‹ Leçons sur les maladies du système nerveux v. 1, 1877Chapitre 45 sur 162 · DÉCUBITUS AIGU DE CAUSE SPINALE · texte numérisé non relu

DÉCUBITUS AIGU DE CAUSE SPINALE

le cas, par exemple, où une moitié latérale de la moelle est seule inf> et ftlors < Vst fréquemment sur le cÙU du

corps oppose à la lésion spinnie ijue siège la lésion cota

L'influence des attitudes joue ici un rôle important. Ainsi, il est habituel, lorsque les malades sont, pendant une partie du jour, phir 's Je luron à reposer sur le côté, de voir, en outre de Teschare sacrée, de vastes ulcérations nécrosiques se développer aux régions trochantêriennes. Il est

Plç. 4. — Etekare de îa région sacrée dans un cas da myélite partielle siégeant à U région dortatê de ta mceUe èpiiiière.-* a, Partie mortifiée;— b t Zone érythémateuM.

assez commun d'ailleurs — contrairement à ce qui s'observe dans les cas de lésions cérébrales — que les divers points des membres paralysés qui sont exposés à subir une pression même très-légère et de courte durée, — les malléoles, par exemple, les talons, la face interne des genoux — offrent les lésions qui caractérisent le décubitus,

MYÉLITES TRAUMATIQUES. 97

aigu. Les eschares peuvent se montrer encore, à la vérité très-rarement, au niveau de la pointe des omoplates, ou sur les régions olécrâniennes (1).

D'une manière très-générale, on peut dire que les lésions spinales qui produisent le décubitus aigu sont aussi celles qui donnent naissance à l'atrophie musculaire rapide et aux autres troubles du même ordre. Le développement à peu près simultané de ces diverses affections consécutives rend vraisemblable, déjà, qu'elles reconnaissent toutes une origine commune. Il importe de remarquer, toutefois, que cette règle est loin d'être absolue. En effet, certaines affections spinales ont pour caractère que toujours l'atrophie rapide des muscles se développe sans accompagnement d'eschares, et il en est d'autres, par contre, où l'eschare peut se produire sans que la nutrition des muscles, dans les membres paralysés, se montre affectée.C'est même là un fait fort intéressant au point de vue de la physiologie pathologique et que nous aurons soin de faire ressortir (Fig. 4).

a) Nous mentionnerons en premier lieu les lésions traumatiques de la moelle épinière, celles, en particulier, qui résultent de fractures ou de luxations de la colonne vertébrale. De nombreux faits de ce genre rapportés par Bright (2), Brodie (3), Jeffreys (4), Ollivier d'Angers (5). Laugier (6), Gurlt (1) et quelques autres (8), montrent avec

(1) W. Clapp. — Provinc. med. and Sur g. Journ., 1851, p. 322 et Gurïl, loc. cit., p. 110, n°76.

(2) R. Bright. — Reports of médical Cases, t. II, pp. 380, 432. London, 1821 .

(3) B. Brodie. — Medic. chir. Transact., p. 148, t. Il, 1836.

(4) Jeffreys. — Cases of fracture d spine in London medic. and snrgical Journal. July, 1826.

(5) Ollivier (d'Angers), loc. cit., t. I.

(6; S. Laugier. — Des lésions traumatiques de la moelle épinière. Thèse de concours. Paris, 1848.

(7) E. Gurlt. — Handb. der Lehrevon den Knochenbrflcken, 2 Th. 1. Lie fer. Hamm.,1864.

(8) Voy., sur ce sujet, un chapitre intéressant dans l'ouvrage de M. Samuel loc. cit., p. 230.

Charcot, t. i, 3° éd. 7

98 MYÉLITES TRAUMÀTIQUES.

quelle rapidité les eschares sacrées peuvent se produire en pareil cas. Afin 4e bien fixer vos idées à cet 0gard, je tous demanderai la permission de rappeler brièvement quelques- HBS de ççs faits.

