Voir la leçon VI
nocturne. Elle a perdu progressivement la vue et l'ouïe. A l'époque où je vous l'ai présentée, la malade vivait, comme elle vit encore, dans un état d'apathie complète, dont on avait toutes les peines du monde à la tirer. Sa mémoire et son intelligence ont considérablement baissé.
Dans les cas de tumeur cérébrale, on peut encore observer, en tant que conséquence de l'augmentation de la pression intracrânienne, le ralentissement du pouls, ainsi que le ralentissement et la diminution d'ampleur des mouvements respiratoires, A vrai dire, il s'agit de manifestations tardives, sans compter qu'on les observe à titre de conséquences locales de la compression du nerf vague par une tumeur.
Enfin il me reste à vous mentionner, comme autre manifestation du même ordre, un symptôme objectif dont l'existence nous est révélée par l'examen du fond de l'œil, il s'agit de la stase papillaire, de V œdème de la papille.
Ce symptôme également peut être une conséquence directe, locale, de la compression de l'an des nerfs optiques ou de l'une des bandelettes optiques par une tumeur de la base. On a prétendu que lorsqu'il en est ainsi, la stase papillaire, au début du moins, est limitée à un côté, à celui qui correspond au siège de la tumeur, assertion dont l'exactitude est loin d'être démontrée.
Quoi qu'il en soit, présentement je n'ai en vue que les cas où la stase papillaire est une conséquence de l'augmentation de la pression intra-crânienne. Comme telle on l'observe avec des tumeurs de n'importe quel siège, et alors elle est habituellement bilatérale.
Si j'ajoute que la stase papillaire s'observe dans plus de 90 p, 100 des cas de tumeurs cérébrales, je vous aurai pénétrés de l'importance qu'offre la recherche de ce signe, en présence d'un malade chez lequel on a des raisons de soupçonner l'existence d'un néoplasme intra-crànien. Du même coup vous serez
pénétrés de la nécessité, qui s'impose à vous, de bien connaître les caractères ophtalmoscopiques de cette altération du fond de l'œil. Déjà je me suis appesanti sur ces caractères, dans une précédente leçon consacrée à l'étude d'un cas de tumeur de la zone rolandique^
Je vous rappelle qu'à ses débuts, la stase papillairese traduit par un aspect des vaisseaux, qui reflète bien le trouble mécanique de la circulation locale, qu'on désigne sous ce nom : tandis qu'à l'état normal l'artère et la veine centrales, ainsi que leurs grosses branches de division, présentent un calibre à peu de chose près égal, les artères sont maintenant rétrécies, et les veines, gorgées de sang, décrivent un trajet très tortueux. Bref, le rapport normal entre l'épaisseur des artères et des veines du fond de l'œil se trouve rompu à l'avantage de ces dernières. Que voilà bien ce qui arrive, quand, sous l'influence d'une compression mécanique, l'afflux du sang par les artères et son écoulement par les veines se trouvent gênés.
Mais pour peu qu'elle dure, une pareille stase veineuse va se compliquer d'un œdème dans les tissus avoisinants. C'est aussi ce qui arrive, dans les cas de stase papillaire. D'abord l'œdème envahit le pourtour des vaisseaux comprimés, c'està-dire la papille. Celle-ci perd sa transparence, échange sa teinte, d'un blanc rosé, contre une teinte grisâtre qui tranche sur la striation de la zone péripapillaire, et en même temps elle fait saillie sur les parties avoisinantes, en raison de son gonflement. Puis ses limites s'efTacent, par suite de l'extension de l'œdème aux parties avoisinantes de la rétine ; peu à peu l'œdème péripapillaire et l'œdème papillaire se fondent l'un dans l'autre.
Enfin il arrive que les veinules qui parcourent l'aire de la papille participent à la distension des grosses veines centrales. Dans ces conditions, la papille prendra une teinte d'un gris rougeâtre, sur laquelle tranchent les fibres nerveuses les plus superficielles ; son champ est traversé par des stries qui aff'ectent une disposition rayonnée, comme les fibres elles-mêmes.
Ces modifications de la papille traduisent, je vous le répète, une gêne mécanique de la circulation locale, qui entrave à la fois l'afflux du sang dans les artères du fond de l'œil et son