DES TROUBLES DE LA VISION CHEZ LES HYSTÉRIQUES
A l'état normal, toutes les parties du champ visuel ne sont pas également aptes à percevoir les couleurs. 11 est des couleurs pour lesquelles le champ visuel est physiologiquement plus étendu que pour d'autres, et ces différences se reproduisent chez tous les sujets à peu près, suivant la même règle pour chaque couleur. Ainsi, dans la grande majorité des cas, c'est pour le bleu que le champ visuel est le plus vaste; viennent ensuite le jaune, puis l'orangé, le rouge, le vert ; enfin, le violet n'est perçu que par les parties les plus centrales de la rétme.
Dans l'amblyopie hystérique, ces caractères de l'état normal se montrent en quelque sorte exagérés à des degrés variés. Là, en effet, les divers cercles qui correspondent dans l'exploration^ aux limites de la vision pour chaque couleur se rétrécissent eoncentriquement d'une façon plus ou moins accentuée suivant la loi reconnue pour l'état normal. On comprend, sans peine, d'après cela, les nombreuses combinaisons qui pourront se produire dans les cas d'hystérie où ce genre d'amblyopie sera parvenu à un haut degré.
Le cercle du violet, — couleur centrale par excellence, — pourra se rétrécir jusqu'à devenir nul, et la malade, distinguant nettement toutes les autres couleurs, sera incapable de nommer le violet ; puis, la maladie progressant, ce sera le tour du vert, — autre couleur centrale; — ^uï^, le tour du rouge, de l'orangé. Le jaune et le bleu, — couleurs périphériques, — continueront à être perçus jusqu'à la dernièpe limite. Ce sont, en effet, l'observation le démontre, les deux couleurs dont la sensation dans l'amblyopie hystérique se conserve le plus longtemps. Il y a cependant, on pouvait s'y attendre, des exceptions à la règle commune, en ce sens que certains malades, et le cas n'est pas très rare, M. Charcot s'en est assuré encore tout récemment, persistent à voir le rouge, alors que la notion du jaune et même du bleu s'est déjà éteinte ; mais on peut, quant à présent, dit M. Charcot, considérer comme une règle absolue que les couleurs centrales, le vert et le violet, ce dernier surtout, cessent d'être perçus avant que la notion du rouge et des autres couleurs, en général, disparaisse.
1 Landolt. — Leçons sur le diagnostic des maladies des yeux, p. 155 et suivantes.
APPENDICE
A un degré plus élevé encore de l'amblyopie hy«tériqup il peut se faire que toutes les couleurs cessent d'être perçues Absolument, la notion de la forme étant conservée et alors le« objets n'apparaissent plus en quelque sorte aux yeux du maladP que sous l'aspect où ils se présentent dans une peinture uvin^ « en camaïeu » ou dans une aquarelle « à la sépia. » Enfin au dernier terme, l'amblyopie hystérique peut faire place - le' ras est assez rare — à une véritable amaurose
Ces altérations chromatiques du champ visuel se manifestent pnncipalement, comme on l'a dit, dans l'œil correspondant au coté hémianesthésié ; mais il est habituel que le champ visuel pour les couleurs se montre en môme temps rétréci à la vérité à un degré beaucoup moindre dans l'œil du côté opposé C'est pourquoi il n'est pas très rare de rencontrer des hystériques qui, ne distinguant de l'œil gauche par exemple, répondant au côté hémianesthésié, que les couleurs périphériques, à savoir le jaune et le bleu, auront perdu, seulement pour l'œil du côté opposé, la notion des couleurs centrales, à savou% au premier chef, le violet, puis le vert. On comprend théoriquement l'existence d'une foule d'autres combinaisons fondées sur le même principe, et ces combinaisons trouvent chaque jour leur réalisation dans la clinique.
Il est bien entendu que ces troubles visuels de l'hystérie sont tout fonctionnels et qu'ils ne s'accompagnent, dans le fond de l'œil, d'aucune altération visible à l'ophthalmoscope. La papille et la rétine sont dans des conditions tout à fait normales L examen comparatif du fond de l'œil des deux côtés ne dénote même aucune différence appréciable dans la vasculari^ation des parties.
Il faut ajouter que cet ensemble de symptômes peut présenter la même mobilité classique que les autres manifestations locales de la diathèse hystérique, et comme celle-ci se montrer et disparaître soudainement ou, au contraire, s'établii- à l'état de phénomène persistant.
Ainsi, par exemple, la dyschromatopsie préexistante et plus ou moins permanente chez telle ou telle malade fera place chez celle-ci tout-à-coup à l'achromatopsie complète, dans le temps
^ Charoot. — Leçons sur Us localisations cérébrales^ p. 118.