‹ Leçons sur les maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 92 sur 129 · ÉÏIOLOGIE ET TRAITEMENT DE L ÉPILEPSIE · texte numérisé non relu

ÉÏIOLOGIE ET TRAITEMENT DE L ÉPILEPSIE

M. Le Dentii, n'a pas modéré les attaques chez ce malade. Celles-ci sont toujours annoncées par une aura sensitive, de sorte que le malade a le temps de s'asseoir. Puis il perd connaissance; les voisins de lit racontent que toujours c'est le seul bras droit qui est agité par les convulsions; en même temps sa tète est déviée à droite. Il n'a pas d'incontinence d'urine au moment de ses attaques, mais, par moments, il s'est mordu la langue et la joue. C'est, en somme, un cas où nous trouvons réalisés les caractères classiques de l'attaque d'épilepsie jacksonienne.

Je reviens à la thèse que j'étais en train de vous développer, et je pose en fait que, dans les cas d'épilepsie jacksonienne, l'intervention opératoire est presque toujours suivie d'une amélioration qui peut simuler une guérison ; mais ce résultat, dans un assez grand nombre de cas, n'est que transitoire.

Deux mots d'abord sur les explications qu'on peut donner de ces améliorations et de ces guérisons passagères. Je vous fournirai ensuite les preuves de ce que j'avance, en m'appuyant sur les faits cliniques.

Dans ces derniers temps, on a cité, en France notamment, des faits d'épilepsie jaksonienne où la trépanation, la simple effraction du crâne a été suivie d'une amélioration considérable, sans qu'on eût supprimé une cause d'irritation, telle qu'une esquille, une exostose, une saillie osseuse, une cicatrice, une tumeur. En présence de fails de ce genre, la première idée qui se présente à l'esprit du neuropathologiste est celle des relations éventuelles de l'épilepsie jacksonienne et de l'hystérie. Des relations de ce genre sont possibles. Vous trouverez notamment dans un travail [de MM. Ballet et Crespin*, et dans un autre de M. Ghilarducci-, des faits démontrant que l'hystérie peut se traduire par des attaques à forme d'épilepsie partielle. Laissez-moi vous dire, à ce propos, que chez le malade dont je viens de vous parler, une observation plus attentive des attaques convulsives nous a laissé cette impression qu'il s'agissait

1. Ballet et Crespin. — Arcliiv. de neuroL, 18S4,'t. VIII.'p. 129.

2. Ghilarducci. — Eod. loc, 1892, t. XXIV, p. 38:j et 1893, t. XXV, p. 41.

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vraisemblablement de crises d'hystérie à forme d'épilepsie jacksonienne. On ponrrait donc se demander si les faits dont je vous parlais à l'instant et où il a suffi d'ouvrir le crâne et de le refermer, en l'absence d'un foyer morbide apparent, pour voir les attaques convulsives cesser au moins pendant quelque temps, si ces faits ne concernaient pas des hystériques.

Admettons que cette explication puisse convenir à quelques faits; certainement, c'est du moins mon avis, elle ne convient pas à la majorité des cas.

Reste une autre explication, qui me parait beaucoup plus acceptable; c'est aux chirurgiens que nous la devons. Depuis longtemps des chirurgiens avaient observé que certains traumatismes exercent une influence salutaire sur une épilepsie antécédente. Le professeur Bergmann, de Berlin, a insisté sur ce fait. Dans un très remarquable mémoire sur la chirurgie du cerveau, il a cité un travail d'un chirurgien anglais, Maclaren^ dans lequel l'auteur a réuni des observations d'épileptiques ayant subi de grandes opérations nécessitées par d'autres affections que l 'épilepsie. Cet faits démontrent que souvent le traumatisme opératoire atténue ou supprime les attaques convulsives, du moins durant les premiers temps. D'ailleurs il n'est pas besoin d'un traumatisme crânien pour produire ce résultat salutaire. M. Ch. Féré- a vu les attaques convulsives cesser pendant plusieurs mois chez un épileptique, à la suite de l'opération d'un prolapsus rectal. De même, dans son travail cité à l'instant, Maclaren a publié deux cas de suspension des attaques survenue, dans un cas, sous l'influence d'une suppuration, dans l'autre à la suite d'une fracture de l'humérus.

Pour ne parler que de l'épilepsie jacksonienne, c'est ainsi que les choses semblent se passer dans beaucoup de cas, à la suite d'une trépanation. Les attaques convulsives sont atténuées ou supprimées pour quelque temps. Mais on aurait tort pour cela de considérer les malades comme étant guéris ou en voie de guérison.

Ainsi, dans le même travail que je vous citais à l'instant, Bergmann mentionne quatre cas d'épilepsie traumatique, où, à la suite d'une trépanation pratiquée par lui, les attaques se sont

d. Maclaren. — Edinhurg med. Jozn'n., janvier ^87o. 2. Féré. — Les épilepsies et les épileptlques, Paris, 1890.

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