PARALYSIES RAD1CULAIRES DU PLEXUS BRACHIAL
Ce territoire, vous vous le rappelez, est innervé par des filets sensitifs, originaires des deuxième et troisième paires dorsales, qui ne prennent aucune part à la constitution du plexus brachial. Les exceptions à cette règle en sont la confirmation saisissante. Ainsi, dans une observation de Seeligmuller, l'anesthésie occupait la totalité de la face interne du bras. Eh bien, l'autopsie vint révéler, à côté des lésions des racines constituantes du plexus brachial, un arrachement des racines des deuxième et troisième paires dorsales.
Cette anesthésie ne reste pas toujours exclusivement cutanée. Elle est souvent profonde et intéresse le sens musculaire. Je vous ai fait voir qu'il en était ainsi chez notre sujet. Dans ces conditions, les malades n'ont plus conscience de la situation et de la position de leur membre* lorsqu'il ne le fixent point des yeux. Vous trouverez un bel exemple d'abolition complète du sens musculaire dans une récente observation de Verhoogen1, ayant trait à une paralysie par lésion des nerfs du plexus brachial.
Je ne m'attarderai pas à l'étude des réflexes tendineux qui sont tantôt affaiblis, tantôt normaux. Quant à l'examen électrique des nerfs et des muscles paralysés, il vous permettra de constater soit les signes de la réaction de dégénérescence, soit une diminution pouvant aller jusqu'à l'abolition de la contractilité électrique. Vous n'ignorez pas que la réaction de dégénérescence est, dans ce cas, de fâcheux augure; elle précède et annonce, en effet, une atrophie profonde et rebelle des muscles intéressés.
Lorsque l'atrophie musculaire succède — ce qui n'est d'ailleurs pas obligatoire — à la paralysie, elle débute, en général, par les muscles de la ceinture scapulaire, pour gagner plus tard les muscles du bras et de l'avant-bras. Quand elle atteint un certain degré, elle peut entraîner des rétractions tendineuses et des déformations indélébiles. La main, dite en griffe, est certainement la plus fréquente de ces déformations.
Enfin, Messieurs, la triade paralytique, anesthésique et amyotrophique, se complique, d'habitude, de troubles trophiques cutanés et de troubles vaso-moteurs : œdème, teinte cyanosée
1. Verhoogen. — Jour, de méd., de chlr. et de pharm. de Bruxelles, février
de la peau, abaissement de la température locale, etc., sur lesquels je ne puis m'appesantir.
Indépendamment de ces manifestations, vous rencontrerez, dans certains cas, des troubles oculo-pupillaires, sur la signification desquels je n'ai plus besoin de revenir.
J'arrive, maintenant, à l'étude symptomatique des paralysies 'partielles (radiculaires ou proprement dites). Il est incontestable qu'elles peuvent s'établir parfois d'emblée, mais elles ne sont fréquemment que le reliquat d'une paralysie totale antécédente. Il m'est impossible, faute de temps, de vous faire la description, même sous une forme concise, de leurs principales variétés. Je ne pourrais, dans un ou deux tableaux, en faire revivre fidèlement les innombrables modalités.
Vous savez que les pathologistes décrivent deux formes de paralysies radiculaires partielles. Mais je vous ai déjà dit, et je vous répète, que les éléments de ces deux formes peuvent se mélanger en diverses proportions. Je tiens à ajouter que vous rencontrerez rarement, en pratique, des faits réalisant, dans toute sa pureté, le tableau clinique de l'une ou de l'autre de ces deux formes. Il m'est très facile de vous en fournir les preuves.
Dans un cas, publié par mon collègue et ami Straus1, la paralysie motrice atteignait tout le domaine d'innervation du plexus brachial, à l'exception du territoire du nerf médian. Seeligmuller 2 a signalé un fait analogue.
Un auteur allemand, Erlenmeyer3, a rapporté un exemple de paralysie intéressant tous les muscles du membre supérieur, sauf les muscles innervés par le cubital. Le trapèze, innervé par l'accessoire du vague, participait môme à la paralysie. Or, le nerf cubital reçoit ses fibres surtout de la première paire dorsale qui, ainsi que vous le savez, ne se compose pas exclusivement de filets destinés au cubital. De cette observation je rapprocherai volontiers un fait de Seeligmuller 4 et un cas de Baerwinckel5 où, au contraire, seuls les muscles innervés par le cubital étaient paralysés. La paralysie s'accompagnait de troubles oculo-pupillaires.
\. Straus. — Gazette hebdomad., 1880, n° 16.