Mirallié. — De l'aphasie sensorielle. Paris
2. GiRAUDEAU. — Note sur un cas de surdité cérébrale. Revue de me'decine, \882, n° 5, p. 448.
3. Bruns. — Ein neuer Fall von Alexie, etc. Neurologisches Centralblatt, 1894, n"* 1 et 2.
DIAGINOSTIC DES TUMEURS CÉUÉBBALES. 273^
cente du lobe pariétal. On ne trouva pas de traces de la tumeur présumée. Dans l'intervalle qui s'écoula entre l'opération et la mort du sujet, celui-ci présenta d'une façon très nette le phénomène de la surdité verbale. Or l'autopsie fit découvrir, entre autres néoplasmes, une tumeur implantée sur la partiepostérieure des l""*^ et 2'' circonvolutions temporales gauches. Cette tumeur, à en juger par les apparences, devait être de date assez récente. En tout cas elle n'existait point à l'époque 011, dans le cours de l'opération susdite, on avait été à même de faire l'inspection directe de cette région de l'encéphale.
L'observation de Bruns confirme donc l'opinion de Wernicke qui localise dans les deux tiers postérieurs des 1'® et 2" circonvolutions temporales supérieures gauches, le territoire dont la suppression fonctionnelle se traduit par la surdité verbale. C'est là une des localisations corticales les moins contestées.
Vous devinez déjà, par déduction de ce que je vous ai dit de l'aphasie motrice, que chez un cjaucher, une lésion, tumeur ou autre, destructive des circonvolutions temporales, n'engendrera la surdité verbale qu'autant qu'elle siège à droite. Nous connaissons des faits qui démontrent qu'il en est ainsi. Témoin l'observation publiée par Westphal père\ d'un homme qui, de son vivant, avait présenté des symptômes en rapport avec une tumeur cérébrale, mais pas le moindre trouble susceptible d'être rattaché à l'aphasie, et je vous rappelle encore une fois que la surdité verbale est du ressort de l'aphasie de perception. A l'autopsie de cet homme, on a trouvé un gliosarcome qui avait détruit tout le lobe temporal gauche. Ze sujet en question était gaucher. Des faits du même genre ont été publiés par Blanchi -, par Sepilli^
D. Lobe OCCIPITAL. — Le lobe occipital occupe la partie la plus reculée de l'hémisphère; c'est lui qui renferme les centres cor-
1. Westphal. — Ueber einen Fall, etc. Berliner klin. Woclienschrift, 188», n° 49, p. 777.
2. L. BiANCHi. — Di un caso di lesione distruttiva del lobo temporosfenoïdale sinistro, etc. La Psichiatria, 1888, t. VI.
3. Sepilli. — Gontributo aile affesioni dei lobitemporali, etc. Rivista spevimenlaie di freniatrice e di medicina légale, 1892, vol. XVIII, fasc. 3 et 4.
ticaux de la vision. Sa limite antérieure est tout artificielle ; elle est représentée par une ligne parallèle à la scissure perpendiculaire, et qui correspond à une scissure externe, nettement dessinée sur le cerveau du singe. On l'appelle scissure perpendiculaire externe. En haut, en bas et en arrière, le lobe occipital est circonscrit par le bord libre de l'hémisphère. Il se compose de trois circonvolutions dirigées d'avant en arrière, et qui sont, en allant de haut en bas : \d. première, la deuxième et la troisième circonvolutions occipitales.
Tumeurs du lobe occipital gauche. — Considérons d'abord le cas où une tumeur occupe le lobe occipital gauche. Elle pourra occasionner, en fait de manifestation propre, la cécité verbale.
