VI. — Névroglie
Pour terminer ce qui a rapport à la structure fine de la moelle, il me reste à vous dire quelques mots du lissu de soutènement de cet organe.
J'ai déjà eu l'occasion d'insister sur ce que l'origine ectodermique de ce tissu de soutènement (névroglie) est aujourd'hui bien démontrée. C'est maintenant une notion classique que le tissu tout entier des centres nerveux, éléments nobles (neurones) et tissu de soutènement ou névroglie, a une seule et même orifjine embryonnaire; l'élément mésodermique n'est représenté au sein des centres nerveux que par les vaisseaux. Quelques mots d'historique sur ce sujet ne seront pas superflus.
Depuis Dciters qui découvrit les cellules de la névroglie (1865), jusqu'à Gicrke (1885), les opinions professées par le plus grand nombre des histologistes, touchant la structure de la névroglie, pouvaient se résumer dans ces quelques mots : la névroglie se compose de deux espèces d'éléments :
1° De cellules éloilées, cellules de Deiters, cellules araignées de Jastrowitz, qui émettent un grand nombre de ramifications (fig. 34) par l'intermédiaire desquelles elles s'anastomosent outre elles, en formant un lacis très serré;
2° D'une substance fondamentale, amorphe et granuleuse, véritable ciment déposé dans les interstices de ce lacis.
Pour ce qui est de la nature et de l'origine de ce réticulum névroglique, les uns n'y voulaient voir qu'une forme de tissu conjonctif, spéciale aux centres nerveux, et lui assignaient une provenance mésodermique. D'autres, se fondant sur la ressemblance des cellules de la névroglie et des cellules nerveuses, soutinrent l'origine ectodermique des premières. Cette seconde opinion, dont Gierke s'est érigé en principal défenseur, est aujourd'hui reconnue pour la vraie. Voici en termes très sommaires ce que nous savons de la formation de la névroglie. Les centres nerveux, vous le savez, naissent de l'ectoderme.
Leur premier rudiment se montre, à l'origine même du développement embryonnaire , sous la forme d'une épaisse bandelette , la plaque médullaire. Bientôt cette bandelette se creuse d'une gouttière, La gouttière médullaire. Celle-ci se
ferme ensuite, et cette oblitération s'effectue de l'extrémité céphalique à l'extrémité caudale, par rapprochement et par soudure de ses bords. Il se forme ainsi un canal, qui s'isole du reste de l'ecloderme, et dont l'extrémité antérieure formera l'encéphale, l'extrémité postérieure devant se métamorphoser en la moelle.
La cavité de ce segment postérieur spinal atfecte d'abord la forme dune fente antéro-postérieure, plus tard celle d'un canal arrondi; c'est le canal de l'épendyme.
Entre temps, les éléments de l'épithélium ectodermique qui tapissent la gouttière neurale ont proliféré et se sont différenciés en deux variétés :
1° Des cellules plus volumineuses, arrondies, disséminées
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Cellules de la névroglie ou cellules de Deiters,
sans ordre et faisant saillie sur le plancher de la gouttière neurale : ce sont les cellules y erminativ es de His, destinées à devenir les neuroblastes . aux dépens desquels se formeronl tous les neurones;
2° Des cellules moins volumineuses, cylindriques, qui forment la majeure partie du revêtement de la gouttière neurale. Ce sont les cellules neuro-épithéliales, destinées à se transformer en cellules de la névroglie. D'abord un noyau apparaît dans chaque cellule, muni de deux prolongements fibrillaires. Sous cette forme, la cellule est ce qu'on appelle un spongioblaste. Les spongioblastes se
transforment ensuite en cellules épendy maires.
Un de leurs prolongements va former avec les prolongements similaires des autres cellules le revêtement du canal. L'autre prolongement se dirige vers la périphérie de la moelle, sous la forme d'un long filament qui se termine à la surface de l'organe par une ou plusieurs extrémités légèrement renflées. L'ensemble de ces filaments constitue une charpente étoilée (fig. 35) qui se condense fortement en avant et en arrière pour donner naissance au coin épendymaire antérieur el au coin épendymaire postérieur. Ces coins occupent la place destinée plus tard aux sillons de la moelle; ils résultent du rapprochement des libres épendymaires qui forment, à leur niveau, une sorte de fuseau.
A une époque plus avancée, le corps de la plupart de ces cellules quitte le canal et glisse le long de son filamenl périphérique, en laissant subsister sur son passage un prolongement central. Bientôt ce prolongement central disparait, et les cellules se dispersent dans toute l'épaisseur de la moelle, formant les cellules de la névroglie. Mais il reste toujours à la surface du canal un certain nombre de cellules qui n'émigrent
Fig. 35. — Coupe du canal médullaire d'un embryon de quatre jours. (D'après Leuhossek.i
CLINIQUE DES MALADIES Dl SYSTEME NERVEUX.
pas; elles constituent le revêtement épithélial du canal épendymaire chez l'adulte (cellules épendymaires). La région épendymaire se distingue précisément par la richesse des éléments névrogliques et par les dimensions géantes de ceux-ci. Elle est
Fig. 36. — Cellules épendymaires et substance gélatineuse centrale. (D'après Lenhossek.)
redevable à cette disposition de cet aspect qui lui a fait donner le nom de substance gélatineuse centrale.
Il existe, vous le savez, une autre région de la moelle, qui présente un aspect macroscopique absolument semblable; c'est Va substance gélatineuse de Rolando (fig. 36). La question était dès lors de savoir si cette région également devait cet aspect à une richesse insolite en éléments névrogliques, question
controversée encore à l'heure actuelle. Pour les uns, et ceux-là s'appuient sur l'examen des préparations de Wcigcrt qui colore les fibres de la névroglie par un procédé tenu secret, la substance gélatineuse de Rolando est, de toutes les régions de la moelle, la plus pauvre en éléments névrogliques. Ramon y Cajal soutient l'opinion inverse.
Enfin, laissez-moi vous dire, pour terminer ce qui a trait au tissu de soutènement, qu'une autre question encore en suspens est relative à l'existence d'une substance fondamentale, homogène ou granuleuse. L'union des éléments constituants des centres nerveux se conçoit aujourd'hui très bien sans l'intervention d'un pareil ciment, dont l'existence n'est rien moins que démontrée.