Dans un pas rapporté par le docteur Wood, de New- York (1), il s'agit d'une fracture du corps de la septième vertèbre cervicale, surveuue à la suite d'une chute dans un escalier : la mort eut lieji quatre jours après; l'apcident. Dès le thuxièmejour, il existait de la rougeur à la région sacrée, et une bulle s'était formée au niveaq $vl çpcçyx. Il y eut 4e VUématurie le troisième jour. — Une chute d'u© }ieu élevé détermina une diastase complète des sixième et septième vertèbres cervicales ; la mort survint soixante heures après 1$ chute, et déjà, à cette époque, il exilât un décubitus très-prononcé. Le fait appartient au 49 C *P9F Bùchuer, de Danrçstadt (2). — Un 4es cas de Jpffreys est relatif à une fracture de la quatrième vertèbre dorsale ; une eschare confirmée occupait la région sacrée, dès le quatrième jour. — L'eschare survint trois jours après l'accident, chez uu individu dont Ollivier (d'Anger$) a rapporté l'histoire, d'après Guersant, et qui avait reçx\ une halle dans le corps de la huitième vertèbre dorçaje.

Un second cas de Jeffreys esj: particulièrement dignp d'intérêt: Le malade était tombé d'une échelle de vingt-cinq pieds de haut. A l'autopsie, on trouva le corps des septième et huitième dorsales brisé en plusieurs pièces et ayant éprouvé un grand déplacement. Le jour de la chute, la peau était froide, le pouls à peine perceptible. Toutes les parties au-dessus de la fracture étaient privées de la sensibilité et du mouvement. Le lendemain, érections conti-

(1) Gurlt, loc . cit. Tableau n° 97.

(2) Gurlt, id. n° 8C.

MYÉLITES TRAUMÀTIQUES. 99

nubiles ; « il survint des phlyctènes à la région du sacrum , » et, ce même jour, « le malade recouvra sa sensibilité. ' » Je signale ce dernier trait à votre attention, parce que plusieurs ^tuteurs ont voulu — bien à tort, vous lq voyez, — tërire joupr à l'anesthésie un rôle important dans la pathpr génie du décubitus aigu de cause spinale. La persistance de la sensibilité dans les parties situées au-dessous de la lésion se trouve, d'ailleurs, signalée encore, d'une façon plus ou moins explicite, dans un cas de Colliny (1), relatif à une fracture de la septième vertèbre cervicale et où Teschare sg manifesta le quatrième jour, ainsi que dans un fait d'Olliyier (d'Angers) (2), concernant une fracture de la douzième dorsale. L'eschare, dans ce dernier cas, fut constatée le treizième jour.

H esft inutjle de multiplier ces exemples, car tQus les chirurgiens s'accordent à reconnaître que la formation rapide d'eschares est un des phénomènes Jes plus communs à la suite des lésions spinales résultant des fractures avec déplacement des vertèbres. Suivant Gurlt, dont l'opinion h cet égard est fondée sur l'étude d'un très-grand nombre d'observations (3), c'est du quatrième au cinquième jour après l'accident que commencent à apparaître le plus fréquemment les premiers signes du décubitus aigu ; mais ils peuvent, nous venons de le voir, se manifester beaucoup plus tqt, dès le deuxième jour et même plus tôt encore. Il semble — et c'est une remarque déjà faite par Brodie — que la production des eschares soit d'autant plus hâtive que )n lésion traumatiqne porte sur un point plus élevé de la moelle. D'un autre côté, il résulterait d'une statistique de J. Ashhurst, que les troubles de nutrition deviennent

If) Cité par QUivier (d'Angers), loc. cit.

î) La sensibilité était également conservée dans le cas du docteur Bûchner, cité plus haut; et où l'escbare se produisit avant la fin du troisième jour. (3) Voir Gurlt, loc. cit., p. 94, analyse de 270 cas.

'.00 MYÉLITES TRAUMATIQUES.

plus fréquents à mesure que la blessure descend plus bas. Ainsi, d'après cet auteur, les eschares n'ont été notées que trois fois à la suite des lésions de la région cervicale (1/41 p. 100), 12 fois (9,23 p. 100) pour la région dorsale, tandis que pour la région lombaire la proportion s'est élevée à 12/100 fï cas) (1).

Le priapisme, les convulsions cloniques plus ou moins intenses, survenant dans les membres paralysés, soit spontanément, soit en conséquence de provocations, les convulsions toniques se montrant par accès ; tous ces symptômes, qui révèlent habituellement un état d'irritation de la moelle épinière ou des méninges, se trouvent plusieurs fois mentionnés parmi ceux qui, dans les fractures de la colonne vertébrale, précèdent, accompagnent ou suivent de près la formation précoce des eschares.