Vous vous rappelez que sous ce nom on englobe des troubles variés de la perception des signes du langage écrit, à savoir : la cécité verbale ordinaire et la cécité verbale pure, qui peuvent se présenter sous la forme de Valexie littérale ou de Valexie verbale, et la cécité verbale psychique. Les personnes frappées de cécité verbale psychique ne déchiffrent plus le sens des mots qu'ils lisent dans une langue qui pourtant leur est familière. Ils distinguent encore les lettres; ils les combinent sans trop de difficulté pour les lire à l'état de mots et de phrases. Mais ces mots et ces phrases ne disent pas davantage à leur intelligence que les mots et les phrases empruntés à une langue qui leur serait inconnue. Bref ils ont perdu la mémoire du sens des signes écrits, de même que les malades frappés de surdité verbale ont perdu la mémoire du sens des paroles appartenant à une langue qu'ils entendaient couramment jusque-là. Il s'agit, somme toute, d'un trouble de l'idéation qui paraît être très rare, et dont nous ignorons la localisation précise. Elle n'est, à vrai dire, qu'une des manifestations de la cécité de l'àme, dont je vous parlerai tout à l'heure.
Dans les cas de cécité verbale proprement dite, les malades ne déchiffrent même plus la signification des lettres [alexie littérale^ ou s'ils reconnaissent les lettres, il leur est, par
contre, devenu impossible de les coordonner pour en faire des mots [alexie verbale). Je vous ai dit que M. Déjerine a distrait la cécité verbale jmre, qui se présente sans troubles concomitants de la parole et de l'écriture, de la cécité verbale ordinaire, accompagnée, elle, de paraphasie et d'agraphie, l'une et l'autre reconnaissant des localisations différentes. '
Tout à l'heure je vous ai dit quelques mots d'une observation publiée par Bruns, et qui constitue un document d'une grande valeur pour la détermination du siège des lésions qui donnent lieu à la surdité verbale. Or, elle n'est pas moins instructive eu égard à la détermination topographique du territoire dont la destruction engendre la cécité verbale. En effet, le sujet de cette observation avait présenté, indépendamment des manifestations communes aux tumeurs intra-crâniennes de n'importe quel siège, — céphalalgie, vomissements, stase papillaire, — de Talexie associée à une hémiopie homonyme droite. L'alexie avait teiiu une place prépondérante dans le tableau symptomatique, pendant toute une première phase de l'évolution morbide, jusqu'à l'époque oii fut tentée une intervention opératoire. Vous vous rappelez que postérieurement à cette opération se développa de la surdité verbale, et qu'à l'autopsie du sujet on trouva un néoplasme intéressant la partie postérieure des deux premières circonvolutions temporales gauches, dont il n'existait aucune trace au moment de la mise à nu de toute la partie postérieure de l'hémisphère correspondant. Eh bien, indépendamment de cette tumeur, il en existait une autre, dans le lobe occipital; elle avait été diagnostiquée du vivant du sujet, en considération de la cécité verbale. La constatation d'une hémianopsie homonyme ne pouvait que corroborer l'hypothèse d'une tumeur du lobe occipital, ainsi que je vais vous l'expliquer dans un instant.
Soit dit en passant, on a pu localiser entre des limites très étroites le territoire dont la désorganisation entraîne la cécité verbale ordinaire, celle qui s'accompagne d'autres troubles du langage. On lui a assigné comme siège la partie antérieure de la deuxième circonvolution occipitale, et la portion adjacente de la circonvolution pariétale inférieure (fig. 62), connue sous le nom de pli courbe {gyriis angularis). On a même prétendu localiser dans ce dernier territoire le centre cortical dont la destruction
276 CLIiMQUE DES MALADIES DU SYSTÈ3IE NERVEUX,
FiG. 62
FiG. 63.
entraîne Falexie simple. Celte localisation a été reconnue comme trop exclusive. Il semble démontré que pour donner lieu à l'alexie verbale ou cécité verbale ordinaire, une lésion circonscrite, telle qu'une tumeur, doit occuper le territoire commun au lobule pariétal inférieur et à la deuxième circonvolution occipitale, et désorganiser simultanément la substance corticale et la substance blanche sous-jacente.
