Déjerine. — Société de biologie
PARALYSIES RADICULAIRES DU PLEXUS RRACHIAL. 237
d'instituer. En pareille circonstance, vous devrez viser à la fois la cause et le symptôme.
Dans les cas de fracture, de luxation, de cal vicieux, comprimant ou sectionnant le plexus brachial, ses racines ou ses branches, il est clair qu'une opération reste seule rationnelle. Mais il n'est pas toujours facile d'intervenir efficacement. Je sais bien qu'on a plusieurs fois suturé, avec succès, un nerf divisé, mais on n'a pas encore fait, que je sache, la suture des filets radiculaires. Par contre, s'il s'agissait de compression par un foyer hémorrhagique, je pense qu'une intervention précoce pourrait amener des résultats favorables. En tout cas, la chose mériterait d'être tentée.
Dans les cas de névrite simple, nos moyens d'action sont tout à fait incertains. On a vanté les diaphorétiques, les dérivatifs et les révulsifs. Mais leurs effets curatifs ne me semblent pas suffisamment démontrés. Si, par hasard, votre malade était syphilitique, vous devriez] instituer sans retard un traitement spécifique. Duchenne1 a signalé un cas de paralysie radiculaire qu'on soupçonnait due à une exostose syphilitique. Le cas fut traité par l'iodure de potassium et guérit rapidement.
Il est, en outre, des mesures prophylactiques qu'il importe de connaître, afin de prévenir le développement d'une paralysie. Je vous ai déjà cité plusieurs exemples de paralysie radiculaire, survenue au cours d'une chloroformisation, en conséquence d'une attitude forcée donnée aux membres supérieurs. Vous éviterez de porter en haut et en arrière les bras de l'opéré, et surtout de les maintenir dans cette position forcée. Kron, qui a fait une série de recherches sur le cadavre, recommande, pour parer à ces accidents, de faire maintenir les mains de la personne chloroformisée, sur son front ou sur son visage. Il va sans dire que, dans les cas de paralysie toxique, il est indispensable de soustraire le sujet à l'action nocive du poison.
Je ne puis entrer, Messieurs, dans le détail des diverses indications symptomatiques. Aux douleurs, à l'insomnie, etc., vous opposerez une médication appropriée. Mais c'est surtout contre l'inactivité fonctionnelle des nerfs et des muscles que vous devrez diriger tous vos efforts, en recourant à l'électrisa-
1. Duchenne. — Traité de V Êlectrisation localisée, 3e édit., p. 325.
tion. En électrisant un nerf, on augmente son excitabilité, du moins à l'état normal. 11 est assez naturel de supposer qu'à l'état pathologique, lorsqu'il n'y a pas interruption complète du nerf sur une certaine longueur de son trajet, on peut obtenir les mêmes résultats : réveiller l'excitabilité électrique du nerf lorsqu'elle n'est pas éteinte, et l'augmenter lorsqu'elle n'est pas entièrement abolie. En lui rendant ainsi son aptitude à transmettre les excitations électriques, peut-être accroît-on son aptitude à transmettre les incitations de la volonté.
Certains électrothérapeutes attribuent à l'électrisation des nerfs paralysés un effet plus direct. Pour eux, l'agent électrique serait capable de lever l'obstacle au passage des incitations volontaires, lorsque toutefois cet obstacle n'est pas insurmontable, je veux dire lorsqu'il n'y a pas section complète du nerf, lorsqu'il n'y a que des lésions de névrite récente. Je ne saurais me porter garant de cette assertion. Je me permettrai simplement de faire observer qu'en mettant de trop brillants résultats à l'actif de l'électrothérapie, on a éveillé les méfiances des cliniciens, provoqué leurs protestations, leur scepticisme, et finalement jeté un certain discrédit sur cet agent thérapeutique.
Ce n'est pas seulement sur le nerf, c'est encore et avant tout sur le muscle que vous devrez agir électriquement. Vous réveillerez ainsi sa contractilité électrique et le soustrairez du même coup aux conséquences fâcheuses de l'inactivité fonctionnelle. Vous favoriserez en même temps sa nutrition et retarderez ou empêcherez la réaction de dégénérescence. Lorsque le muscle, en effet, est irrémédiablement soustrait à l'influence de ses centres trophiques, il subit de graves altérations dystrophiques qui défient toutes les ressources de l'électrothérapie.
Le traitement électrique des paralysies du plexus brachial exige souvent, Messieurs, une grande persévérance. Il vous arrivera d'électriser un malade, pendant des mois, avant de constater un retour manifeste de la contractilité volontaire. Mais, ne cédez pas au découragement; ici, comme en toutes choses, la persévérance est la condition sine qua non du succès.
PARALYSIE RADICULAIRE SENSITIVE DU PLEXUS BRACHIAL1
Sommaire. — Début insidieux, marqué par une phase initiale douloureuse : douleurs rachidiennes cervico-dorsales et douleurs articulaires dans le membre supérieur gauche.
Parésie motrice, due en grande partie à la douleur. Anesthcsie absolue, limitée au territoire du plexus brachial; œdème de la main. — Absence de troubles électriques.
Amendement progressif des douleurs et des troubles moteurs. — L'anesthésic persiste à l'état d'isolement. — Raisons anatomiques qui expliquent cet isolement.
Discussion sur le siège et la nature de la lésion. — L'hypothèse d'une hêmipachyméningite cervicale, d'origine rhumatismale, semble la plus plausible.
Nécessité, en vue du traitement, de distinguer la névralgie d'un tronc nerveux de la névralgie d'une racine. — Cas de Chipault et de Abbe.
Messieurs, le hasard de la consultation a conduit dans nos salles une femme qui porte une anesthésie limitée au domaine du plexus brachial. Le cas n'est point banal; il soulève, en outre, comme vous le verrez, un problème important à résoudre.
Au mois de décembre dernier2, je vous ai présenté un malade qui, au sortir d'un long et profond sommeil, consécutif à de copieuses libations, s'était réveillé avec une paralysie totale et complète du membre supérieur gauche. Il s'agissait d'une monoplégie flasque, accompagnée d'oedème de la main et de l'avant-bras, de réaction de dégénérescence, de vives douleurs et d'hypoesthésie localisée au territoire cutané du plexus brachial. Cette monoplégie était survenue brusquement, à la suite d'un épanchement sanguin dans la région rétro-claviculaire.
Je mets aujourd'hui sous vos yeux un exemple de paralysie
i. Leçon du 22 mars 1895.