soude pur a grammes.

Bichlorure de mercure Ob'.SO

(i) Leçon du 29 avril 1899, recueillie par M. R. Dcnsaude, chef de laboratoire.

Ce liquide conYient. parfaitement pour la numération des globules rouges et des globules blancs chez l'homme et chez les animaux. Mais il ne peut être utilisé ni pour la numération des hématoblastes (excepté chez les ovipares), ni pour celle des autres éléments du sang, lorsqu'il existe une lésion inflammatoire avec augmentation de la fibrine. Le liquide A entraîne, dans ce cas, la formation d'amas plus ou moins étendus, souvent énormes, formés par une matière très visqueuse dans laquelle se trouvent englués de nombreux hématoblastes et quelques globules blancs et hématies. Ce sont ces amas que j'ai appelés plaques phlegmastiques.

Dans mes travaux antérieurs, j'ai recommandé deux liquides pour la numération des hématoblastes : le liquide amniotique iodé de Max Schultze et l'urine diabétique ayant une densité d'au moins 1 039, additionnée de 6 p. 100 d'eau oxygénée à 12 degrés.

Ces deux liquides n'ayant pas une composition invariable, il n'est pas toujours facile de s'en procurer qui conviennent parfaitement.

Bon nombre d'auteurs ont proposé d'autres véhicules, mais aucun de ceux que je connais ne donne des résultats entièrement satisfaisants. J'ai donc tenté de composer un nouveau liquide n'ayant pas les inconvénients de ceux dont les formules ont été publiées.

Je l'ai trouvé en remplaçant dans le liquide A le bichlorure de mercure par 3", 50 de la solution iodoiodurée qui a pour formule :

Eau distillée 500 grammes.

lodure de potassium 255 —

Iode métallique Excès.

La dose de 3", 50 de solution iodo-iodurée est celle

qui convient pour le sang de l'homme. Le liquide doit-être fraîchement préparc, l'iode s'évaporant assez rapidement, alors même que les flacons sont bouchés à l'émeri. Pour le sang des diverses espèces animales (ovipares et vivipares) la dose varie de 3 à 4 centimètres cubes ; on la trouve par tâtonnements.

Le nouveau liquide que j'ai proposé (1) permet de compter en même temps que les hématoblastes, les globules rouges et les globules blancs. Il servira, je. l'espère, à compléter mes recherches sur les variationspathologiques des hématoblastes, sujet auquel j'attache de l'importance.

J'aborde maintenant, Messieurs, l'étude des altérations anatomiques du sang et je vais sur ce point compléter les détails techniques indiqués dans mespublications antérieures.

Cette étude se fait sur du sang pur, humide et sec et sur du sang dilué par diverses solutions. Pour l'étude du sang pur, humide, on se sert, vous le savez, d'une chambre cLose spéciale que je désigne sous le nom de « cellule à rigole ». Je n'ai pas cà revenir sur ce procédé dont je ne saurais trop recommander l'usage.

Relativement à l'étude du sang sec, je veux entrer dans de nouveaux détails, en ce qui concerne surtout la manière de colorer les préparations.

Ces sortes de recherches ont acquis dans ces derniers temps une grande faveur, parce que l'attention des observateurs a été surtout fixée sur certains points del'anatomie pathologique des globules blancs. Or, ces

(d) Nouveau liquide pour la numération des éléments du sang [Société de biologie, Ib avril 1899, p. 265).

points sont surtout mis en évidence par des artifices de technique, notamment par l'emploi de matières colorantes spéciales, appliquées sur le sang après dessiccation et fixation des préparations.

Nous allons nous occuper successivement des procédés de fixation, des procédés de coloration et du montage des préparations.

Je ne vous parlerai, bien entendu, que des procédés que j'ai éprouvés et qui me paraissent avoir le plus d'intérêt.

Procédés de fixation. — J'attache une grande importance à ce que le sang soit étalé en couche mince sur une lame et desséché rapidement suivant le procédé que j'ai maintes fois décrit. Wharton Jones et Milne-Edwards avaient indiqué bien avant moi un procédé analogue, mais sans en préciser l'utilité dans les recherches histologiques. J'ai tiré un grand parti de ce mode de préparation. Tous les observateurs qui se sont, depuis, occupés du sang s'en servent couramment, mais ils ont modifié à tort, à mon avis, le mode d'étalement que j'ai recommandé. Celui qu'emploie Ehrlich (1) et ceux qui l'imitent, empêche d'obtenir la fixation des hématoblastes, et c'est probablement une des raisons pour lesquelles ces éléments ont été négligés ou vus sous une forme altérée.

