FRÉQUENCE DU TREMBLEMENT
objet de petit volume, et vous y reconnaîtrez des particularités vraiment spécifiques. Vous verrez comment, au moment de saisir l'objet, les doigts s'écartent démesurément et s'étendent à l'excès en s'inclinant vers le dos de la main. Puis l'objet est saisi tout à coup, sans mesure, d'une manière presque convulsive par une flexion brusque et disproportionnée de tous les doigts. Cela appartient à l'ataxie; jamais vous n'observerez rien de semblable dans la sclérose en plaques. J'ajoute en dernier lieu — et ce dernier trait est vraiment décisif — que, dans l'ataxie, l'occlusion des yeux a toujours pour eifet d'exagérer d'une manière très prononcée l'incoordination des mouvements, tandis qu'elle ne modifie en rien les secousses rytlimiques dé la sclérose muitiloculaire.
Nous ne devons pas oublier toutefois que quelques-uns des symptômes de l'ataxie se trouvent entremêlés quelquefois avec ceux de la sclérose en plaques, quand les îlots scléreux occupent, dans certaines régions de la moelle, une assez grande étendue, en hauteur, des cordons postérieurs. Un fait, dont l'histoire se trouve consignée tout au long dans VÂUas <ïanatomie pathologique de M. Cruveilhier, peut être cité à titre d'exemple de ce genre s II s'agit de la nommée Paget. La ma- -lade, pour saisir et diriger une épingle, avait besoin du secours de la vue, sans quoi l'épingle s'échappait des doigts. À l'autopsie, on trouva une des plaques de sclérose occupant les colonnes postérieures dans une assez grande étendue au renflement cervical. Mais je ne veux pas insister, pour l'instant, plus longuement sur ce point que nous aurons plus d'une fois l'occasion de mentionner à nouveau.
Nous nous sommes occupés jusqu'ici, à peu près exclusivement, du tremblement en tant qu'il occupe les membres supé-
Cruveilhier. — Atlas d'analomie palholof/ir/uc, livraison 38, p. I et II.
'^'■i'i FRÉQUENCE DU THEMBLEJIENT
rieurs ; mais nous savons déjà qu'il peut agiter la tôte, le tronc, les membres inférieurs. Il se présente sur ces divers points avr r tous les caractères que nous avons signalés à propos des membres supérieurs, c'est-à-dire que, absent pendant le repos coml)let, ce tremblement se manifeste à l'occasion des mouvements intentionnels, ou dans les attitudes qui ne peuvent être maintenues qu'à l'aide d'une tension active et plus ou moins énergique de certains muscles ou. groupes de muscles.
Pour compléter ce qui est relatif à ce symptôme, nous devons entrer dans quelques détails. -- C'est là. Messieurs, ainsi que je l'ai depuis longtemps proclamé, un symptôme à peu près constant, dans la forme cérébro-spinale de la sclérose en plaques. Il ne faut pas oublier toutefois qu'il existe des cas exceptionnels relatifs à cette forme, et où — circonstance tout à fait inexplicable jusqu'ici — le tremblement n'a pas figuré dans l'ensemble symptomatologique. J'ai observé pour mon compte plusieurs faits de ce genre. Mais il ne faut pas oublier. Messieurs, que le tremblement peut avoir existé, à un degré plus ou moins prononcé, à une certaine époque de la maladie, et avoii^ disparu dans le temps où le sujet se présente à notre observation. Il importe donc, à cet égard, d'interroger avec le plus grand soin les malades chez lesquels ce symptôme paraît faire défaut.
Il est de règle que le tremblement disparaît alors que les membres sont immobilisés, à une époque plus ou moins avancée de la maladie, par la contracture permanente. S'il est vrai que le tremblement se montre quelquefois presque dès le début, il faut reconnaître toutefois que c'est un sjmiptôme tardif. Enfin, Messieurs, il est très fréquent, presque habituel, que le tremblement ne dure pas aussi longtemps que la maladie elle-même ; il s'amoindrit à mesure que les sujets s'aflaiblissent, et il s'effaco parfois complètement à l'époque de la terminaison fatale.
SYilPTOJIES CÉPIIALIQIIES
Vous connaissez maintenant, Messieurs, un des symptômes :. les plus originaux et les plus importants de la sclérose en pla- .;ques généralisées. Une étude plus approfondie et plus circonsi.tanciée du cas que nous avons sous les yeux va nous permettre .'.de recueillir bien d'autres indices non moins précieux. Nous .•allons découvrir, chez notre malade, tout un groupe de symp- : tomes que j'ai proposé d'appeler céphaliqiies, par opposition aux s; symptômes spinaux. Ce groupe comprend certains troubles de Isla vue, de la parole et de l'intelligence.
A. Occupons-nous d'abord des troubles de la vision. Ce sont la diplopie, l'amblyopie et surtout le nystagmus.
a) La diplopie, de même que cela a lieu dans l'ataxie locomotîtrice, est un phénomène du début, en général tout à fait transi- I toire, mais qui mérite d'être signalé en passant.
&) VamUyopie est au contraire un symptôme durable, et i d'ailleurs plus fréquent, de la sclérose en plaques cérébro-spinale; je crois pouvoir affirmer que très rarement, en opposition à ce qui s'observe dans la sclérose postérieure, elle aboutit à une cécité complète'. C'est là une particularité digne de ■remarque, surtout si l'on songe que, après la mort, des plaques de sclérose occupant toute l'épaisseur du cordon nerveux ont été I trouvées sur les nerfs optiques, dans le cas où, pendant la vie, 'on avait constaté un simple affaiblissement de la vue 2. Cette
'^Dans une observation rapportée par M, Magnan (Arcliiv. de phjsiologic, t. II, p. 793), il y avait atrophie papillaire des deux j'eux avec cécité complète. * Observation de la nommée Aspasie Byr, conimuniquée par M. Vulpian.