SUR VS CAS DE NÉVRITE A PO PLE CTIFO RME
parler de la nevriVe dite apoplecti forme. Je pense vous convaincre qu'il n'y a aucune raison plausible de distinguer, sous ce nom, une forme spéciale de névrite, à en juger par les exemples connus de névrite, qu'on a qualifiés de la sorte. Aussi bien, la qualification d'apoplectiforme a été employée dans des sens très différents, par ceux qui l'ont appliquée à des cas de névrite; elle prête donc à confusion, et elle ne répond à aucune nécessité nosologique. Voilà ce que je me propose de vous démontrer.
Le malade dont le cas va servir de point de départ à ma démonstration est un nommé Louis L..., âgé de 49 ans, il occupe le lit n° 13 de notre salle Bouvier.
Son père est mort à l'âge de 79 ans; il était asthmatique. Sa mère, qui était d'une bonne santé habituelle, est morte à l'âge de 64 ans, d'une maladie sur la nature de laquelle il ne nous a pas été possible de nous renseigner. Les frères et sœurs du malade sont tous bien portants. En somme, les antécédents héréditaires pathologiques du malade ne nous apprennent rien qui mérite d'être relevé.
L... ne se rappelle pas avoir été malade, pendant son enfance et son adolescence. A l'âge de 18 ans, il s'est engagé dans un régiment de pontonniers. Il a été ainsi exposé à passer des nuits entières dans l'eau. Gela se passait pendant l'hiver de l'année 1865-1866. 11 a contracté des douleurs dans la partie supéro-externe de la jambe gauche. 11 se rappelle qu'il souffrait davantage, quand il se tenait debout et quand sa jambe subissait une pression. Au contraire, les douleurs diminuaient sous l'influence du repos au lit; pendant la marche, elles disparaissaient complètement. Les choses ont duré de la sorte, pendant six mois, puis, brusquement, les douleurs ont disparu, sans laisser à leur suite la moindre gêne des mouvements.
En 1868, cet homme a été détaché en Afrique; là il a contracté une variole, dont il porte encore des traces sur la figure, et qui l'a retenu trois mois à l'infirmerie. Pendant toute la durée de son service militaire, L..., à ce qu'il prétend, est resté sobre. Il s'est marié en 1874; une année après son mariage, il a eu un enfant, qui est bien portant.
En 1883, le malade est venu à Paris ; il s'est fait charretier. A partir de là, il a commis des excès alcooliques relatifs; il buvait la goutte le matin, et de 1 litre et demi à 2 litres de vin dans le courant de la journée, quelquefois aussi des absinthes. Cela ne l'a pas empêché de rester bien portant jusqu'en 1894.
A cette époque, le malade a été pris de douleurs sur le trajet du sciatique gauche. Elles descendaient jusqu'au talon, le long de la partie postéro-externe de la jambe; elles étaient exaspérées par une pression exercée à leur niveau. Le malade prétend que le médecin, en l'examinant , aurait constaté chez lui l'existence du signe de Lasègue; c'est du moins ce qu'il croit avoir compris. Je vous rappelle. Messieurs, que par ces mots on entend la douleur que provoque le soulèvement du membre inférieur maintenu en extension; cette manœuvre a pour effet de soumettre le nerf sciatique à une véritable élongation.
Au bout de six semaines, cette névralgie sciatique s'est dissipée, sans laisser à sa suite la moindre gène fonctionnelle.
Au mois de novembre 1895, le malade était en train d'enlever la clef d'un tombereau; il avait posé le pied droit sur un tas de charbon, d'un demi-mètre de hauteur, et il s'appuyait légèrement sur la jambe gauche. Pendant qu'il était dans cette attitude, il est tombé brusquement sur le côté gauche, parce que sa jambe s'est dérobée sous lui; en même temps il a ressenti une violente douleur le long de cette jambe. 11 lui a été impossible de se relever, et on a dû le transporter chez lui. Pendant les quatre ou cinq jours qu'il a dû garder le lit, il ne sentait plus sa jambe gauche, il ne pouvait plus remuer le pied. Il a essayé ensuite de reprendre son travail, mais il a dû y renoncer, en raison de la faiblesse de sa jambe malade qui, de plus, était engourdie; quand il marchait, son pied gauche avait de la tendance à tourner en dedans.
Après un séjour de trois semaines à l'hôpital Cochin, dans le service de M. Gilles de la Tourette, le malade est entré à la Salpêtrière. Yoici l'état actuel qu'on a relevé, dans les premiers jours du mois de janvier 1896.