‹ Leçons sur les maladies du système nerveux faites a la Salpêtrière. [electronic resource]Chapitre 91 sur 203 · DU TREMBLEMENT · texte numérisé non relu

DU TREMBLEMENT

malgré l'opinion de M. Baerwinkel, la confusion est possible puisqu'elle a été faite par des cliniciens dont Tliabileté . est audessus de toute discussion.

Cela posé, je suis le premier reconnaître que les masques divers pris par la sclérose en plaques sont des masques grossiers et qu'aujourd'lmi, alors que des travaux récents ^ ont éclairé le diagnostic, il n'est guère permis de s'y laisser prendre. Mais il est temps, Messieurs, de vous mettre à même de distinguer les caractères à l'aide desquels on peut séparer la sclérose en plaques cérébro-spinale des maladies qui s'en rapprochent à des degrés variables.

Vous n'ignorez pas, Messieurs, ce que valent ces symptomatologies faites à grand renfort d'éloquence, loin du lit des malades. Elles ne parviennent guère, quoi qu'on fasse, qu'à faire naître des images sans relief et qui ne laissent, en général, dans l'esprit de l'auditeur, qu'une empreinte vague et passagère.

Afin d'éviter autant que possible de tomber dans le vice que je viens de signaler, je vais procéder devant vous à l'examen méthodique d'une malade qui oifre réunis, dans leur plus parfait développement, tous les symptômes de la sclérose en plaques cérébro-spinale.

Mlle V..., âgée de trente-un ans, est atteinte depuis huit ans environ de l'affection qui fait l'objet de la présente étude. Admise à la Salpêtrière il y a trois ans, elle m'a été léguée par

> Bourneville et L. Gue'rard. - De la sclérose en plaques disséminées. Pari. Charcot, t. I, 4« édi(. J5

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M. Vulpian, lorsqu'il a quitté cet hospice, et il m'a remis en même temps à son sujet une observation très détaillée et des plus précieuses. Le début, disons-nous, remonte à huit années, c'est donc là un cas déjà ancien. Je yous parlerai tout à l'heurdes différentes péripéties qui ont signalé les phases antérieures de l'évolution des symptômes. Pour le moment, je veux me borner à l'analyse des phénomènes de l'état actuel.

Un symptôme qui vous a sans doute tous frappt^s dès le premier abord, lorsque vous avez vu la malade entrer, soutenue par un aide, c'est sans conteste le tremdlement rythmique tout spécial dont sa tête et ses membres étaient, pendant la marche,

violemment agités.

Vous avez constaté également que, lorsque la malade se fut assise sur une chaise, le tremblement a disparu aussitôt d'une manière complète dans les membres supérieurs et inférieurs, mais en partie seulement à la tête et au tronc. J'insiste sur ce dernier point en vous faisant remarquer que la nouvelle attitude prise par la malade est loin d'équivaloir, pour les muscles du tronc et du cou, à un repos absolu. D'ailleurs, il faut tenir compte de l'émotion qui joue ici incontestablement un certain rôle. J'aurai l'occasion de vous présenter Mlle V..., au lit et abandonnée à un repos complet cette fois ; vous pourrez vous assurer alors de l'absence de toute trace de tremblement dans les diverses parties du corps. Pour faire reparaître l'agitation rythmique dans tout le corps, il va suffire d'engager la malade à se lever de son siège. Pour la faire reparaître seulement d'une manière partielle, dans un des membres supérieurs par exemple, je vais la prier de porter à sa bouche un verre préalablement rempli d'eau, une cuiller, etc. Vous pommez reconnaître que, dans ces divers actes prescrits par la volonté le tremblement est d'autant plus prononcé que le mouvemen. exécuté a plus d'étendue. Ainsi, quand la malade veut porter à sa bouche le verre rempli d'eau, l'agitation rythmique de la

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main et de l'ayant-bras est d'abord, au moment de la préhension du vase, à peine accusée; mais elle s'exagère progressivement à mesure que celui-ci s'approche des lèvres ; c'est au point qu'à l'instant où le but va être atteint, les dents sont, comme vous le voyez, choquées avec violence par les parois du verre et le liquide projeté au loin. Ce grand désordre ne se manifeste, je le répète, que dans le cas de mouvements d'une certaine amplitude. S'il s'agit de petits ouvrages, de coudre, d'effiler du linge, les oscillations sont au contraire presque nulles. Il y a quelque temps la malade pouvait écrire encore assez distinctement; les caractères étaient tremblés, il est vrai, mais du reste parfaitement lisibles ' .

En résumé, le tremUement dont il s'agit ne se manifeste qu'à Voccasion des mouvements intentionnels d'une certaine étendue; il cesse d'exister lorsque les muscles sont adandomiés à un repos complet. Tel est, Messieurs, le phénomène fjue j'ai été conduit à considérer comme un des caractères cliniques les plus importants de la sclérose en plaques cérébro-

^ Nous reproduisons ci-après deux spécimens de l'écriture dîme malade, nommée Leru..,, qui a succombé, dans le service de M. Charcot, à la sclérose en plaques. Cette femme est entrée à la Salpêtrière, le 24 septembre 1864. En mai •1865, M. Charcot recueillit le fragment suivant de son écriture. [Fig. 15.)

Fi(j. 13.

A partir du mois de juin, Leru... fut mise au traitement par le nitrate d'ar fZulv "^"'iS;.™^. P^^is ^')- Sous l'influence de cette médication lê remblement diminua d une manière notable, ainsi que l'on peut en j.K.er dWès la Frgure U. Notons que, en mai 1865. la malade était très fatiguée apiès avoi

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spinale. Certes , je ne prétends pas qu'il s'agisse là duii symptôme patliognomonique : je n'ignore pas, en effet, qu'uu tremblement, se présentant avec des caractères à peu près semblables, s'observe quelquefois dans des affections autres que la sclérose en plaques; par exemple dans l'intoxication mercurielle, dans la méningite chronique cervicale avec sclérose delà couche corticale de la moelle, dans la sclérose primitive ou consécutive des cordons latéraux, etc. Ce n'est pas, nous le verrons, un symptôme constant. Mais ce que je tiens, dès à présent, à faire ressortir, c'est que, dans la sclérose en plaques, lorsqu'aucune complication n'est intervenue, le tremblement, si peu qu'il existe, se présente toujours avec les caractères que j<' lui ai assignés. En somme, c'est là un symptôme qui, à lui seul, permettrait déjà de séparer cliniquement la sclérose multilo-

écrit les trois lignes dont nous donnons le fac-similé, tandis que, en octobre, elle était capable d'écrire facilement une dizaine de ligues. Nous avons choisi une partie de la première ligne et de la dernière.

D'après les spécimens que nous possédons, il est assez difficile de se former une

Fi<j. Ui.

opiuion sur les caractères de récriture des malades atteints de sclérose en plaques Le plus souvent, d'ailleurs, nous avons observé les malades a une époque avancée de leur aircction : alors, il est à peu près impossible d obtenir autre chose qu uu griffonnage sans signification, d'autant plus que l'on n'a pas de termes de comparaison. (B.)

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