Les préparations de sang fixé par la dessiccation rapide peuvent être conservées indéfiniment en collections, surtout si on a le soin de les mettre à l'abri de l'humidité et de la poussière en les recouvrant d'une lamelle bordée à la paraffine.

Fixation parle temps. — Pendant les premiers jours

(1) Ehulich et Lazarus, Die Anaemie, in Specte. Palh. u Thérapie von H. Nothnaçjel, Bd. VIll, I. T. 1. H. Vienne, 1898.

'06 TIÎCllNIQUE DR L'EXAMEN DU SANG.

(lui suivent l'étalemenl cl la dessiccaliou du sang, les éléments sont allémbles et ne peuvent supporter le contact de l'eau ou des solutions colorantes. Au fur et à mesure que les préparations vieillisent, les éléments se trouvent fixés par le durcissement et l'oxydation à l'air et, au bout d'environ deux mois, on peut les soumettre à diverses manipulations. Cette fixation par le temps, qui a l'avantage de permettre d'examiner à loisir les préparations qu'on n'a pas pu étudier immédiatement, offre quelques inconvénients. En s'opposant à l'action ultérieure de certaines substances colorantes, elle ne permet plus de faire l'élude des granulations intra-protoplasmiques désignées par Ehrlich sous le nom de neut?'ophiles.

11 existe divers modes de fixation extemporanée des préparations de sang. Les seuls qui méritent d'être décrits dans cet exposé succinct sont les fixations par l'osmium, par la chaleur et par l'alcool.

Fixation par l'osmium. — Cette fixation que j'ai employée dès mes premières recherches est excellente, en ce sens qu'elle rend les éléments absolument inattaquables par les divers réactifs, mais elle ne permet pas habituellement une bonne coloration des granulations dites neutrophiles et donne moins de netteté aux granulations éosinophiles que la fixation par la chaleur.

Rien de plus simple que de fixer une préparation de sang par l'acide osmique. On dépose dans un verre de montre ou dans un godet quelques gouttes d'une solution d'acide osmique à 1 p. 100 et on place la lame de verre sur laquelle on a étalé le sang (vingt-quatre à quarante-huit heures auparavant) sur les bords du récipient, de façon à ce que la face de la lame couverte de sang regarde la surface du liquide. On peut recou-

vrir le tout d'une cloche. Cinq à dix secondes suffisent pour obtenir une bonne fixation. Quand la préparation reste trop longtemps exposée aux vapeurs elle devient, résistante à certains colorants. J'ai réussi toutefois à colorer au bleu de méthylène une préparation soumise à l'action des vapeurs d'acide osmique pendant quarante-huit heures.

Fixation par la chaleur. — C'est le procédé que préconise Ehrlich pour l'étude des granulations intraprotoplasmiques des globules blancs. Il exige l'emploi d'une étuve à température constante. On peut se servir à cet effet d'une étuve à toluène, qui n'est autre qu'une petite chaudière en cuivre dont le couvercle est formé par une mince plaque percée d'une ouverture. Si l'on fait bouillir dans cette chaudière de petites quantités de toluène, la plaque en cuivre ne tarde pas à prendre elle-même la température d'ébullition de ce liquide, c. à. d. 1 J 0° environ. Il faut avoir soin de relier la chaudière à un appareil réfrigérant, destiné à condenser les vapeurs de toluène. Le temps pendant lequel il faut exposer les préparations à la température de 110° dépend des solutions colorantes employées ultérieurement.

Fixation par l' alcool. — L'alcool absolu est un bon fixateur ; mais celui du commerce ne marquant .que 98°, il faut lui enlever toute trace d'eau, et à cet effet, on plonge les préparations dans un tube assez large, fermé hermétiquement avec un bouchon de liège et au fond duquel on a placé une couche de sulfate de cuivre calciné avant d'y verser l'alcool.

D'après M. Bensaude, mon chef de laboratoire, ce mode de fixation est celui qui donne les résultats les plus constants lorsqu'on emploie le triacide comme colorant.