En pareil cas, ainsi que nous l'avons vu, l'anesthésie des parties paralysées du mouvement n'est pas un fait constant, et quant à l'élévation remarquable de la température, dont les parties deviennent quelquefois le siège en conséquence de la paralysie vaso-motrice (2), on ne saurait décider, quant à présent, si elle est alors présente, l'attention des observateurs ne s'étant pas portée sur ce point particulier. Nous signalerons, au contraire, comme un symptôme qui se manifeste fréquemment dans le temps môme où se produit le décubitus aigu, l'émission d'urines sanguinolentes, alcalines et mêmes purulentes ; c'est un fait sur lequel nous aurons plus tard l'occasion de revenir.

(1) J. Ashhurst. — Injuries ofthe Spine tvith an Analyste of nearly four Kundred Cases. Philadelphie, 1867.

(2) Dans un cas de fracture de la colonne vertébrale, à la région dorsale, observé par J. Hutchinson, dès le second jour après l'accident, la température prise aux deux pieds, au niveau de la malléole interne, s'élevait au-delà de 38° c. A l'état normal, d'après les observations faites à London Hospital, par le docteur Woodman, le thermomètre placé entre les deux premiers orteils donne en moyenne, 27°, 0, le maximum étant 34°, 5 et le minimum 21°,5. — Voir J. Hutchinson. — On Fractures of the Spine, in London Hospital Reports, t. III, 1866, p. 363. Voir aussi H. W eber et Gull. In The Lancet, janv. 27, 1872, p. 117. Glinical Society of London.

HÉMIPARAPLÉOIE TRAUMATÎQUE. 101

La nécroscopie, jusqu'à ce jour, n'a révélé, en général, relativement aux lésions spinales, rien qui soit particulier aux cas dans lesquels se produisent les eschares à développement rapide ; plusieurs fois cependant, on trouve mentionnées, en pareille circonstance, des altérations de la moelle qui mettent hors de doute l'existence d'un processus inflammatoire : telles sont, par exemple, l'infiltration purulente ou même la formation d'abcès au sein des parties ramollies, signalés dans plusieurs cas.

b) L'étude des faits d'hémiparaplégie, consécutive à des blessures n'intéressant qu'une moitié latérale de la moelle épinière, peut fournir des renseignements utiles concernant la pathogénie du décubitus aigu et de quelques autres troubles trophiques de cause spinale. On sait, par les travaux de M. Brown-Séquard, qu'à la suite dos blessures de ce genre, il se produit chez les animaux une paralysie du mouvement dans le membre inférieur du côté où siège la lésion spinale ; ce membre présente en outre un degré plus ou moins prononcé d'exaltation de la sensibilité tactile et il offre de plus une élévation notable de la température liée à la paralysie vaso-motrice. Le membre du côté opposé à la lésion conserve par contre sa température normale et ses mouvements, tandis que la sensibilité tactile s'y montre très-amoindrie ou même complètement éteinte. Toutes ces particularités se reproduisent exactement chez l'homme dans des circonstances analogues. Et chez lui, de môme que chez les animaux, on peut voir survenir encore, dans les membres des deux côtés, divers troubles trophiques, lesquels se manifestent presque toujours simultanément et qui relèvent tous, d'ailleurs, manifestement, de la lésion spinale. Parmi les lésions de nutrition de ce genre observées chez l'homme, nous signalerons surtout la diminution rapide de la contractante électrique (faradique) des muscles, bientôt suivie d'atrophie, une forme particulière d'arthropathie sur laquelle j'aurai à revenir dans un instant, et

J02 HKMIPARAPLéQIE TRAUMATIQUE.

enfin lé décubitus aigu. Chose remarquable, tandis due l'arthropathie et l'atrophie musculaire siègent sur le membre du côté où la moelle est lésée, l'éschare semble se montrer de préférence, au contraire, ainsi que hbhs levons lait remarquer déjà, sur le membre du côté opposé où elle occupe la région sacrée et la fesse dans le voisinage immédiat de cette région. Cette disposition particulière de l'éschare par rapport au siège de la lésion spinale serait, d'après ce qui m'a été dit par M. Brown— Séquàrd, un fait constant chez les animaux ; chez l'homme elle a d^jà été constatée plusieurs fois. À titre d'exemple dû genre, je citerai brièvement les faits suivants :

