‹ Leçons sur les maladies du système nerveuxChapitre 35 sur 100 · Voir la leçon VU, p · texte numérisé non relu

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FiG. 64.

G. corps genouillé. — P. putamen. — Ta. tubercule quadrij umeau antérieur. — RO. radiations optiques.

Enfin von Monakow, qui me paraît être dans le vrai, est d'avis que pour engendrer une hémianopsie homonyme, une lésion limitée à Vécorce grise devrait embrasser la totalité du lobe occipital et même davantage, étant donné que la sphère visuelle corticale embrasse vraisemblablement toute Taire du lobe occipital et empiète sur la partie contiguë du lobe pariétal. Au contraire un foyer circonscrit, s'il empiète sur la substance blanche sous-jacente, produira une hémianopsie homonyme, pour peu qu'il entame le faisceau optique intra-cérébral (radiations optiques de Gratiolet).

S'il en est ainsi, une lésion circonscrite du lobe occipital n'engendrera l'hémianopsie qu'autant qu'elle retentit sur le faisceau optique intra-cérébral, en déterminant sa suppression fonctionnelle, directement ou par l'intermédiaire des vaisseaux. C'est surtout lorsqu'une lésion en foyer siège au niveau de la circonvolution calcarine, qu'elle peut facilement produire ce résultat ; mais la chose est possible avec des lésions circonscrites intéressant tout autre territoire du lobe occipital et même la portion avoisinante du lobe pariétal. Il suffit pour cela que le foyer ait gagné en profondeur et qu'il ait supprimé, par un mécanisme ou un autre, le fonctionnement des radiations optiques.

Vous retiendrez donc que dans un cas de tumeur cérébrale présumée, la constatation d'une hémianopsie homonyme dénote que, selon toute vraisemblance, la tumeur occupe le lobe occipital ou la partie adjacente du lobe pariétal, et qu'elle a, sinon envahi la substance sous-corticale (partie rayonnante de la voie optique intra-cérébrale) pour la désorganiser, du moins déterminé sa suppression fonctionnelle.

Vous retiendrez que dans un cas de tumeur de l'hémisphère gauche (chez un ^droitier), l'association de l'hémianopsie à la cécité verbale plaide encore en faveur de cette même localisation (lobe occipital et portion avoisinante du lobe pariétal).

Qu'arrive-t-il lorsque la lésion qui engendre l'hémianopsie homonyme est bilatérale?

En ce cas, il faut s'attendre à ce que, des deux côtés, le champ visuel soit aboli dans toute son étendue, à ce qu'il se développe une cécité complète ou incomplète (amblyopie), d'origine corticale.

Effectivement, on connaît aujourd'hui un assez grand nombre de faits qui démontrent qu'une double lésion en foyer, intéressant les deux lobes occipitaux, en des points que je préciserai tout à l'heure, engendre une diminution considérable de l'acuité visuelle par défaut de perception centrale. On a

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donné à cette amblyopie le nom de cécité corticale. Détail à noter, dans cette forme d'amblyopie, la vision centrale est toujours conservée, à en juger par les faits connus. En d'autre termes, il semble que la lésion bilatérale qui engendre la cécité corticale ne touche pas aux fibres qui relient la portion centrale du champ visuel [macula lutea) aux centres corticaux (fig. 64).

Eu égard à la localisation des lésions qui engendrent la cécité corticale, les autopsies qu'on a eu l'occasion de faire jusqu'à ce jour, chez des sujets qui avaient réalisé ce genre de troubles de la perception visuelle, ont fourni des résultats concordants sur le point que voici : toujours les lésions avaient désorganisé, en des points symétriques, la substance corticale de la scissure calcarine et du coin (fig. 63), c'est-à-dire du terri-

toire de la face interne du lobe occipital, comprise entre la scissure susdite et la scissure occipito-pariétale.

A vrai dire, la cécité corticale existait rarement à l'état de parfaite pureté, à l'état de simple trouble de la perception visuelle. Le plus souvent il s'y associait des troubles de l'appréciation qualitative des sensations visuelles, sur la nature et la significalion desquels je désire m'expliquer sommairement.

Une personne ne voit plus distinctement les objets placés dans son champ visuel, uniquement parce que les centres corticaux où viennent aboutir les fibres nerveuses issues des deux rétines sont partiellement détruits. Les communications entre les rétines et la sphère visuelle de l'écorce subsistent encore, mais dans une proportion tout à fait insuffisante. La perception visuelle est réduite à un minimum. Il y a cécité corticale, et la cécité corticale sera pure, si la sphère visuelle reste en communication avec les autres centres corticaux, si les fibres d'association qui la relient aux autres territoires corticaux ne sont pas lésées dans une mesure bien manifeste. Dans ces conditions, le plus ou moins de sensations visuelles qui sont encore perçues seront appréciées qualitativement avec exactitude.