J'arrive mainlenani aux procédés de coloration. Ces procédés seul très nombreux, surtout depuis qu'on emploie les matières colorantes d'aniline. Permettezmoi de ne m'occuper que des plus utiles.

On peut faire agir sur le sang une seule substance colorante ou plusieurs; dans ce dernier cas, on les emploie soit en mélange, soit l'une après l'autre.

Coloration avec une seule substance. — Certaines couleurs (dites acides) se portent presque uni(|uement sur les globules rouges du sang et ne colorent dans les globules blancs que certaines granulations dites acidophiles (ou éosinophiles) . Ce sont, entre autres, l'aurantia et l'éosine. Elles ne permettent qu'une étude partielle des éléments du sang.

Il existe toutefois des couleurs qui colorent l'hémoglobine autrement que les granulations protoplasmiques et les noyaux et qui, par suite, montrent à elles seules presque tous les détails que nécessite un examen clinique du sang : ce sont le bleu de méthylène et la thionine. On peut employer l'une ou l'autre de ces matières colorantes après la fixation par l'osmium ou par la chaleur.

Voici la technique recommandée par M. Luzet pour l'emploi du bleu de méthylène (1). On prépare : 1° une solution de carbonate d'ammoniaque à 1 p. 100 ; 2° une solution alcoolique de bleu de méthylène pure. On mélange trois parties de la solution 1 avec deux parties de la solution 2. Tl est utile de laisser le vase ouvert pendant huit jours pour faire diminuer par évaporation la proportion d'alcool. Après avoir maintenu la solution colorante en contact avec le sang pendant une à deux

(1) Ch. Luzet, Étude sur les anémies de la première enfance. Thèse de Paris, 1891.

TECHNIQUE DE L'IîXAMEN DU SANG. — COLORATION. 109

minutes, on lave à l'eau et on sèche au papier buvard, puis à la flamme.

Avec le bleu de méthylène pur, tel qu'on le prépare actuellement en Allemagne, la solution de M. Luzet est trop active. Il faut l'étendre de deux fois son volume d'eau et colorer très rapidement. On peut également employer, au moins dans certains cas, une solution aqueuse plus ou moins concentrée suivant le but que l'on poursuit. Quand lintensité de coloration est trop grande, on décolore partiellement par lavage rapide dans l'alcool à 90' (ordinaire). Le bleu de méthylène fait prendre aux globules rouges une teinte verdâtre, tandis qu'il colore tous les noyaux en bleu plus ou moins foncé.

Avec la thionine pliéniquée on obtient des résultats assez analogues. Voici la formule de la solution :

Thionine OB'',bO

Alcool absolu 10 grammes.

Ajoutez peu à peu après dissolution :

Eauphéniquée à 1 p. 100 100 grammes.

Après une coloration rapide, on lave à l'alcool, puis à l'eau et on laisse sécher. On peut aussi, dans certains cas, se contenter d'un lavage à l'eau.

Les préparations faites à l'aide de la thionine ou du bleu de méthylène permettent de voir mieux que d'autres certains détails, en particulier la structure des noyaux (des leucocytes et des globules rouges à noyau), les caractères des leucocytes mononucléaires opaques, etc.

Ces deux colorants, et surtout le bleu de méthylène, offrent, il est vrai, l'inconvénient de donner des préparations peu résistantes, s'altérant au bout d'un cer-

tain temps. Ils sont néanmoins ti'ès recommandables.

Colorations multiples- par l'emploi .successif des colorants. — La plus employée de ces colorations est la double coloration par l'éosine ou l'aurantia et par l'hématoxyline ou l'hématéinc. Voici comment on procède : Colorer pendant un quart d'heure avec une solution aqueuse d'éosine à 1 p. 100, laver à l'eau, sécher, puis colorer, pendant un temps variable (vérifier au microscope) avec une solution d'hématoxyline préparée suivant la méthode de Boehmer ou d'Hansen, laver à l'eau et sécher. On peut remplacer l'éosine par la solution aqueuse d'aurantia concentrée qui colore en un quart d'heure et l'hématoxyline par l'hémaléine de P. Mayer :

Hématéine cristallisée du commerce. . 1 gramme. Alcool i 50 cent, cubes.

Verser le tout dans une solution d'alun à oO grammes pour 1000 contenant du thymol. Filtrer après refroidissement et conserver dans l'obscurité.

