SCLÉROSE LATÉRALE AM YOTROP H IQUE
à déglutir les aliments qu'au prix de certains efforts, toutefois, ni les liquides ni les solides ne refluaient par le nez. Il y a trois mois, il s'est mis à grincer des dents, la nuit. Ces grincements étaient si bruyants que la femme du malade en était incommodée.
Les phénomènes que je viens de vous signaler sont allés en s'aggravant, en raison de quoi C... est venu réclamer son admission dans le service, à la fin du mois de novembre dernier. Son état est encore tel qu'il était à cette date.
Vous voyez devant vous un homme de petite taille, mais qui a toutes les apparences d'une bonne santé. Le fait est que toutes les fonctions viscérales s'eff"ectuent chez lui de façon normale. Que si vous examinez attentivement sa figure (fig. 90), vous serez frappés de ce que la partie inférieure du visage est manifestement moins expressive que la partie supérieure. C'est que les yeux, les paupières, les téguments du front ont conservé toute leur mobilité. Au contraire, les lèvres et les parties avoisinantes de la face sont comme immobilisées ; là, toute mimique est abolie. Le contraste entre les parties supérieure et inférieure du visage s'accentue surtout quand on incite le malade à rire. A ce moment, vous pouvez vous en convaincre de visu, les muscles masséters sont agités par des tremblements fibrillaires presque incessants. Rien de semblable ne s'observe au niveau des lèvres et du menton; il est vrai qu'une barbe assez touffue gêne l'examen de ces parties.
Le malade, vous disais-je, ne peut pas siffler; par contre, il peut encore souffler avec assez de force ; il peut faire la moue presque correctement. Bref^ il existe un certain degré de paralysie des lèvres, mais cette paralysie est incomplète. Remarquez encore que la lèvre supérieure est amincie. Le malade propulse assez bien sa langue en avant ; il amène la pointe de l'organe jusqu'à 1 centimètre au-devant du rebord labial. La langue est bien effilée; elle est manifestement atrophiée, ainsi que vous pouvez vous en rendre compte. Vous voyez que, de plus, sa surface est agitée par des contractions fibrillaires. Si le mouvement de propulsion d'arrière en avant est bien conservé, il
in'en est plus de même des mouvements de latéralité, qui sont presque nuls. De même, le malade porte très difficilement sa langue au contact du palais; il ne peut la creuser en gout- -tière. Donc, pour la langue comme pour les lèvres, nous con-
FiG. 90.
-statons une paralysie manifeste, mais une paralysie incomplète. On constate aussi une parésie bien nette du voile du palais. Il semble qu'il y ait un certain degré d'hyperesthésie du pharynx. Toutefois, le réflexe pharyngé s'exécute d'une façon normale.
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Le malade a un timbre de voix un peu nasonné. On comprend bien tout ce qu'il dit; n'empêche que sa parole est embarrassée, par suite de la difficulté qu'il éprouve à prononcer certaines lettres. Cette difficulté est grande surtout pour la. prononciation du ch.
Quand C... mange, les aliments séjournent très longtempsdans sa bouche. Sa langue ne les balaye plus, si je puis m'exprimer ainsi; il est obligé d'intervenir avec le doigt pour les détacher des parois de la bouche. Je vous ai dit que les liquides n'étaient pas régurgités par le nez. Toutefois, quand le malade boit, de temps en temps il est pris de quintes de toux.
Les mouvements de diduction de la mâchoire inférieure sont presque entièrement abolis. Le réflexe massétérin est très manifestement exagéré.
L'examen électrique des muscles parésiés a fait constater une légère diminution de l'excitabilité électrique des muscles de la langue ; aux membres supérieurs, on a noté également un certain degré de diminution de l'excitabilité électrique des interosseux, avec quelques modifications qualitatives, d'une signification douteuse, mais qui peuvent cependant être interprétées dans le sens d'une R. D. commençante.
L'examen du pouls accuse une tachycardie persistante,, très prononcée. Le pouls bat 108 à la minute; or, l'examen le plus minutieux du cœur ne nous a fait découvrir quoi que ce soit d'anormal. Toutes les présomptions existent donc en faveur d'une participation du noyau du nerf vague au processus morbide dont vous avez déjà deviné le siège et la nature .
Voila ce que révèle l'examen des organes innervés par le bulbe. Je me hâte d'ajouter que cet homme ne présente aucune trace de désordres cérébraux.
Enfin, l'examen des membres supérieurs nous a fait découvrir des indices de parésie et de manifestations spasmodiques : au dynamomètre, la pression de la main gauche donne 33, et la pression de la main droite seulement 30. Or, le malade est droitier; il présente donc un commencement de parésie très, manifeste du membre supérieur droit. En outre, ila les réflexes tendineux exagérés aux membres sujiérieurs , principalement aux coudes. Enfin, les muscles de ces membres, comme aussi ceux,
du tronc, sont agités par des contractions fihrillaires , ainsi que vous pouvez vous en assurer.
Le malade éprouve un peu de gène à marcher; cette gêne se traduit par une diminution de la longueur du pas, c'est tout. Les reliefs des muscles sont bien conservés. On ne constate pas de mouvements fibrillaires à leur niveau.
Les réflexes rotuliens ne sont pas empreints d'une exagéraration bien manifeste. Le redressement brusque du pied ne développe pas de trépidation épileptoïde.
Partout, enfin, la sensibilité est normale.