Quaniklacécité verbale pure, d'après M. Déjerine, elle dépend d'une lésion destructive des lèvres de la scissure calcarine, des lobules lingual et fusiforme, et des faisceaux qui partent de ces mêmes territoires (fig. 63).
Tum eur de l'un quelconque des deux lobes occipitaux. — Jusqu'alors j'ai envisagé exclusivement le cas d'une lésion de l'hémisphère gauche (chez un droitier). Or qu'une tumeur ou toute autre lésion désorganise l'écorce grise et la substance blanche sous-jacente, dans une certaine étendue du lobe occipital, que ce soit dans V hémis'phère droit ou dans l'hémisphère gauche, et il en résultera ce trouble de la vision, connu sous le nom à.' hétnianopsie , d' hé?7iiopie . L'hémianopsie consiste en ceci que la perception est abolie dans une moitié environ du champ visuel de chaque œil. Elle est dite homomjme lorsqu'elle porte sur les deux moitiés droites ou sur les deux moitiés gauches du champ visuel des deux yeux. Elle est qualifiée de croisée, dans le cas contraire, lorsque des deux côtés elle embrasse la moitié temporale ou la moitié nasale du champ visuel.
Eh bien, Messieurs, l'hémianopsie qui est en rapport avec une tumeur du lobe occipital est toujours une hémianopsie homonyme; toujours elle intéresse les deux moitiés droites ou les deux moitiés gauches du champ visuel : les deux moitiés droites, dans un cas de lésion de l'hémisphère gauche ; les deux moitiés gauches, dans un cas de lésion de l'hémisphère droit.
Je me hâte d'ajouter que la réciproque n'est pas vraie, qu'une hémianopsie peut être homonyme, sans pour cela dépendre d'une lésion corticale ou sous-corticale.
Quoi qu'il en soit, les connaissances que nous possédons sur le groupement des fibres des nerfs optiques, dans leur parcours depuis la rétine jusqu'à Técorce du lobe occipital, nous expliquent très bien le caractère homonyme de l'hémianopsie en rapport avec une tumeur du lobe en question. En effet, j'ai déjà eu l'occasion de vous dire^ que l'entre-croisement des fibres des deux nerfs optiques, qui se fait au niveau du chiasma, est incomplet. Un& partie seulement des fibres de chaque nerf optique subissent la décussation, ce sont celles qui proviennent de la portion nasale de la rétine et qui transmettentles impressions (N. N., fig. 64) venues de la moitié teiwporale du champ visuel ; de sorte que, au delà du chiasma et jusque dans l'écorce du lobe occipital qui est son lieu d'aboutissement, la voie optique comprend à la fois les fibres qui viennent de la moitié temporale de la rétine de l'œil du côté correspondant, et celles qui émanent de la moitié nasale de la rétine de l'œil du côté opposé (fig. 64). Par suite, une interruption de la voie optique dans le lobe occipital droit aura pour conséquence une abolition de la perception dans la moitié temporale du champ visuel gauche, et dans la moitié nasale du champ visuel à droite [hémiaiiopsie gauche).
Demandons-nous maintenant quelles sont les régions du lobe occipital, dont la' désorganisation, par une tumeur ou toute autre lésion, entraîne l'hémianopsie homonyme. Là-dessus les auteurs sont loin d'être d'accord. D'après Henschen, qui a étudié cette question avec beaucoup de soin, dans les cas d'hémianopsie homonyme persistante, d'origine corticale, la lésion intéresse toujours l'écorce grise de la scissure calcarine, principalement dans ses deux tiers antérieurs; tous les autres territoires du lobe occipital peuvent être lésés, sans que l'hémianopsie homonyme s'ensuive. La zone en question correspondrait donc au centre de la perception visuelle. Mais d'autres auteurs ont plus ou moins étendu les limites de la zone en question.