ÏJn homme, âgé de vingt-huit ans, dont l'histoire à été rapportée par M. Viguès (1), reçut en arrière dû thorax, entre la neuvième et la dixième vertèbres dorsales, tin coup d'épée, qui, à en juger d'après les symptômes, lésa principalement la moitié latérale gauche de la moelle épinière. il se produisit immédiatement une paralysie dû mouvement qui, d'abord étendue aux deux membres inférieurs, se montra, dès le lendemain, presque restreinte ati membre inférieur gauche. Sur ce dernier membre, l'hyperesthésië est très-manifeste ; celui du côté droit présente, au contrire, une obnubilation très-marquée de la sensibilité, tandis que les mouvements y ont en grande partie reparu. Lés symptômes allèrent s'améliorant rapidement jusqu'au douzième jour après l'accident. Ce jour-là on remarqua que, sans cause extérieure appréciable, le membre inférieur gauche, toujours plus sensible qu'à l'état normal avait augmenté de volume ; de plus, dans l'articulation du genou il s'était accumulé une quantité de liquide assez Considérable pour tenir la rotule éloignée des condyles de plus d'un centimètre. Deux jours après, on aperçut une eschare siégeant sur la partie latérale droite du sacrum et sur la fesse du même côté.

(1) Brown-Séquard. — Journal de la physiologie^ etc., t. III, p. 130, 1663.

HéMIPARAPLÉGtlE TRAUMATIQUE. 403

iîtihbéttikiloti recueillie par Mftl. Joffroy et Salmon. dfthâ Je SëHice de M. Cusco, et communiquée récemment i là Sodëte de biologie (1), Reproduit pour ainsi dire jûfcdué â&ÛÉ àëâ moindres détails le fait, cité plus haut, de M. V iglifiâ. ï)âns celle-là comme dans celui-ci, on voit à la suite d'Une iésioii traufflâtiqiie portant sur une moitié latérale dé là moelle épinlère à la région dorâale, la paràiysie du moii- -Vement surténir dahà le membre inférieur correspondant àti côté lésé; ce membre présente une élévation notable de là température — fait non mentionné dans l'observation de Viguês, bien qu'il y existât vraisemblablement — et, de plus, une hyperesthésie manifeste, tandis que celui du côté opposé, indemne quant au mouvement, est le siège d'une diminution notable de tous les modes de sensibilité et a conservé la température normale. En outré — et c'est là le point que nous voulons faire ressortir surtout — peu de temps après l'accident, sans cause appréciable, une arthropathie se développe dans ie genou du membre paralysé, tandis que, au voisinage de la région sacrée, la fesse du membre, privé de sensibilité, mais non paralysé du mouvement, devient le siège d'une eschare (2).

(\) Gazette médicale de Paris, n os G, 7, 8, 1872.

(2) En raison do l'intérôt qui s'y rattache, nous rappellerons les principaux détails de cette observation :

Le nommé Martin, âgé de 40 ans environ, a été frappé d'un coup de poignard, dans la nuit du 15 au 16 février 1Ô71 . L'arme a pénétré au niveau de la 3 e vertèbre dorsale. Le trajet de la plaie est dirigé de haut en bas, d'arrière en avant et de gauche à droite. Le malade ayant été apporté immédiatement après l'accident, on put constater qu'à ce moment déjà le membre inférieur gauche était complètement paralysé du mouvement, tandis que le membre correspondant de l'autre côté ne présentait rien de semblable. — Le 16 février, au matin, on note ce qui suit : membre inférieur gauche, paralysie complète du mouvement. Le membre est dans la flaccidité complète, il n'y a pas trace de contracture, de rigidité ; il n'est pas le siège de mouvements spasmodiques, de soubresauts. — Au contraire, la sensibilité parait, sur ce môme membre, exagérée dans la plupart de ses modes ; le moindre contact de la peau, surtout au voisinage du pied, provoque de la douleur : il en est de môme de la pression. Un pincement léger, le chatouillement, sont suivis de sensations douloureuses très-sensibles. Euiin le contact d'un corps froid produit aussi des sensations douloureuses que le malade

