‹ Leçons sur les maladies du système nerveux faites a la Salpêtrière. [electronic resource]Chapitre 124 sur 203 · IIÉMIANESTHÉSIE ET HYPERESTHÉSIE OVARIENNE · texte numérisé non relu

IIÉMIANESTHÉSIE ET HYPERESTHÉSIE OVARIENNE

nomènes qu'elles ont présentés et dont l'histoire nous a transmis la description naïve étaient, non pas simulés de toutes pièces, mais seulement amplifiés, exagérés. Il s'agissait là, presque toujours, la critique l'a démontré, de l'hystérie poussée au plus haut point ; et pour que, sur ces femmes frappées d'anesthésie, une blessure par un instrument piquant, tel qu'une épée, ne fût pas suivie d'écoulement de sang, il suffisait, vous le comprenez d'après ce qui précède, que l'instrument ne fût pas poussé trop profondément.

Il est encore d'autres caractères de l'hémianesthésie hystérique qui méritent tout notre intérêt, tant au point de vue clinique qu'au point de vue de la théorie. Les membranes muqueuses sont atteintes d'un côté du corps comme le tégument externe. Les organes des sens eux-mêmes sont affectés à un certain degré du côté anesthésié. Le goût peut avoir disparu sur la moitié correspondante de la langue, depuis la pointe jusqu'à la base. li'odorat est émoussé. La vue est affaiblie d'une manière très notable et si l'amblyopie occupe le côté gauche, il peut se présenter un phénomène très remarquable, sur lequel M. Galezowski a appelé l'attention et qu'il a désigné sous le nom d'achromatopsie. Nous reviendrons ailleurs sur ce point. (Voir Appendice, n° 5.)

L'hémianesthésie hystérique ne semble pas toucher les viscères. Ainsi, pour ne parler que de l'ovaire, au lieu d'une anesthésié, c'est une hyperesthésie que l'on constate. Cet organe peut être très douloureux à la pression, alors que la paroi abdominale correspondante est absolument insensible. Or, il existe, Messieurs, entre le siège de l'hémianesthésie et celui de l'hyperesthésie ovarienne, une relation très remarquable. Si celle-ci

' Carré de Montgeron. — La Vériti des miracles opérés à l'intercession de M. de Paris et autres Appelants, etc., 1737.

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occupe le côté gauche, l'iiémianesthésie siège à gauche et inversement. Quand l'hj-peresthésie ovarienne est clouhle, il est de règle que l'anesthésie se montre généralisée et occupe par conséquent la presque totalité du corps.

Ce n'est pas seulement entre le siège de l'hémianesthésie et celui de l'hyperesthésie ovarienne qu'une semblable relation existe ; elle est aussi très évidente en ce qui concerne la parésie ou la contracture des membres. Ainsi, lorsque la parésie ou la contracture doivent survenir, c'est toujours du côté de l'hémianesthésie qu'elle se manifeste.

L'hémianesthésie, telle qu'elle vient d'être décrite, est, dans la clinique de l'hystérie, un symptôme d'autant plus important qu'il est à peu près permanent. Les seules variations qu'il présente sont relatives au degré, à l'intensité des phénomènes qui le composent et quelquefois aussi, nous devons le dire, à la fluctuation de quelques-uns d'entre eux.

L'achromatopsie est de ce nombre : constatée très nettement, il y a quelques semaines, et à différentes reprises, chez une de no.s malades, elle a disparu aujourd'hui.

Il importe de ne pas oublier, à ce propos, que l'hémianesthésie est un symptôme qu'il faut chercher, ainsi que M. Lasègue l'a fait remarquer très judicieusement * . Il est, en effet, beaucoup de malades qui se montrent toutes surprises quand on leur en révèle l'existence.

Je veux rechercher maintenant jusqu'à quel point l'hémianesthésie, telle qu'elle vient d'être décrite, est un symptôme propre à l'hystérie. En réalité, il est très rare qu'elle puisse être

' Archives générales de médecine, 180^, t. I, p. 385. Charcot, t. i, /i° édit.

