VARIÉTÉ PAKTICLLIÈKE DE PARALYSIE ALTERNE
tiens toutefois à vous faire observer que l'enquêLe de famille, élément de première importance, ne nous a rien appris sur ce point. Nous n'avons, d'autre part, retrouvé chez cette malade, aucun des stigmates habituels de la syphilis héréditaire, ni du côté de la peau ou des muqueuses, ni du côté de l'habitus physique.
Pour ces divers motifs, il faut, je crois, songer à la syphilis acquise. Il faut y songer, parce que, je vous le répète, dans les premières années de son mariage, cette femme a présenté des éruptions suspectes et parce qu'elle a été frappée, à l'âge de trente-huit ans, d'une hémiplégie survenue en dehors de toute lésion cardio-artérielle et de toute cause appréciable. Dans ces conditions, il y a lieu, à mon sens, d'admettre une relation de cause à effet entre la syphilis ancienne et les manifestations récentes, entre la syphilis et la paralysie alterne ^
Mais quel est le lien intime qui relie la cause à reftet? Ceci me conduit. Messieurs, à aborder le mécanisme de la lésion protubérantielle. Je crois pouvoir éliminer d'emblée l'hypothèse d'une embolie, malgré le début soudain des accidents. Rien, en eflfet, dans l'état du cœur ou des gros vaisseaux, ne légitime une pareille supposition. L'hypothèse d'une hémorrhagie serait plus plausible. Vous n'avez pas oublié que la mère de cette malade a été frappée récemment d'hémiplégie droite, et vous savez que l'hérédité de l'hémorrhagie cérébrale paraît établie sur des bases solides.
Je dois vous avouer cependant qu'aucune de ces deux hypothèses ne me satisfait pleinement. Il vaudrait mieux, à mon avis, admettre l'existence d'une thrombose suivie de ramollissement ischémique. Le début soudain de la paralysie n'est nullement inconciliable avec cette supposition. Je n'ai pas besoin de vous rappeler que la syphilis cérébrale frappe à l'origine le système artériel et que les lésions artérielles syphilitiques sont souvent généralisées à toutes les artères encéphaliques de petit et de moyen calibre'. De telles lésions,
1. UHTH0FF(t/e6er die bel der Syphilis des Centralnervensy stems vorkommenden Augenstôrungen, Leipzig, 1893, fasc. i, p. 153) sur 150 cas de syphilis cérébrale, i-elevés dans la littérature, a trouvé 26 fois la sixième paire intéressée, dont 11 fois avec paralysie croisée des membres. Il a, en outre, observé lui-même un exemple de cette variété de paralysie alterne.
2. Raymond. — Contribution à l'étude de la syj)liilis du système nerveux. Archives de neurol., 1894, p. 1.
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ainsi généralisées, expliqueraient bien l'état démentiel que nous avons constaté chez la malade.
Encore que l'artérite syphilitique soit diffuse, elle n'en a pas moins certains sièges de prédilection. Le tronc basilaire avec ses branches afférentes et efférentes constitue précisément un de ces lieux d'élection. Or, de ce tronc et de ses branches principales naissent les artères nourricières de la protubérance. L'artérite et la thrombose d'une ou plusieurs de ces artérioles ont pu amener la production d'un ou plusieurs foyers nécrobiotiques, et conséquemment la paralysie alterne en question.
Au lieu de ces foyers disséminés dans le mésocéphale, on peut soupçonner une lésion gommeuse de la base, au niveau de la protubérance. C'est là, comme vous le savez, un lieu d'élection des infiltrations gommeuses. Une pareille lésion explique le syndrome alterne, aussi bien qu'un foyer hémorrhagique ou nécrobiotique intra-protubérantiel. 11 suffit que l'infiltration gommeuse entoure le tronc nerveux de la sixième paire et comprime ou altère en même temps les faisceaux pyramidal et géniculé avant leur entre-croisement. Cette sorte de tumeur gommeuse a pu exercer une compression lente qui a provoqué un ictus brusque, lorsque la circulation de la région s'est trouvée compromise.
Ce ne sont là. Messieurs, que des hypothèses que je livre à vos méditations. Je vous ai laissé entrevoir quelle était celle qui avait mes préférences. Je n'ignore pas qu'elle est passible de quelques objections. Une seule chose, dans l'espèce, méritait d'être nettement fixée : c'était la nature de la lésion. Or je crois vous avoir démontré que la syphilis pouvait et devait être incriminée.
Puisque la syphilis est en jeu, les manifestations actuelles deviennent curables, dans une certaine mesure. Nous allons donc, sans perdre un instant, soumettre cette femme au traitement antisyphilitique intensif, j'entends aux frictions mercurielles et à l'iodure de potassium à haute dose. J'espère qu'en instituant ce traitement d'assaut nous obtiendrons rapidement
VARIÉTÉ PARTICULII^ISE DE l'AISALYSIE ALTEKNE. 38;i
une amélioration manif'csle '. S'il existe des foyers nécrobiotiques ou hémorrhagiques, nous n'avons pas à compter sur une guérison complète, car ces foyers, quoique d'origine spécifique, ne sont plus de nature syphilitique. S'agit-il, au contraire, de lésions gommeuses de la base, les chances de curabilité restent beaucoup plus sérieuses. Dans tous les cas, si nous ne parvenons pas à faire rétrocéder les altérations existantes, nous réussirons, je pense, à les limiter et à prévenir la formation de nouveaux foyers encéphaliques. Et nous aurons, ce faisant, rendu à cette pauvre femme un service incontestable.
1. A la suiLe du braitomenL antisyphilitique, les troubles oculaires ont disparu en même temps que les troubles intellectuels. L'hémiplégie s'est améliorée sans cruérir entièrement.