104 HÉlflPARAPL&HR TRAUMATIQUE.

J'emprunte le fait qui va suivre à un intéressant travail de M. W. Mùller (1); dans ce cas, Tarthropathie n'est pas signalée, mais on y trouve notée, par contre, une atrophie rapide des muscles du membre paralysé, précédée, de plusieurs jours, par une diminution très-marquée de la contractilité faradique. Sous tous les autres rapports, l'observation de M. Mùller est en conformité avec celles de M. Viguès et de M. Joffroy. Il s'agit d'une femme de vingt-un ans qui reçut dans le dos, au niveau de la quatrième dorsale un coup de couteau; l'instrument, ainsi que le démontra plus tard l'autopsie, avait divisé complètement la moitié latérale

compare à celles qu'occasionnerait une série de piqûres. — Membrt inférieur droit» Tous les mouvements volontaires sont parfaitement normaux ; mais, par contre, la sensibilité est à peu près complètement éteinte. Analgésie complète ; sensibilité au contact presque nulle. Le contact d'un corps froid s'accuse par une sensation obscure de picotement. L'insensibilité n'est pas bornée, à droite, au membre inférieur, elle remonte jusqu'au niveau du mamelon. — Les urines et les matières fécales sont rendues involontairement.

Le 24 février (8 e jour), on note les mômes phénomènes que ci-dessus; mais, de plus, on constate que la jambe gauche (paralysée du mouvement) est plus chaude que la droite. Le malade accuse une sensation de constriction ou plutôt de compression à la base du thorax.

5 mars (17 e jour). Le malade accuse quelques troubles de la vision ; la pupille gauche est plus contractée que la droite ; de plus, les vaisseaux de l'oeil gauche sont plus volumineux, plus nombreux que ceux de l'œil droit. Les évacuations sont redevenues volontaires depuis deux jours. L'état des membres inférieurs n'est en rien modifié.

13 mars (25 e jour). La fesse droite est devenue depuis hier le siège d'une rougeur vive, et déjà, en un point de la plaque érythémateuse, l'épiderme s'est détaché.

14 mars. Le derme est dénudé sur la fesse droite au voisinage du sacrum dans l'étendue d'une pièce de cinq francs ; il est en outre ecchymose (decubitus acutus). — Déjà, le 24 février, on avait remarqué que les mouvements imprimés au genou gauche (côté de la paralysie motrice) étaient un peu douloureux ; aujourd'hui, on note que cette articulation est tuméfiée, rouge, que de plus elle est le siège de douleurs spontanées s exagérant par les mouvements [arthropathie spinale).

24 mars. Une ulcération, aujourd'hui recouverte de bourgeons charnus,s'est produite sur la fesse droite au niveau de la plaque ecchymosée. — Le gonflement, la rougeur et la douleur ont à peu près complètement disparu au genou gauche.

(l) W. Mùller. — Beitrage tur pathologisch. Anatotnie und Physiologie des menschlichen JtUckenmarkes. Leipzig, 1871. Obs. I.

HÉMIMlAFMtolE TBAUXÂTIQUB. 105

i de la moeBe épinière à 2 millimètres au-dessus de paire dorsale. Le jour même de l'accident on une paralysie complète et une hyperesthésie du i inférieur gauche; le membre du côté opposé était sthésié mais non paralysé. Le second jour, on note que les muscles du membre paralysé et ceux de la partie inférieure de l'abdomen du côté correspondant ne réagissent pas sous l'action des excitations faradiques, tandis que sur les parties homologues du côté opposé, la contractilité électrique est restée normale. Le onzième jour, il s'est produit une eschare qui occupe la région sacrée et s'étend sur la fesse du côté droit. Ce jour même, on remarque que le membre paralysé est notablement atrophié et mesure, en circonférence, de 4 à 5 centimètres de moins que le membre anesthésié. La mort survint le treizième jour. À l'autopsie, les bords de la plaie spinale parurent tuméfiés, d'une coloration rouge-brun ; elle était recouverte d'une mince couche purulente. Au-dessous de la plaie, le cordon latéral gauche, dans toute sa hauteur, offrait les caractères anatomiques de la myélite descendante.

L'apparition simultanée des divers troubles trophiquos, signalés dans ces observations et dans quelques autres du même genre, semble accuser une cause commune. Cette cause, suivant toute apparence, n'est autre que l'extension, à certaines régions du segment inférieur de la moelle, du travail phlegmasique originairement développé au voisinage immédiat de la plaie (1).

