‹ Lecons sur les maladies du sangChapitre 44 sur 82 · VINGTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LEÇON

Un cas d'anémie symptomatique (grossesses répétées, misère, albuminurie, tuberculose). Diagnostic avec la chlorose, la chloro-dyspepsie, la chloro-tuberculose (1).

Messieurs,

L'anémie chronique est un état pathologique fréquent, dont les origines sont aussi variées que les expressions symptomatiques.. Pour vous en convaincre, vous n'avez qu'à jeter un regard sur les malades de nos salles d'hommes et de femmes. Les causes provocatrices n'en sont pas toujours faciles à reconnaître : le plus souvent multiples, elles se combinent, s'appellent, et produisent des effets qui offrent au médecin un problème clinique à résoudre d'une certaine complexité.

Pour vous aider dans cette tâche, que dans l'avenir vous aurez plus d'une fois à remplir, je me propose de vous présenter cette année plusieurs malades réalisant les principales formes de l'anémie chronique.

Au lit n° 1 4 de la salle Vulpian est couchée une blanchisseuse de trente ans, issue de parents robustes

(1) Leçon recueillie par M. Parmcnlier, ciief de clinique et i>ubliée in Médecine moderne, 6 févi ier 1897.

et indemnes de bacillose. Atteinte de rougeole à cinq ans, de fièvre gastro-intestinale mal déterminée à quinze ans, elle vit à cette même époque la menstruation s'établir d'une manière régulière. Elle ne tarda pas à quitter sa famille pour vivre en ménage. Elle avait alors dix -sept ans, elle était bien portante, colorée, pleine de forces.

Vous allez voir ce que des accouchements répétés, le surmenage et la misère ont fait de cette santé florissante.

Louise V... eut en peu de temps six enfants qu'elle allaita (1884, 1886, 1887, 1889, 1893, juillet 1895). Elle n'eut pas de vomissements pendant ses premières grossesses et ses accouchements furent faciles. De ses 6 enfants, 4 moururent en bas âge, de rougeole.

Mariée avec un peintre émailleur, buveur, elle est maltraitée, surmenée et misérable, n'ayant pour se nourrir que 4 à 5 sous par jour pendant qu'elle allaite.

C'est dans ces tristes conditions qu'en 1892, au début de sa cinquième grossesse, sa santé vint à fléchir. Avec la diminution de l'appétit survinrent des douleurs stomacales, puis de la pâleur, un amaigrissement et un affaiblissement progressifs.

A Tenon, où elle entra, on diagnostiqua une chloro-anémie et on lui donna de la teinture de Baumé, du fer, du vin de quinquina et des douches froides. Elle en sortit au bout de trois mois, assez améliorée pour reprendre son travail. Quelque temps après elle accoucha de son cinquième enfant (1893).

Malgré la misère et les privations, elle était dans un état à peu près satisfaisant, lorsque survint la sixième grossesse (1894). Cette fois à la pâleur, à la faiblesse s'ajouta une toux persistante avec enrouement, dont la véritable nature fut bientôt révélée par

une petite hémoptysie. Au mois de juillet dernier, la malade mit au monde son sixième enfant, qu'elle voulut nourrir comme les autres ; mais, bonne nourrice auparavant, cette fois elle avait une quantité insuffisante de lait. 11 faut dire qu'elle vivait dans une misère noire.

Son état s'aggravant de plus en plus, elle entra dans le service le i2 octobre t895. On lui trouva une induration des deux sommets, avec commencement de ramollissement à droite, et à gauche un très léger épanchement, de la fièvre, des urines albumineuses, en même temps que des troubles digestifs et de la dilatation stomacale.

Voyons l'état actuel.

La malade, d'un blond vénitien, présente une coloration très pâle de la peau et des muqueuses et un amaigrissement considérable. La faiblesse est extrême. Il existe un frémissement cataire très net au niveau de la jugulaire droite, mais il n'y a pas de souffle cardiaque.

Voici l'examen du sang :

-„ , , , R = 1 218 000 2b octobre. < ^ ^ ^

„ 20 novembre.

Les hématies sont irrégulières, inégales et inégalement colorées ; la plupart sontpetites et très déformées, quelques-unes ont uiie taille supérieure à la normale.

Hématoblastes assez nombreux, dont quelques-uns de grande taille.

Pas de globules rouges à noyau ni de pseudo-parasites. Le nombre des globules blancs paraît normal.

Dans les préparations de sang frais on ne voit pas de réticulum fibrineux.

La toux est fréquente, l'expectoration muqueuse, insignifiante. La malade se plaint d'un violent point de côté au niveau du sein gauche, persistant depuis un mois. En découvrant la poitrine, on constate un réseau veineux sous-cutané très développé entre la fourchette stemale et la région mammaire gauche.

Les seins sont flétris, la sécrétion lactée est à peu près tarie.

A droite il existe, en avant comme en arrière, au sommet de la submatité, de l'obscurité respiratoire, des craquements secs et un certain degré de retentissement de la toux.

A gauche, au sommet, la respiration est rude, accompagnée de crépitations sèches et humides à la partie interne. Mais à partir de l'angle de l'omoplate, où l'on entend quelques frottements, le murmure vésiculaire disparait et l'on trouve, dans le quart inférieur, de la matité et une abolition complète des vibrations thoraciques, une bronchophonie légère sans égophonie. Il s'agit d'une pleurésie en voie de disparition.

L'appétit est faible, irrégulier, l'estomac modérément dilaté. Il n'y a ni vomissements ni diarrhée.

Examen du suc gastrique :

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