Quand la solution est fraîche, elle colore suffisamment en une heure environ ; quand elle est ancienne, il faut plusieurs heures. Les préparations peuvent être fixées par l'osmium ou par la chaleur.

Coloratiojîs multiples par remploi de solutions polychromatiques. — Ehrlich, qui a eu surtout en vue l'étude des granulations des globules blancs (granulations éosinophiles, neutrophiles, etc.), s'élève contre l'emploi des colorations successives. Parmi les mélanges qu'il a proposés dans ses diverses publications il semble actuellement accorder la préférence à la solution dite triacide, préparée de la manière suivante :

On fait des solutions aqueuses saturées d'orange, de fuchsine acide et de vert de méthyle (couleurs cris-

TECHNIQUE DE L'EXAMEN DU SANG. — COLORATION. Hl

Lalliséesde la société des couleurs d'aniline de Berlin). On les laisse au repos pendant plusieurs jours et on l'ait le mélange suivant :

Chacun de ces liquides est mesuré avec la même éprouvette graduée et employé dans l'ordre indiqué.

On agite fortement à partir de l'addition du vert de méthyle.

Ce mélange est d'une grande commodité parce qu'il permet d'obtenir une bonne différenciation en quelques minutes. Les noyaux prennent une teinte verte, les hématies se colorent en orange, les granulations éosinophiles en rouge vif, les neutrophiles en violet. Ces colorants laissent intactes les granulations des éléments appelés Mastzellen (variété rare à l'état normal dans le sang humain, mais intéressante à rechercher dans les cas pathologiques). Ces granulations sont incolores, brillantes et groupées autour d'un noyau teint légèrement en vert (I ).

Pour réussir la coloration avec la solution triacide, il est indispensable de se servir de préparations fraîches

(1) Si on veut obtenir la coloration des granulations des Mastzellen, on peut employer une solution de dahlia :

Solution saturée de dahlia dans l'alcool. 50 cent, cubes.

Ajouter :

Eau distillée 100 cent, cubes.

Acide acétique glacial 12 ce, 5

Ehrlich etLazarus [loc. cit.) recommandent encore la thionine et le crésyl violet R extra (de la fabrique de Mûhlheim).

Solution d'orange

Solution de fuchsine acide.

Eau distillée

Solution de vert de méthyle

Alcool absolu

Glycérine

15 cent, cubes.

10 cent, cubes.

fixées légèrement (1). Le meilleur mode de fixation est, d'après Ehrlich, le chaniïage à 110° pendant une minute. Mon préparateur, M. Bensaude, donne la préférence à la fixation par l'alcool absolu, procédé qui m'a paru être effectivement, d'un emploi plus sûr, en même temps que plus commode et qui permet d'utiliser des préparations datant déjà de quelques jours. L'action de la solution colorante doit être de courte durée et varier entre deux et six minutes. Lorsqu'on laisse agir la solution plus longtemps, on n'obtient plus nettement les diverses colorations indiquées. Dans divers cas pathologiques, la solution triacide m'a permis de colorer nettement les granulations neutrophiles dans des préparations de sang soumises aux vapeurs d'acide osmique pendant cinq à dix secondes.

L'emploi simultané de l'éosine et du bleu de méhylène a été réglé par Chenzinsky (2) de la façon suivante :

Fixation des préparations de préférence par immersion pendant cinq minutes dans l'alcool absolu ;

Traiter la préparation par une solution ainsi composée :

Solution aqueuse concentrée de bleu de

méthylène 40 grammes.

Solution alcoolique d'éosine à 0,15 p. 100. 20 — Eau distillée 40 —

La préparation doit baigner dans une couche de la solution versée dans un vase hermétiquement fermé qu'on laisse à l'étuve pendant six à vingt-quatre heures.

(1) On ne doit pas laisser sécher le sang après l'étalement pendant plus de vingl-quatre heures avant de soumettre les préparations aux autres manipulations.

(2) Cité par. Ehrlich ctLazarus, loc. cit.

Lorqu'on chaufîc la solution sans aller jusqu'à l'ébullition, on obtient une coloration suffisante au bout d'une demi-heure.

Les hématies se colorent en rose, les grains éosinophiles on rouge vif, les granulations basophiles et les noyaux en bleu.

MOiNTAGE DES PRÉPARATIONS DU SANG. Il n'y a aUCUU

intérêt, quand on ne colore pas les préparations du sang sec à les monter dans un liquide. On se contente généralement de les protéger contre la poussière en les recouvrant d'une lamelle fixée aux quatre coins ou sur les bords avec de la paraffine.

