Leçon du 8 janvier
SCLÉROSE LATÉRALE A M Y OT ROP HIQLE. 469
son évolution progressive, et nous avons des raisons sérieuses de craindre un dénouement fatal à brève échéance ; dans l'autre, la maladie est moins avancée ; confinée d'abord dans le bulbe, elle vient seulement d'envahir la moelle, à en juger d'après l'évolution clinique.
Ces deux cas vont me fournir l'occasion de discuter les relations respectives de la paralf/sie glosso-labio-laryrujèe, de la sclérose latérale amyotruphique et de V atrophie musculaire progressive du type Aran-Duchenne, question très controversée. Mais je vais d'abord vous mettre au courant des deux faits cliniques qui serviront de point de départ et de base à cette discussion doctrinale. Ils sont déjà très intéressants par eux-mêmes et chacun pour soi; de plus, ils se complètent en quelque sorte, et ils vont vous mettre en présence de deux périodes différentes d'une maladie dont nous devons la connaissance aux recherches de mon illustre prédécesseur. Vous allez donc être à même de bien vous graver dans l'esprit la manière dont cette maladie évolue, quand elle débute par le bulbe.
Premier exemple clinique. — Voici notre première malade; chez elle, l'affection en cause est déjà parvenue à une période avancée. Vous l'avez vue couchée au lit n*» 2 de notre salle Cruveilhier. C'est une nommée C..., âgée de 53 ans. Elle exerçait autrefois la profession de domestique.
Son père est mort à un âge très avancé, de vieillesse, sans avoir eu de maladie bien définie. La mère vit encore; elle est âgé de 76 ans et elle a toujours été en bonne santé. Elle a donné le jour à vingt enfants ; neuf sont morts, dont une fille emportée par la tuberculose, et qui était épileptique depuis l'adolescence. Les frères et sœurs de C..., qui vivent encore, sont tous bien portants.
C... était d'un caractère irascible et d'une intelligence moyenne; elle ne sait ni lire ni écrire, parce qu'on ne s'est pas donné la peine de le lui apprendre. Jusqu'à il y a trois ans, sa vie s'est écoulée monotone et sans incidents pathologiques. J'ajoute que C... affirme très catégoriquement n'avoir jamais , fait d'excès de boissons alcooliques.
Elle ne présente aucune trace d'une infection syphilitique antécédente. Il y a trois ans, elle a eu à subir un choc moral qui paraît avoir joué un rôle décisif dans l'éclosion de la maladie actuelle. S'abandonnant à une confiance aveugle. G... prêta toute ses économies à une personne qui disparut sans plus jamais donner de ses nouvelles.
Elle se trouva donc frustrée du petit avoir qu'elle avait eu tant de peine à ramasser. Elle en éprouva un chagrin énorme, cela se conçoit. Elle tomba dans la tristesse, elle ne s'arrêta plus de pleurer. Elle se voyait perdue, sans ressources pour ses vieux jours. Pendant cette sombre phase de son existence, elle contracta une angine, qui paraît avoir été assez sérieuse, mais qui ne laissa pas de suites immédiates, notamment pas de paralysie.
Le début de la maladie actuelle remonte au mois de septembre 1895. A cette époque, on s'est aperçu que G... prononçait difficilement certains mots, qu'elle manifestait de l'hésitation pour articuler certaines syllabes. En outre, elle se plaignait d'un abattement général. L'embarras de la parole alla en s'accentuant. Bientôt, il s'y associa de la gêne de la mastication, puis de la gêne de la déglutition. Ges troubles bulbaires ne firent que progresser; toutefois, leur évolution progressive a été traversée par des temps d'arrêt.
Au mois de juin 1896, par conséquent neuf mois après l'apparition des accidents bulbaires, le bras droit a été envahi par une sorte de lourdeur, qui s'accompagnait d'une gêne des mouvements. Trois mois après, le bras gauche s'est pris de la même façon.
Au mois de juillet dernier, C... a été prise de fièvre, de courbature, d'un malaise général, tout cela préludant à une éruption de rougeole. Gette poussée intercurrente a duré une quinzaine de jours; elle a en quelque sorte donné un coup de fouet à la maladie chronique dont je vous ai esquissé en gros traits la marche jusqu'à l'entrée de la malade à la Salpê- Irière.