LE SYNDROME TABES SPASMODIOUE
membres inférieurs; le sujet était surtout insensible aux impressions du froid.
Quant aux faits de publication plus ancienne invoqués pour admettre l'existence d'une forme de tabès spasmodique en rapport avec une sclérose primitive des cordons latéraux, je les ai discutés dans mes précédentes leçons. La critique qu'on en peut faire se résume en ceci :
Trois observations de Strùmpell1 sont, au point de vue anatomo-pathologique, des exemples de sclérose systématique combinée de la moelle : sclérose simultanée des faisceaux pyramidaux, des faisceaux cérébelleux directs, des cordons de Goll;
Une observation de Dreschfeld-Morgan 2 paraît devoir être rattachée à la sclérose latérale amyotrophique ; dans les cordons latéraux du segment cervical, on a constaté une atrophie de certains groupes de cellules ganglionnaires des cornes antérieures, et un foyer de ramollissement dans la portion inférieure du segment dorsal ;
Une observation de Minkowski3 concerne une jeune fille de dix-huit ans, syphilitique avérée; une première fois, elle avait eu des accidents secondaires, dont la débarrassa un traitement mercuriel. Puis elle a présenté les symptômes du tabès spasmodique et elle en a été débarrassée également, à la suite d'une cure mercurielle. Finalement cette jeune fille a succombé à la phtisie pulmonaire. L'examen de ses centres nerveux a fait constater une sclérose des faisceaux pyramidaux et des faisceaux cérébelleux directs, visible seulement sous le microscope, <>t qui atteignait sa plus grande extension dans le segment dorsal.
Vous voyez encore ici un exemple de persistance d'une sclérose des faisceaux pyramidaux, à une époque où les manifestations du tabès spasmodique avaient disparu.
J'en ai fini avec cette impartiale exposition des faits. Ai-je ou non le droit de conclure, en présence de ceux-ci, qu'il
1. Strùmpell. — Arch. fur Psychiat., t. XI, p. 27 et 55 et t. XVII, p. 217.
2. Dreschfeld. — Brit. med. Journ., janvier 1881, p. 29 et Journ. of Anatom'œ and Physiol., t. XV, p. 510, 1881.
3. Minkowski. — Deut. Arch. fur klln. Medic, t. XXIV, p. 435.
n'existe pas, jusqu'ici, un seul exemple d'une sclérose primitive isolée des faisceaux pyramidaux, constatée à l'autopsie d'un malade, qui, de son vivant, avait présenté les symptômes du tabès spasmodique et ces symptômes seulement?
Oui, il existe une forme de sclérose systématique combinée T qui peut se traduire, cliniquement, par les manifestations du tabès spasmodique, avec ou sans certains symptômes surajoutés, tels que des troubles vésicaux, des troubles de la sensibilité.
Que les manifestations du tabès spasmodique soient sous la dépendance de l'altération des faisceaux pyramidaux, et de cette altération seulement, l'hypothèse peut se défendre. Mais elle fait mauvaise figure devant les faits qui nous montrent la coexistence possible des symptômes du labes spasmodique et de l'intégrité parfaite des faisceaux pyramidaux, devant ces autres laits qui nous montrent l'inverse : l'existence possible de la dégénérescence des faisceaux pyramidaux cbez des sujets qui n'ont jamais présenté ou qui n'ont présenté que dune façon transitoire les symptômes du labes spasmodique.
Poni- moi, une conclusion se dégage de l'ensemble de ces faits : c"est que nous ne connaissons pas encore, d'une façon exacte, la pbysiologie pathologique des deux manifestations principales — les premières en (laie — du tabès spasmodique, l'exagération des réflexes tendineux et la contracture. J'incline à croire que la raison analomique de ces deux manifestations doit être cherchée ailleurs que dans une dégénérescence des faisceaux pyramidaux proprement dits.
Un autre enseignement découle encore des faits cliniques que j'ai passés en revue dans cette leçon et d'autres auxquels j'ai fait allusion. C'est l'existence d'une affection familiale, qui peut évoluer sous les traits du tabès spasmodique et qui, ne l'oubliez pas, a une tendance à verser dans la symptomalologie de la sclérose en plaques. J'entends dire par là que cette maladie, frappant plusieurs membres d'une même famille, peut, cbez les uns, se traduire exclusivement par les manifestations du svndrome tabès spasmodique, tandis que, cbez