Quant aux préparations colorées, tous les auteurs recommandent de les monter. Or, le montage dans un baume ou dans une résine rend les hématoblastes presque indistincts. Il change aussi d'une manière notable l'aspect du disque des globules blancs. Il est donc nécessaire, à mon avis, de conserver un certain nombre de préparations colorées sans les monter. L'intervention du baume n'est utile que pour mettre en lumière certaines particularités de structure des noyaux et aussi pour rendre plus nettes les granulations intra-protoplasmiques.

On emploie généralement pour le montage le baume du Canada. Celui que livre le commerce n'est généralement que de la résine de térébenthine dissoute.

Dans ces derniers temps, on s'est beaucoup servi pour cette dissolution du xylol, mais le xylol offre des inconvénients ; il vaut mieux employer le chloroforme.

Je donne la préférence pour la bonne conservation des préparations à la résine de Damar dissoute dans

G. Hayem. — Clinique médicale. 8

parties égales de benzine et d'huile de térébenthine. Quel que soit le véhicule employé, il doit être assez fluide pour s'étaler facilement en couche mince. Le montage des préparations dans le baume ou la résine se prête surtout à l'élude des préparations à l'aide de l'immersion (forts grossi.ssements).

Tous les modes de préparation du sang désséché oiïrenldes avantages et des inconvénients. Comme il n'y en a pas un qui permette de voir toutes les particularités dignes de fixer l'attention dans un cas donné, le choix du procédé dépendra du but poursuivi. Généralement on fera bien d'en utiliser plusieurs.

A cet égard, je puis vous donner quelques indications pratiques.

Dans les cas où il est intéressant de faire l'élude détaillée des globules rouges et des hématoblastes, on doit conserver une ou deux préparations de sang sec bien étalé et les recouvrir simplement d'une lamelle fixée aux quatre coins. Les préparations colorées, que l'on fera en même temps, permettront de compléter l'étude des altérations des hématies, ainsi que la recherche des globules rouges nucléés. Pour l'examen détaillé de ces derniers éléments on se servira de préférence des préparations colorées avec le bleu de méthylène.

L'examen complet des globules blancs exige l'emploi de plusieurs modes de préparation.

Si l'on dispose de sang fraîchement étalé, on fera quelques préparations avec le triacide. Ce procédé est celui qui fait le mieux apparaître les granulations dites neulrophiles et éosinophiles. Généralement il ne fournit pas une bonne coloration des noyaux ; souvent

TECniNIQUlL DE L'EXAMEN DU SANG. — CUROMOMÉTRIE. 115

aussi il ne permet pas de distinguer nettement les mononucléaires opaques. 11 est donc utile de faire, en outre, des préparations soit avec l'éosine et l'hématéine, soit avec le bleu de méthylène ou avec la tliionine. Ces dernières sont celles qui montrent le mieux les particularités relatives aux noyaux.

La distinction entre les deux variétés de mononucléaires se fera surtout facilement dans les préparations non recouvertes de baume.

Lorsqu'on ne pourra pas se servir de sang fraîchement préparé, on emploiera de préférence comme colorants l'éosine, puis l'hématéine; mais on n'obtiendra pas ainsi les granulations dites neutrophiles.

La recherche des leucocytes à grosses granulations basophiles, désignées sous le nom de Mastzellen^ se fera dans les préparations colorées par la thionine.

D'ailleurs on ne devra jamais négliger de faire une ou deux préparations à l'aide de ce colorant et de les comparer avec celles qui auront subi l'action d'autres matières tinctoriales.

Enfin quand on aura conservé les préparations pendant un temps assez long, il sera inutile de les fixer ; mais on ne pourra plus guère employer pour les colorer que la thionine ou bien encore la double coloration par l'éosine ou l'aurantia et l'hématoxyline ! ou l'hématéine.

Avec les préparations très anciennes, il faut donner la préférence à l'emploi de la thionine. Quand les préparations sont protégées à l'aide d'une lamelle bordée à la parafine, on peut encore obtenir de bons résultats au bout de vingt à vingt-cinq ans.

Pour terminer ce que j'ai à vous dire sur la

ItC TECHNIQUE DE L'EXAMEN DU SANG.

technique de l'examen du sang, je désire encore vous soumelLre le nouveau chromomètre que nous avons imaginé, M. A. Nuchet et moi.

