I. — Procédés histologiques. — Historique
Depuis 1858, les histologistes, en fait de procédés de coloration, en étaient réduits à l'emploi du carmin, introduit par Gerlach.
En 1871, Gerlach substitua à l'emploi du carmin, le procédé de coloration au chlorure double d'or et de potassium.
Entre temps, les histologistes avaient appris à se servir de l'acide osmique pour colorer la myéline des fibres nerveuses. Mais l'acide osmique avait le double inconvénient d'être d'un
1. Edinger. — Vorlesungen ueber den Bau der nervoesen Centralorgane der Menschen und der Thiere. Leipzig, 1893.
2. Van Geiiuchten. — Le système nerveux de V homme. Liège, 1893,
3. Von Lenhossek. — Der feinere Bau des Nervensy stems. Berlin, 1893.
prix élevé et d'un maniement difficile. N'empêche qu'entre les mains de Flechsig, le procédé de coloration à l'acide osmique avait donné des résultats remarquables, pour ce qui concerne l'étude des phases successives de la myélinisation des faisceaux blancs chez l'embryon. Ces résultats, dont je vous ai déjà parlé, avaient permis à Flechsig de développer les conséquences de la grande loi à laquelle son nom restera attaché : Les fibres des faisceaux nerveux, distinctes eu égard à leur signification systématique, s' entourent de myéline à des époques différentes du développement embryonnaire.
Soit dit en passant, clans un mémoire sur Fanatomie pathologique du tabès dorsalis ' j'ai montré quels éclaircissements on pouvait tirer des faits annoncés par Flechsig, pour l'interprétation des lésions spinales du tabès.
En 1884, Weigert nous a dotés d'un procédé nouveau de coloration, qui marque un progrès fondamental en technique histologique. Il s'agit du procédé de coloration à l'hématoxyline. Perfectionné depuis, par différents techniciens, en tête desquels il faut ci 1er Pal, ce procédé lire sa supériorité de ce fait que l'hématoxyline colore d'une façon élective la myéline qui entoure le cylindre-axe de la plupart des fibres nerveuses, même les plus fines. Dès lors son emploi permet de distinguer de la façon la plus nette la substance blanche, riche en fibres à myéline, de la substance grise qui n'en contient que fort peu. Il permet de mieux suivre la direction des fibres qui constituent les faisceaux de la substance blanche, d'étudier avec plus de précision les entrelacements qu'elles forment dans la substance grise. Enfin son emploi a facilité l'étude inaugurée par Flechsig, celle des étapes successives parcourues par la myélinisation, chez l'embryon.
Sur le double terrain de la pathologie humaine et de l'expérimentation in anima vili, le procédé de Weigert s'est révélé comme ayant une valeur de premier ordre, pour l'étude des faisceaux dégénérés. Son emploi a contribué dans une large mesure au développement de nos connaissances relatives à la systématisation de la moelle.
1. F. Raymond. — Contributions à l'anatomic pathologique du tabès dorsalis. {Revue de médecine, janvier 1891 t. XI, p. 1).
Toutefois, suivant la juste remarque de Lenhossek, le procédé de coloration par l'hématoxyline, pas plus que ceux qui l'ont précédé, ne nous a fourni et ne pouvait nous fournir de renseignements sur les deux points suivants, dont l'importance est facile à saisir :
1° Dans quels rapports les cellules nerveuses se trouvent-elles entre elles?
2° Comment naissent et comment se terminent les fibres nerveuses dans la moelle?
Ces deux points n'ont été éclaircis que depuis l'avènement de deux procédés remarquables, qui ont vu le jour à peu de distance l'un de l'autre. Je veux parler du procédé de Gamillo Golgi, de Pavie (1875-1885-1886) et de celui d'Ehrlich, de Berlin (1886). Quoique procédant par des voies très différentes, ils ont fourni des résultats d'une concordance parfaite. Leur supériorité sur les procédés anciens réside en ceci, qu'ils mettent en œuvre des substances douées d'une action élective infiniment plus grande pour les éléments nerveux ; leur emploi permet de colorer les ramifications les plus fines des prolongements cellulaires.
Le procédé de Golgi consiste essentiellement à traiter par une solution de nitrate d'argent, des fragments très petits de tissu nerveux, durcis préalablement dans un mélange d'une solution de bichromate et d'une solution d'acide osmique.
La procédé d'Ehrlich repose sur la propriété qu'ont les éléments des tissus nerveux vivants, de se colorer par le bleu de méthylène; il a l'inconvénient de n'avoir pu fournir jusqu'ici des préparations stables.
A vrai dire, c'est seulement à partir de l'année 1888, que le procédé de Golgi a commencé à donner les résultats qui ont révolutionné nos connaissances en anatomie fine du système nerveux. A cette époque, un histologiste espagnol, le professeur R. y Gajal, appliqua cette méthode à l'étude du système nerveux des embryons, et il fit coup sur coup des révélations de premier ordre, qui ont amené dans nos conceptions
de la structure intime du système nerveux le bouleversement dont je vous parlais tout à l'heure. Dans presque tous les pays qui nous entourent, les histologistes se sont mis à l'œuvre, pour vérifier ces découvertes; on ne fut pas long à se convaincre de leur exactitude et de leur généralité. Kôlliker, Van Gehùchten, Pedro Ramôn, Retzius, Sala, von Lenhossek ont apporté leurs tributs à l'édification de l'œuvre nouvelle. Un seul pays est resté en retard dans cette voie, le nôtre; j'ai la ferme conviction qu'il n'en sera pas longtemps ainsi.
J'ai hâte maintenant de vous exposer d'une façon aussi succincte que possible comment on conçoit aujourd'hui la structure des unités anatomiques qui entrent dans la constitution des centres nerveux, comment on conçoit les rapports de ces unités et leur agencement en systèmes fonctionnels dont l'activité synergique se traduit par les différents phénomènes qui ressortissent à la vie de relation.
Je vous parlerai successivement :
Des cellules nerveuses considérées en général;
Des rapports des cellules nerveuses des centres avec le système périphérique et avec les fibres nerveuses en général;
De l'agencement des éléments nerveux dans la moelle;
Des connexions de la moelle avec les autres parties des centres nerveux ;
De la névroglie ou tissu interstitiel, tissu de soutènement.