‹ Leçons sur les maladies du système nerveux faites a la Salpêtrière. [electronic resource]Chapitre 51 sur 203 · QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATRIÈME LEÇON

Troubles trophiques consécutifs aux lésions de la moelle épinière et du cerveau [suite et fin). — Affections des viscères. — Partie théorique.

Sommaire. — Hypérémies et ecchymoses viscérales consécutives aux lésions expérimentales de diverses parties de l'encéphale, et à l'iiémorrhagie intra-encéphalique. — Expériences de ScMff et de Brown- Séquard ; observations personnelles. — Ces lésions paraissent dépendre de la paralysie vaso-motrice ; elles doivent former une catégorie à part. — Opinion de Schroeder van der Kolk, relative aux rapports qui existeraient entre certaines lésions de l'encéphale et diverses formes de la pneumonie, la tuberculisation pulmonaire. — Hémorrhagies des capsules surrénales dans la myélite. — Néphrite et cystite consécutives aux affections spinales irritatives , à début brusque, traumatiques ou spontanées. — Altération rapide des urines dans ces circonstances ; elle se manifeste souvent dans le temps même où les eschares se développent à la région sacrée; elle se rattache aux lésions des voies urinaires qui, elles-mêmes, relèvent d'une influence directe du système nerveux. .

Théorie de la production des troubles trophiques consécutifs aux lésions du système nerveux. — Insuffisance de nos connaissances à cet égard. — Paralysie des nerfs vaso-moteurs ; hypérémie consécutive ; elle ne produit pas de troubles trophiques. — Exceptions à la règle. — Irritation des nerfs vaso-moteurs ; l'ischémie qui en résulte ne parait pas avoir d'influence marquée sur la nutrition locale. — Nerfs dilatateurs et nerfs sécréteurs ; recherches de Ludwig et de Cl. Bernard ; analogies entre ces deux ordres de nerfs. — Application à la théorie des nerls trophiques. — Théorie de Samuel ; exposé; critiques. — Conclusions.

Messieurs,

Le retentissement des lésions du système nerveux ne se fait pas sentir seulement sur les parties périphériques : sur la peau, •es os, les muscles. Les viscères, eux aussi, peuvent être influencés par ces lésions.

ECCHYMOSES VISCÉRALES m

On sait que certaines altérations de l'encéphale, celles surtout qui portent sur les couches optiques, les corps striés, et en particulier les diverses parties de l'isthme, que ces altérations soient le fait de l'expérimentation ou qu'elles se soient produites .spontanément, sont parfois suivies de l'apparition de certaines lésions viscérales.

Ainsi, dans quelques expériences de M. Schiff * et de Brown- Séquard - , il est fréquent de voir survenir dans les poumons, l'estomac et les reins, soit une simple hypérémie, soit de véritables ecchymoses consécutivement à l'irritation traumatique des couches optiques, des corps striés, de la protubérance du bulbe, etc. D'un autre côté, ainsi que je l'ai fait remarquer, rien n'est plus commun que de rencontrer chez l'homme, dans les cas d'apoplexie symptomatique du ramollissement du cerveau, mais surtout de l'hémorrhagie intra-encéphalique en foyer, des plaques congestives, de véritables ecchymoses sur les plèvres, l'endocarde, la membrane muqueuse de l'estomac ^.

Quelle est la raison de ces altérations singulières ? M. Schili" n'hésite pas à les considérer comme les effets très simples de la paralysie des nerfs vaso-moteurs.

Je suis, pour mon compte, très enclin à croire que, en général, le mode pathogénique est ici plus complexe. Cependant, l'influence pour ainsi dire directe de l'hypérémie neuro-paralytique sur le développement des ecchymoses, chez les apoplectiques, semble bien établie par le fait suivant, que j'ai communiqué à la Société de biologie en 1868 : Une femme de la Salpêtrière fut frappée d'apoplexie avec hémiplégie du côté gauche et succomba quelques jours après. Les membres paralysés avaient présenté une élévation relative très prononcée de la tempéra-

* M. SchifF. — Gaz. hebdomadaire, t. I, p. 428. — lezioni di Fisiologia sperimntale sul systemo net-voso encefalico, pages 287, 297, 373, Firenze, 1866 — Leçons sur la physiologie de la digestion, t. II, p. /j33. Florence, 1867.

