Voir la leçon IV, p
les zones dites muettes parce que les le'sions circonscrites, localisées dans l'aire de ces territoires, peuvent ne pas donner lieu à des manifestations appréciables, et en tout cas ne donnent pas lieu à des manifestations spécitiques. Je vous ai dit aussi, à ce propos, qu'il était rare qu'une tumeur du lobe préfrontal demeurât latente, pour peu qu'elle pénètre dans la profondeur de la pulpe cérébrale. Presque toujours elle occasionnera des désordres psychiques, qui peuvent revêtir des caractères très variables : hypochondrie, mélancolie, manie, démence paralytique, irritabilité, etc. Les observations qui témoignent à l'appui de ce que j'avance abondent. J'en ai communiqué une, pour ma part, à la Société médicale des hôpitaux * ; elle concernait une femme, morte à l'âge de 48 ans, à l'autopsie de laquelle on a trouvé une tumeur dans le lobe frontal droit. Du vivant de cette femme, le néoplasme s'était révélé par de l'affaiblissement intellectuel, de l'amnésie, des alternatives de torpeur et d'excitation.
On est allé plus loin : on a prétendu que les désordres mentaux par lesquels se traduisent les tumeurs du lobe frontal revêtent un cachet particulier, qu'ils impliquent des changements de caractère qui relèvent souvent de la perversion morale, de cet état que les auteurs anglais ont caractérisé sous le nova à^ moral insanity. Une élève du professeur Eichhorst, de Zurich, Léonora \Yelt", avait relevé sept faits de ce genre, il y a une dizaine d'années ; elle était arrivée à cette conclusion que dans tous ces faits, la lésion intéressait la surface orbitaire des circonvolutions frontales et spécialement de la première. Voilà une notion dont il y aura lieu de tenir compte, dans un cas de tumeur du lobe frontal, justiciable de l'intervention opératoire.
D'autre part Jastrowitz a soutenu que seules les tumeurs du lobe frontal donnent lieu à cette variété de démence, que les
•1. F. Raymond. — Sur un cas de démence consécutive à une tumeur du lobe frontal droit. Société médicale des hôpitaux, 24 juin 1892.
2. Leoxora Welt. — Ueber Charakterveraenderungen des Menschen infolge von Laesionen des Stirnhirns. Deii^sc/ies Arc/iiv fur klin. Medicin, 1888, t. XLII^ fasc. 4, p. 334.
auteurs allemands désignent sous le nom de moria, et qui se caractérise par l'association de la débilité mentale à un état d'excitation gaie. A l'époque où il a soutenu cette thèse, il y a de cela près de dix ans, Jastrowitz^ possédait déjà une demidouzaine d'observations qui parlaient en faveur de cette opinion.
Je vous ai dit également, dans une précédente leçon, que Vataxie dite cérébelleuse n'appartenait pas en propre aux tumeurs du cervelet, et qu'on avait observé ce désordre du mouvement, dans des cas de tumeurs des lobes frontaux-. Or il faut que vous sachiez que dans ces conditions l'ataxie peut se montrer indépendamment de tout phénomène de paralysie motrice ; c'est quand la tumeur n'empiète pas sur la zone rolandique. jMême quand elle intéresse les deux lobes psychomoteurs frontaux, une lésion qui désorganise la portion antérieure des hémisphères ne donnera pas lieu à des symptômes de paralysie motrice. Une observation publiée il y a près de vingt ans, par le D'" Baraduc'^ est très démonstrative à cet égard.
Tumeurs de la zone rolandique . — Les tumeurs de la zone rolandique appartiennent à la catégorie des tumeurs cérébrales, qui, dans la très grande majorité des cas, se traduisent par des symptômes de localisation très nets. De plus, ces symptômes peuvent exister seuls, c'est-à-dire sans adjonction de phénomènes qui traduisent une compression diffuse de l'encéphale; toujours ils précèdent les phénomènes de cet ordre. Leur nature peut se déduire en majeure partie de nos connaissances concernant la signification fonctionnelle de la zone rolandique.
Vous vous rappelez, Messieurs, que le territoire cortical auquel on donne le nom de zone rolandique comprend le sillon de Rolando, les deux circonvolutions frontale et pariétale ascendantes qui lui sont contiguës, l'opercule rolandique, à la face convexe des hémisphères, le lobule paracentral, à leur face
1. Jastrowitz. — Beitrâge zur Lokalisation im Grosshirn. Deutsche medicin Wochenschrifi, 1888, n° 6, p. 111.