‹ Lecons sur les maladies du sangChapitre 36 sur 82 · DE L'ANÉMIE PERNICIEUSE PROGRESSIVE PROTOPATHIQUE · texte numérisé non relu

DE L'ANÉMIE PERNICIEUSE PROGRESSIVE PROTOPATHIQUE

Dans le cas présent nous avons not^ une augmentalion singulière de l'excitabilité réflexe et musculaire. La malade de la salle Moïana, après une diarrhée profuse et un court délire, a succombé dans un collapsus comateux.

L'examen de l'urine ne fournit guère que des renseignements inconstants.

L'apyrexie est la règle. Mais assez souvent pendant les dernières semaines apparaît une fièvre à type irrégulier, subcontinu. A la période terminale, la température s'abaisse et on a vu le thermomètre descendre à 24", 8 (H. Millier).

Cette maladie évolue en général assez vite, en moins d'une année. Elle ne date que de six mois chez A. L... dont l'état est actuellement, vous l'avez vu, de lapins haute gravité.

Les signes les plus caractéristiques sont fournis par l'état du sang. Il en existe trois principaux :

r La déglobulisation extrême. C'est la maladie la plus anémiante qu'on connaisse. Le chiffre des hématies tombe assez rapidement au-dessous d'un million et peut descendre à environ 300000. Quincke l'aurait vu atteindre 143 000 (?).

2° L'irrégularité du diamètre des globules rouges, mais avec une certaine prédominance des grands et des géants, ce qui explique l'augmentation de la valeur globulaire (G). Ce caractère n'est ni constant, ni pathognomonique. Dans le cas actuel, les globules géants n'ont apparu que tout récemment, à la période tout à fait ultime de la maladie.

3° La diminution du nombre des hématoblastes, qui descend de 300 000 à 25 000 et même h 15 000. A mon avis, c'est le caractère le plus important au point de vue

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diagnostique. Il coïncide avec l'absence de rélraclilité du caillot et par suite de formation de sérum. J'appelle votre attention sur ce dernier fait sans pouvoir, toutefois, vous le présenter comme pathognomonirjue. On doit, quant à présent, le considérer, quand il existe, comme confirmatif du diagnostic, mais dans le cas où le caillot aurait conservé la faculté de fournir du sérum, on ne serait pas autorisé, dans l'état actuel des données que nous venons d'acquérir sur ce point, à repousser l'hypothèse d'anémie pernicieuse protopatliique.

Voici maintenant des caractères d'ordre secondaire :

4° La diminution (chiffre absolu) des globules blancs, qui sont toujours plus ou moins altérés. Litten a cependant cité deux cas de leucocytose passagère (l).

5° La présence de globules rouges à noyau, qui, bien que peu nombreux et généralement plus précoces que dans le cancer, n'en sont pas moins du plus fâcheux augure (2). Ils méritent d'être considérés comme les avant-coureurs de la mort (Pl. 111, fig. 1).

En résumé, , on doit asseoir surtout le diagnostic sur la grande diminution des hématoblastes et sur le haut degré, ainsi que sur la marche progressive de la déglobulisation.

(1) Vous remarquerez que, chez notre malade, il y avait le 4 février, 12000 globules blancs environ, tandis que neuf jours après on n'en comptait plus que 1800.

(2) Ehrlich et ses élèves considèrent les grands globules rouges à noyau que j'ai signalés le premier et qu'ils appellent mégaloblastes comme constituant avec les globules rouges géants, le caractère anatomique le plus important du sang. Ces grandes hématies nucléées ont, quand elles existent, une grande valeur diagnostique, mais le cas actuel montre qu'il peut y avoir a])sence complète de globules rouges à noyau. Cette constatation est d'autant plus importante qu'elle a été faite avec soin sur du sang recueilli 3 jours avant la terminaison fatale.

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