" SociéM de biologie, 1870.

^ Comptes-rendus de la Socim de Biologie, 18 juin 1869. Paris, 1870.

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ture. A l'autopsie, on trouva dans l'hémisphère droit un foyer hémorrhagique récent, occupant le corps strié. L'aponévrose épicrânienne présentait du côté gauche, c'est-à-dire frappé d'hémiplégie, une teinte rouge vineuse, et, çà et là, de véritables ecchymoses.

La coloration anormale, ainsi que les ecchymoses, s'arrêtaient brusquement à la ligne médiane. La moitié droite de l'épicrâne, au contraire, avait conservé sa pâleur habituelle : on n'y observait pas traces de taches ecchymotiques. Des ecchymoses se voyaient dans l'épaisseur des plèvres, de l'endocarde et de la membrane muqueuse de l'estomac * .

Quoi qu'il en soit, les lésions viscérales dont il s'agit diffèrent par des caractères importants de celles qui font l'objet principal de nos études ; ce sont, nous l'avons dit, des hypérémies, des ecchymoses; jamais les caractères de l'inflammation ne s'y surajoutent, sans l'intervention d'une cause accessoire, ce qui n'est nullement nécessaire, vous le savez, dans le cas des lésions trophiques ordinaires. Il y a donc lieu, quant à présent, de ranger dans une catégorie à part, du moins provisoirement, ces congestions et ces ecchymoses qui se montrent consécutivement à la lésion de diverses parties de l'encéphale.

D'un autre côté, quelques auteurs, Schrœder van der Kolk entre autres, ont émis l'opinion que les diverses formes de la pneumonie, et même la tuberculisation pulraouaû'e, qui surviennent fréquemment, comme on sait, dans le cours de certaines affections encéphaliques, dérivent, en pareil cas, d'une influence exercée sur les poumons par les lésions dù cerveau ou du bulbe. Mais il faut reconnaître que les faits sur lesquels repose cette prétendue connexité ne sont pas encore suffisamment démonstratifs - .

' Comptes -rendus de la Sociaé de biologie, année 1868. Paris, 1869, p. 213. ' Schrœder van der Kolk. — Atrophy of the Brain. Sydenham Society. 18b . ^ — L'auteur lait ressortir que, d'après la stolistique publiée à&ns son Traxté de la

lIÉMORRnAGIES DES CAPSULES SURRÉNALES

Les lésions spinales, de môme que les lésions de l'encépliale, peuvent être suivies de la production d'ecchymoses viscérales. Il me suffira de rappeler que si, chez un cochon d'Inde, on lèse à l'aide d'un instrument piquant la moelle lombaire, il se produit quelquefois un épanchement de sang dans les capsules surrénales'. J'ai cru devoir vous remettre en mémoire cette expérience deBrown-Séquard, parce que la pathologie humaine nous fournit des faits analogues. Tout récemment, mon ami le docteur Bouchard m'a fait part d'un cas de myélite aiguë observée dans le service de M. le professeur Béhier, et promptement terminée par la mort. A l'autopsie, outre les lésions de la myélite partielle, on constata, dans l'épaisseur des capsules surrénales, l'existence de foyers hémorrhagiques récents.

Mais, je le repète, les lésions congestives et ecchymotiques paraissent être d'un ordre à part. En revanche, les afiéctions des reins et de la vessie sur lesquelles je veux actuellement appeler votre attention, se rattachent, par l'ensemble de leurs caractères, au groupe des lésions trophiques proprement dites.