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reproduite avec l'ensemble de tous ses caractères par une autre maladie. Son existence bien constatée est donc un indice précieux et qui fera reconnaître maintes fois la nature de bon nombre de symptômes qui, sans cela, seraient restés douteux. C'est là un point sur lequel M. Briquet a eu raison d'insister avec force ; pour montrer l'intérêt de cette notion, il a rappelé le cas où une femme, à la suite d'une émotion morale vive, serait tombée rapidement dans un coma plus ou moins profond, précédé ou non de convulsions (forme comateuse de l'hystérie) et chez laquelle on aurait observé, au réveil, une hémiplégie du mouvement plus ou moins complète. C'est là un ensemble de circonstances qu'il n'est pas très rare de rencontrer dans la pratique. Or, en pareille occurrence, il peut arriver que la situation soit très embarrassante pour le médecin. Eh bien ! la présence de l'hémianesthésie, revêtue de tous ses caractères qui, alors, ne ferait vraisemblablement pas défaut, pom-rait, dit M. Briquet, mettre sur la voie. Cette assertion est parfaitement exacte, je n'ai rien à y reprendre, si ce n'est cependant sur un point.

S'il est vrai que l'hémianesthésie soit un symptôme presque spécifique, en ce sens qu'on ne le retrouve pas avec les mêmes caractères dans l'immense majorité des cas de lésions matérielles de l'encéphale (hémorrhagie, ramollissement, tumeurs), on ne saurait admettre que ce caractère est absolu. Il est inexact, surtout, de dire que Vhémianesthésie développée sous V influence des lésions encéphaliques diffère toujours de Vhémianesthésie hystérique en ce que dans celle-là la peau de la face ne participe pas à l'insensiUliié, ou que, quand elle existe, elle ne siège jamais du même côté que celle des memDres. C'est là une inexactitude qu'on voit reproduite, à peu près avec les mêmes termes, dans la thèse d'ailleurs très intéressante de M. Lebreton ' .

1 Lebrelon. - Des di/Térentes mriéUs de la paralysie hystérique. Thèse de Paris, i868.

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J'éprouve quelque répugnance à m'attaquer encore à l'œuvre si remarquable de M. Briquet, mais plus cette œuvre est estimable, et justement estimée, plus les inexactitudes qui ont pu s'y glisser acquièrent de gravité. Cette considération justifiera, je l'espère, ma critique.

Messieurs, dans des cas à la vérité exceptionnels, mais parfaitement authentiques, certaines lésions cérébrales en foyer peuvent reproduire l'iiémianestliésie avec tous les caractères qu'on lui connaît dans lliystérie, ou jpeu s'en faut. Permettezmoi d'entrer à ce sujet dans quelques développements.

La doctrine classique, du moins parmi nous, doctrine qui invoque d'ailleurs à la fois les données de l'observation clinique et celles fournies par l'expérimentation chez les animaux, veut que les lésions cérébrales en foyer qui affectent si profondément la motilité — en particuher quand elles occupent la région de la couche optique et du corps strié — restent à peu près sans effet sur la sensibilité. A ce point de vue, Messieurs, le résultat est, dit-on, toujours le môme, qu'il s'agisse de lésions intéressant spécialement le corps strié, la couche optique, ou encore l'avant-mur.

Tout d'abord, lorsqu'il s'agit de lésions à développement brusque, déterminant une attaque apoplectique et portant sur l'un quelconque des points qui viennent d'être énumérés, le symptôme qui frappe, c'est une hémiplégie, plus accusée au membre supérieur qu'à l'inférieur et s'accompagnant de flaccidité. A la face, la paralysie affecte d'ordinaire le buccinateur et l'orbiculaire des lèvres ; le plus souvent aussi la langue est tirée du côté paralysé. A la paralysie du mouvement se surajoute une paralysie des nerfs vaso-moteurs qui se traduit par une élévation de la température du membre paralysé. Quelquefois cette paralysie vaso-motrice apparaît dès l'origine.

Quant à la sensibilité, elle n'est pas modifiée d'une manière

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