‹ Leçons sur les maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 75 sur 129 · SUR DEUX CAS DE PARALYSIE P SEUDO -RU LB AI RE · texte numérisé non relu

SUR DEUX CAS DE PARALYSIE P SEUDO -RU LB AI RE

J'ai hâte de vous présenter un second exemple de paralysie pseudo-bulbaire. Il s'agit d'une jeune fille de vingt-quatre ans, enfant du siège, qui a toujours été délicate et chétive. Le 28 septembre 1894, sans prodromes connus, elle fut prise d'embarras de la parole et bientôt d'hémiplégie gauche. Quelques heures plus tard, elle perdit connaissance; puis, revenue à elle au bout de vingt minutes, elle resta deux jours sans pouvoir se faire comprendre. Quinze jours après, l'embarras de la parole commençait à se dissiper et le mouvement à revenir dans le côté gauche. Lorsqu'elle vint pour la première fois à la consultation, elle marchait sans grande difficulté, en traînant un peu la jambe gauche. En l'examinant, mon chef de clinique, M. Souques, constata l'existence d'une lésion mitrale. Le 3 février 189S, elle était assise à table, lorsque brusquement ses mains devinrent glacées, sa figure congestionnée et sa parole impossible. Elle ne perdit point conscience et ne tarda pas à s'apercevoir que son côté droit était paralysé et anesthésié. L'hémianesthésie, dûment constatée, s'effaça le lendemain, mais l'hémiplégie motrice persista absolue durant quelques jours, puis s'amenda progressivement; seuls les troubles de la paroles ont persisté jusqu'ici sans atténuation manifeste.

Nous avons reçu dans le service cette jeune malade, quelques jours après son second ictus, et assisté j par conséquent à l'évolution des accidents. En voici le résumé succinct.

Le 9 février, il ne restait plus aucun vestige de l'ancienne hémiplégie gauche. La force musculaire et les réflexes tendineux étaient normaux de ce côté. Par contre, l'hémiparésie droite était évidente, dans certaines conditions cependant.

44i CLIMQUE DES 3IALADIES DU SYSTÈME ÎNERVEUX.

Ainsi, au lit, dans le décubitus dorsal, on ne trouvait qu'une légère faiblesse dans les mouvements volontaires. La malade était-elle debout et voulait-elle marcher? Aussitôt l'impotence du membre inférieur droit devenait extrême. Pour avancer, cette femme était obligée de s'appuyer. Encore, ainsi appuyée et soutenue, progressait-elle péniblement, lentement. Vous reconnaissez là. Messieurs, cette discordance singulière que je vous signalais chez notre premier malade. Ajoutez à ces phénomènes l'exagération très nette du réflexe rotulien droit et vous aurez, dans son ensemble, le tableau des troubles morbides du côté des membres. Je vous signale, en passant, l'absence de troubles électriques, qui font également défaut chez le premier malade.

Passons maintenant à l'examen de la face. Cette jeune fille avait alors — elle l'a encore du reste — le faciès pleurard, les larmes faciles et non motivées, la bouche béante, la lèvre inférieure pendante qui laissait continuellement couler la salive. La langue, presque collée au plancher de la bouche, était incapable d'obéir à la volonté. Les lèvres restaient immobiles sur l'ordre de siffler ou de souffler, le voile du palais était frappé de paralysie incomplète. Bref, les lèvres, les joues, la langue, le voile du palais, je pourrais ajouter les cordes vocales, étaient presque complètement paralysés. Vous devinez aisément les troubles fonctionnels concomitants : la gêne de la mastication, de la déglutition, le retour des liquides par le nez, etc. Pour ce qui concerne l'embarras de la parole, c'était une dysarthrie extrême, presque de l'anarthrie. La malade ne pouvait prononcer aucune consonne : tout au plus parvenaitelle à émettre quelques voyelles. Quand on l'interrogeait, elle répondait par une sorte de grognement inintelligible. Avec quelque patience et quelque habitude on se rendait compte cependant qu'il n'était pas question d'aphasie. On reconnaissait dans ces sons indistincts le nombre de syllabes des mots répondus. Cette femme comprenait, d'ailleurs, toutes les questions qu'on lui adressait, y répondait justement et toujours à propos par oui et non, et à l'occasion, accentuait sa réponse d'une mimique significative. Elle pouvait, en outre, écrire correctement et lire mentalement d'une manière parfaite. Bref, c'était la dysarthrie portée au suprême degré.

Page 1