Vous n'ignorez pas que la népJi^nte et la cystite sont des complications très communes des affections spinales irritatives,

moelle épinière, tous les épileptiques dont la langue était mordue ont succombé par suite de phtisie, de pneumonie, ou dans le marasme. Il ajoute que, suivant Durand-Fardel, les sujets atteints de ramollissement du cerveau meurent presque toujours d'une affection pulmonaire et il cite à ce propos une statistique de Eno-el {Praffer Vierteljahrschr., VII, Jahrff. Bd. III], laquelle plaide dans le même sens. Il rappelle les expériences déjà anciennes dans lesquelles Schiff aurait vu chez le lapin des tubercules (?) se développer dans le lobe supérieur du poumon à la suite de la section du ganglion du nerf vague (Wunderlich's Archiv, 6, Jahr. 8, heft. pp. 769 et suiv.) et fait remarquer enfin que, parmi les observations rassemblées par Brown-Séquard dans ses Recherches sur la physiologie de la protub^rmce annulaire {Journal de la physiologie, t. I), il en est un certain nombre où la phtisie et la pneumonie ont déterminé la mort. Cruveilhier, Andral, Piorry avaient depuis longtemps signalé le rôle prédominant que jouerait, suivant eux, la pneumonie aiguë dans l'issue des apoplexies déterminées par le ramollissement ou l'hémorrhagie du cerveau. D'après les observations que j'ai recueillies à la SalpStrière, les inflammations lobulaires ou lobaires du poumon seraient moins iréquentes dans ces circonstances que ces médecins ne semblent le croire.

* Brown-Séquard. — Influence d'une partie de la moelle épinière sur les capsules surréiales. In Comptes-rendus de la Société de biologie, 1851, t. III,. p. m.

•J28 NÉPURO-CYSTITE

à début brusque, qu'elles soient d'origine traumatique, ou au contraire spontanées.

On a depuis longtemps reconnu qu'à la suite des fractures de la colonne vertébrale, avec lésion consécutive de la moelle épinière, les urines subissent fréquemment une altération rapide. Dupuytren avait fait remarquer, vous le savez, qu'en pareil cas, les sondes mises à demeure pour remédier à la rétention d'urine, se recouvrent rapidement d'incrustations calcaires * . Mais c'est à Brodie surtout qu'on doit d'avoir appelé l'attention sur les caractères que présente l'urine chez les individus atteints de paraplégie traumatique®. Dès le huitième, le troisième, le deuxième jour, il a vu les urines devenir alcalines, répandre une odeur ammoniacale, fétide, au moment de l'émission. Bientôt après, elles renferment des caillots sanguins, du muco-pus, des dépôts de phosphate ammoniaco-magnésien. On relèverait aisément dans les auteurs un très grand nombre de laits où les altérations de l'urine signalées par Brodie se sont produites, en effet, dès les premiers jours qui suivent la paraplégie déterminée par une fracture de la colonne vertébrale ^ L'autopsie fait constater dans ces cas les lésions plus ou moins prononcées de la néphro-cystite purulente*.

Mais les lésions traumatiques de ce genre sont, en général, peu propres à mettre en lumière la relation qui existe entre l'inflammation des voies urinaires et les altérations de la moelle épinière. On peut toujours supposer, à la rigueur, qu'une chute, qu'une commotion assez violente pour produire une fracture

1 OUivier (d'Angers), loc. cit., t. I, p. 372.

2 Brodie. — Medic. chir. Trans., loc. cit.

» Voir Stanley. 1" cas : Urines fortement ammoniacales dès le cinquième jour : 2« cas : urines ammoniacales le quatrième jour {Lo7id. Med. chir. Trans. t. Xyi", p. 1). — JeCfreys, urines ammoniacales et sanguinolentes, le septième jour (UUivier (d'Angers), loc. cit., t. I, p. 322).

♦ Molendrinski. — BrucJi des meiten Lendenmirhcls, in langenhecVs Archir. XI, Bd. 1869, p. 359.

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