Supposez maintenant que les fibres d'association, dont je viens de vous parler, soient interrompues sur une étendue tant soit peu considérable. Il en résultera que les sensations visuelles qui tombent encore sous le coup de la perception ne seront plus appréciées à leur juste valeur, ne seront plus différenciées les unes des autres, n'éveilleront plus les idées de souvenir qu'elles évoquaient jusque-là. Ainsi s'établira un trouble de l'idéation, par suite duquel le sujet sera devenu incapable de distinguer des objets visuels, de reconnaître des personnes avec lesquelles il se trouvait en relations journalières. C'est là le propre de ce qu'on est convenu d'appeler la cécité de lame. Je crois vous avoir pénétrés de la différence qui existe entre ce trouble de ïidéation et la cécité corticale, qui est essentiellement un trouble de la 'perception.

N'allez pas croire que dans la réalité des choses il soit toujours facile d'opposer ces deux états l'un à l'autre. C'est tout l'inverse, en ce sens que d'ordinaire la cécité corticale, véritable amblyopie centrale, s'accompagne de troubles plus ou moins prononcés de l'idéation, qui ressortissent à la cécité de l'àme; inversement, cette dernière se complique habituellement d'une diminution plus ou moins considérable de l'acuité visuelle. Sachez aussi que la cécité de l'âme est susceptible de degrés très divers et de variantes nombreuses. Si vous voulez vous faire une idée nette de son expression symptomatique, dans les cas où elle parvient à son plein développement, je vous conseille de lire une leçon que Charcot a consacrée jadis, dans cet amphithéâtre', à un très curieux exemple de cécité de l'âme, de ce que mon illustre prédécesseur appelait la />er/e de la vision mentale des objets.

Est-il nécessaire d'ajouter, après les explications dans lesquelles je suis entré, que la cécité verbale, dont je vous entretenais tout à l'heure, n'est qu'une modalité, un fragment, de la cécité de l'âme?

Pour ce qui concerne la topographie des lésions qui donnent lieu à la cécité de l'âme, vous avez déjà dû entrevoir qu'elles doivent avoir un siège sous-cortical, qu'elles doivent intéresser les fibres d'association qui relient la sphère visuelle aux autres centres corticaux; en d'autres termes, ces lésions ont pour siège habituel la substance blanche du lobe occipito-pariétal.

Tianeurs situées à la lijnite commune du lobe occipital et du lobe temporal gauches. — Tout à l'heure, en vous parlant de la cécité verbale ordinaire, je vous disais que le territoire, dont la lésion entraine ce genre d'aphasie de perception, avait été localisé dans la partie antérieure de la deuxième circonvolution occipitale gauche et dans la partie contiguë (pli courbe) de la circonvolution pariétale inférieure.

Quand une tumeur siège un peu plus bas, dans le lobe occi-

1. J.-M. Charcot. — Leçons sur les maladies du système nerveux, t. III, XIII" leçon.

CLINIOUE DES MALADIES DU SYSTÈME AERVEUX.

pital gauche, et qu'elle empiète sur la partie adjacente du lobe temporal, elle peut donner lieu à un trouble aphasique, connu SOUS le nom à'aphasie optique. 11 consiste dans la perte de la faculté de nommer les objets, dont, au surplus, la perception visuelle subsiste intacte : le sujet frappé d'aphasie optique voit et reconnaît les objets qu'on place devant lui, mais il est incapable de dire leur nom. 11 en est réduit à les désigner par des circonlocutions plus ou moins expressives. En somme, ce

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trouble du langage consiste essentiellement dans la perte du souvenir des substantifs.

Tout à l'heure, je vous citais une observation de Bruns, relative à un homme qui avait été frappé successivement, à quelques mois de distance, de cécité verbale et de surdité verbale. Je vous ai dit qu'à l'autopsie de cet homme, on a trouvé une tumeur déjà ancienne, logée dans le lobe occipital gauche, et une autre, de date récente, qui intéressait la partie postérieure des deux circonvolutions temporales gauches. La seconde de ces deux tumeurs, vous disais-je, devait rendre compte de la surdité verbale, et la première pouvait être considérée comme ayant donné lieu à la cécité verbale. Eh bien, Messieurs,

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