UN CAS DE PARALYSIE L ABIO-GLOSSO-LARYNGÉE
il n'en est pas moins vrai qu'elle peut se révéler, comme l'embolie, brusquement et sans prodromes. Il est donc jusqu'ici difficile de se prononcer.
L'examen du cœur et des gros vaisseaux ne nous a révélé aucun bruit morbide, mais l'aorte, chez cette femme, est très probablement atliéromateuse et on peut concevoir la production d'une embolie. D'autre part, les artères radiales sont dures, sinueuses, scléreuses. Nous avons le droit d'en inférer que les artères cérébrales présentent des lésions analogues et qu'une coagulation thrombosique a pu s'y former.
Vous voyez que le problème reste insoluble. S'il faut vous dire toute ma pensée, je vous avouerai que l'hypothèse d'une embolie me paraît plus séduisante. Mais je fais, sous ce rapport, les réserves les plus formelles.
Au surplus, la chose importe peu : qu'il s'agisse d'une oblitération par thrombose ou par embolie, les résultats sont les mêmes. Il en résulte, dans les deux hypothèses, un ramollissement ischémique.
Ce qu'il importe a va ni tout de connaître, ces! le siège exact de l'oblitération et par suite la topographie du foyer nécrobiotique.
Rappelez-vous la circulation artérielle du bulbe, que je vous exposais, il y a quelques instants, en particulier l'origine et la distribution des artères médianes bulbaires. Supposez l'oblitération d'une artère vertébrale. Que va-t-il survenir? l'interruption, dit Durci, « dans l'artère spinale antérieure et, par conséquent, dans les artères médianes qui en partent, c'està-dire, dans les artères nourricières des noyaux du spinal, de l'hypoglosse et du facial inférieur ». Autrement dit, vous verrez survenir les symptômes d'une paralysie labio-glosso-Iaryngée. Or ce sont précisément ces symptômes, isolés pour ainsi dire, que nous avons vus survenir brusquement chez notre femme. Nous sommes donc pleinement autorisés à supposer que, chez elle, une artère vertébrale se trouve oblitérée au niveau de l'origine de la spinale antérieure. Cette hypothèse est très plausible. Vous vous demandez peut-être comment il se fait
qu'une oblitération en ce point dune seule artère vertébrale puisse amener une paralysie labio-glosso-laryngée bilatérale. J'ai répondu, par avance, à votre question, en vous disant avec Duret « que l'explication de ces faits se trouve naturellement dans la disposition de la spinale antérieure ».
Un caillot embolique ou thrombosique, ainsi placé, explique donc naturellement et la paralysie glosso-labiée et l'hémiparésic passagère qui raccompagnait au début.
On pourrait, avec autant et peut-être avec plus de probabilités, supposer que le caillot occupe, soit la spinale elle-même, soit une des artères médianes antérieures du bulbe. Je puis invoquer, à l'appui de cette hypothèse, et l'observation de Gornillon que je vous ai relatée4plus haut, et la pureté et l'isolement des symptômes labio-glosso-laryngés chez notre malade.
Une oblitération de tel siège a évidemment comme conséquence un ramollissement ischémique, dont vous pouvez imaginer la forme et l'étendue, en vous basant sur les renseignements anatomiques purs et analomo-pathologiqucs que je vous ai donnés, chemin taisant. Ces artères sous-prolubérantiellcs qui irriguent le bulbe supérieur, je veux dire le noyau du pneumogastrique, sont indemnes, puisque notre malade a survécu et qu'elle ne présente aucun trouble circulatoire, respiratoire, urinaire. C'est donc le seul territoire des artères médianes bulbaires proprement dites qui se trouve intéressé. Par conséquent les noyaux du spinal, de l'hypoglosse et du facial antérieur sont altérés. Cette altération n'est autre chose qu'une destruction, puisque les organes innervés par ces nerfs sont atrophiés.
Il devait en être forcément ainsi. En pensant anatomiquement et physiologiquement, on pouvait prévoir les caractères du syndrome. Ou plutôt, étant donné le syndrome labio-glossolaryngé survenu dans les conditions que vous savez, il était facile de déterminer la topographie du foyer morbide. Et les connaissances que nous possédons sur la circulation artérielle du bulbe devaient nous fixer approximativement sur le siège probable de l'oblitération vasculaire.