La construction de cet appareil repose sur le principe de la comparaison d'une teinte type (étalon) avec la liqueur colorée dont on veut connaître la valeur.

Bien des dispositions ont été employées déjà pour arriver à un résultat pratique, mais la nécessité d'apprécier sûrement la différence de teinte constitue un problème difficile h résoudre.

Généralement on opère en rapprochant sur un même plan le type et la teinte à apprécier.

Dans le nouvel appareil, la comparaison s'effectue à l'aide d'un dispositif qui fait arriver sur la réline les deux teintes colorées, encadrées l'une dans l'autre. Il existe déjà des appareils effectuant cette superposition de deux objets différents : les chambres claires de microscopes, par exemple, permettent à l'œil de percevoir simultanément le champ du microscope et le papier sur lequel on dessine.

Le comparateur de M. Michel Lévy construit assez récemment dans le but de comparer les couleurs fournies par les corps biréfringents, examinés dans la lumière polarisée, avec les teintes données par une lame de quartz taillée en biseau, est également une application de ce principe.

L'organe essentiel de ces appareils est constitué, ainsi que dans ce nouveau chromomètre, par un prisme de verre B (fig. 5) dont la face G est argentée, excepté dans la partie centrale, et par un second prisme A qui recouvre la surface argentée et rétablit le parallélisme des faces supérieure et inférieure. Il résulte de cette

Bl

TECHNlQUIi: DE L'EXAMEN DU SANG. — ' CHROMOiVlÉTHlE. 117

disposition, que l'œil placé au-dessus du prisme perçoit par l'ouverture de la lame argentée les objets situés au-dessous et, en même temps, ceux (jui viennent se réfléchir sur la face oblique et ensuite sur la face C.

En plaçant une teinte étalon en E et le liquide à examiner dans la direction P, on voit que la première fournit à l'œil une surface colorée annulaire, la face C ne réfléchissant pas les rayons centraux, tandis que la teinte du liquide coloré apparaît dans cette partie centrale.

Les deux disques colorés concen- 5.

triques , l'un central , et l'autre annulaire permettent ainsi à l'œil d'apprécier facilement la moindre différence dans les valeurs.

Ce principe admis, il reste à voir comment on peut comparer un liquide plus ou moins riche en couleur avec une teinte fixe étalon. On y parvient en faisant varier dans un récipient l'épaisseur de la couche du liquide observé.

Cette opération s'effectue de la manière suivante :

Un récipient R (fîg. 6), à fond bien plat est placé sous le prisme A et éclairé au-dessous par un miroir en porcelaine blanche. Ce récipient est porté par une petite table qui reçoit à côté la teinte type, éclairée par un miroir semblable et, par conséquent, avec la même intensité lumineuse. Un piston formé d'un cylindre de verre absolument incolore, terminé par des faces planes et parallèles, est suspendu au-dessus du récipient et peut y plonger plus ou moins à l'aide d'une crémaillère glissant sur la colonne qui porte

le prisme. Cetlc crémaillère aclionne en même temps un système de levier faisant mouvoir une aiguille I,

Fig. G. — Nouveau chroaiomèire Hayem-Nachct.

fonctionnant à l'arrière de l'appareil sur une partie de cercle divisé; cette aiguille, par sa longueur, amplifie notablement la marche du piston descendant dans le liquide.

C'est une sorte de vernier agrandi qui permet d'évaluer de petites différences de marche du piston.

Afin de déterminer nettement les contours des deux cercles concentriques, une bonnette, porteur d'un oculaire 0, qu'on ajuste suivant la vue des observateurs, est placée au-dessus du prisme.

Ainsi constitué, l'appareil est d'un maniement des plus simples. On commence par le placer devant une fenêtre pour éclairer bien également les deux champs de vision concentrique ; on ajuste l'oculaire de manière à obtenir la meilleure netteté; on prend ensuite le récipient de verre R dans sa gaine métallique, on y verse le liquide à comparer, on l'enchâsse dans sa gaine et on place celle-ci sur la platine, le piston ayant été relevé, au préalable, puis on fait descendre celui-ci jusqu'à ce que la teinte donnée par le liquide soit égale à celle fournie par l'étalon. L'aiguille indique le degré de coloration.

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