‹ Leçons sur les maladies du système nerveux (volume 3)Chapitre 118 sur 129 · Falret. — État mental des épileptiques · texte numérisé non relu

Falret. — État mental des épileptiques

4. H. Jackson. — Troubles intellectuels momentanés qui suivent les accès épileptiques, 1876, p. 167.

mon pupitre, les idées un peu confuses, mais sans autre malaise. Je retourne au restaurant pour demander si j'ai été indisposé et si j'ai dîné; on me répond que j'ai mangé, que j'ai payé et que je n'ai point été indisposé (p. 173). »

Je puis d'ailleurs vous mettre sous les yeux un malade du service, dont le cas, à ce point de vue, est tout à fait démonstratif. C'est un nommé L..., âgé de trente-cinq ans. Il est atteint d'une affection bien curieuse de la queue de cheval; je Fétudierai à ce point de vue, un de ces jours, car le cas en vaut la peine par sa pureté, par sa netteté. Aujourd'hui, je désire seulement attirer votre attention sur les points que voici :

Il a, depuis douze ans, de véritables accès comitiaux. Le plus souvent, l'épilepsie ne se traduit chez lui que par des absences curieuses dans leur 'modalité. Tout d'un coup, au milieu d'une conversation, il se tourne vers son interlocuteur et lui dit avec étonnement : « Qu'avez-vous donc? — Comme vous devenez blême? — Mais vous allez tomber? » En réalité, c'est lui-même qui devient blême et qui tombe. C'est là, remarquez-le en passant, une bien curieuse illusion. D'après M. Janet, elle est plus fréquente qu'on ne le croit. Il l'a observée chez des malades qui, dans le délire de la fièvre typhoïde, parlent ainsi des personnes qui les entourent : « Mon pauvre mari, comme il a mal à la tête; mes pauvres enfants, comme vous souffrez dans le ventre!... » Il y a là des troubles de la personnalité, intéressants à étudier, et je ne doute pas que M. Janet ne nous édifie bientôt à cet égard.

Quoi qu'il en soit, L..., après avoir régulièrement éprouvé cette illusion au début de toutes ses absences, s'affaisse un moment, puis il se relève, secoue ses vêtements et jette par terre tous les objets qu'il peut avoir dans ses poches... et c'est fini; il se remet à son ouvrage, à sa conversation, sans aucune espèce de souvenir de ce qui vient de se passer. Eh bien! c^ même malade, plusieurs fois, pendant une absence de cet ordre, est sorti et est allé hors de chez lui, à une demi-heure de distance, sans aucune espèce de conscience de ce qu'il faisait. Un autre jour, ayant quitté l'hôpital pour passer deux jours chez lui, il a été en proie à une semblable absence, dans sa demeure à Neuilly. Il est revenu à lui, il a retrouvé sa per-

sonnai ité à la porte de la Salpêtrière. Il avait fait tout le trajet de Neuilly au boulevard de l'Hôpital, sans savoir comment, sans se rappeler quoi que ce soit, mais évidemment d'une façon raisonnable, puisqu'il n'a pas été arrêté en route. Dans tous les cas analogues à celui-ci, l'hésitation n'est pas permise; la fugue, avec ses caractères d'acte impulsif, coordonne, prolongé et suivi d'amnésie, n'est que le développement d'une absence comitiale, antérieurement constatée.

Aussi les auteurs qui se sont trouvés en présence de faits semblables n'ont-iJs pas hésité à rapporter les fugues à l'épilepsie, même quand les accidents antérieurs avaient des caractères moins nets que dans le cas du malade que vous avez devant vous. Legrand du Saulle1 cite une fugue de huit jours, survenue tout à coup chez un malade qui, déjà auparavant, avait eu de semblables manifestations, mais de beaucoup moins longue durée. Il raconte, sous ce titre un peu ambitieux : Fait sans précédent dans la science, le cas, évidemment étrange, d'un individu qui habitait Paris ; celui-ci avait éprouvé divers troubles mentaux vagues, attribués à des congestions cérébrales. Un jour, il s'en va au Havre, et s'embarque sans savoir comment. « Il reprit, dit l'auteur, la connaissance et la possession de ses souvenirs en mer, au bout d'un temps assez long, puisqu'il demanda où il était et qu'on lui répondit qu'il se trouvait en face de Bombay2! »

Dans ces cas, comme dans ceux qui sont analogues, il est facile de rapporter la fugue à sa véritable cause, à i'épilepsie. Mais, — et il faut que vous le sachiez bien, — il est des individus qui, avant leur fugue, n'ont eu aucun accident comitial appréciable. Comment faut-il interpréter ces cas? N'est-il pas naturel, en raisonnant par analogie avec les cas précédents, de les rattacher également à l'épilepsie? C'est ce que Charcot n'a pas hésité à faire dans deux leçons célèbres, faites à propos d'un malade très intéressant'.

Il s'agissait, dans le cas particulier, d'un homme de trentesept ans, M..., livreur de marchandises. Il part un matin pour porter des objets à livrer, rue de Villiers. Il se sentait un peu

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