Cela étant admis, il paraîtra légitime, en se fondant sur les faits exposés dans la leçon précédente, de rapporter

(l) Dans un travail publié récemment, j'ai cherché à établir que, à la mite des blessures de la moelle épinière, des lésions irritatives, telles que : hypertrophie des cylindres exiles, prolifération des myélocytes, etc., peuvent être reconnues à une certaine distance de la plaie spinale, au-dessus et au-dessous d'elle, 24 heures à peine après l'accident. (Charcot. Sur la tuméfaction des cellule* nerveuses motrices et des cylindres d'axe des tubes nerveum dans certains cas de myélite. — In Archic. de physiologie, n° 1, 1872, p. 95, Obs. I.)

406 Myélites spontanées.

i'àttopbte rapide et générale des tnilscîéS t)ârâiyél*s, hotfe clans le bas de M. utûller, à l'envahissement àë là Cdtiié antérieure de la substance grisé du côté cori i espbtidàiit à là blessure, dans toute retendue la moelle d'où étnâiiéût iès nerfs se rendant aux muscles paralysés ; i'ëhvahisàëitiètit en question ayant pu se faire, d'ailleurs, soit de prbcbë ëff proche, par propagation descendante, soit par ià voie indirecte des cordons latéraux. Cette lésion de là corné âùfo^ rieure, nous l'invoquerons encore, dans un instant, jtôiif expliquer le développement de l'arthropathie décrite dans les observations de Viguès et de Joffroy. î*ôur ce qui concerne, maintenant, les escliares, leur apparition du côté opposé à la lésion spinale tend à établir que les fibres nerveuses dont l'altération provoque, en pareil cas, là mortification du tégument externe, ne suivent pas le même trajet que celles qui influencent la nutrition des muscles et des jointures, et qu'elles s'entrecroisent, au contraire, dans là moelle, de la même manière que les fibres préposées à là transmission des impressions tactiles.

Un autre enseignement nous est fourni par les observations d'hémiparaplégie consécutive à une lésion unilatérale de la moelle épinière : c'est que le décubitus aigu peut se montrer indépendant de toute hypérémie neuroparalytique, puisque nous le voyons se former là, sur le côté du corps où les nerfs vaso-moteurs ne sont point affectés.

c) Je mentionnerai actuellement lé cas où la myélite résulte, non pas, comme dans les faits qui précèdent, de la blessure ou de l'attrition de la moelle épinière, mais bien d'une influence traumatique indirecte, telle par exemple qu'un effort dans l'action de soulever un poids ; le décubitus aigu peut, dans les cas de ce genre, se produire aussi rapidement que s'il s'agissait d'une fracture de la colonne vertébrale ; c'est ce dont témoigne le fait suivant rapporté par M. Oull.

Un homme de 25 ans, employé dans les docks de Lon-

^^^^ MYÉLITES SPONTANÉES. 407

drea hssaentil dans iedos. àû moment où il soulevait un i,i! ileau, une douleur subite, ïi put se rendre à pied à son domicile distant cfiin mille. Le surlendemain matin, au réveil, les membres inférieurs étaient complètement paralysas ; deux jours plus tard, c'est-à-dire quatre jours après l'accident, une eschare avait commencé à se former à la région sacrée, et l'urine qui s'écoulait de la vessie était ammoniacale. Le malade succomba dix jours après le début de la paralysie. A l'autopsie, on reconnut après un examen attentif que les os et les ligaments de la colonne vertébrale Oâ présentaient aucune lésion ; au voisinage des 5 e et 6 e ver- Kbres dorsales, la moelle épinière était transformée dans h>utf* son épaisseur en un liquide épais, d'apparence mucopurulente et de couleur à la fois brune et verdàtre (1).

À l'exemple des myélites traumatiques, la myélite aiguô Ipbntanëe détermine, elle aussi, très-fréquemment, la formation précoce d'eschares sacrées, principalement lorsque le début s'accuse brusquement et que l'évolution est rapide. Pour ne pas entrer à ce propos dans de trop longs développements, je me bornerai à indiquer quelques exemples relatifs à cet ordre de faits. L'eschare a été signalée dès le 5 e jour après le début de la paralysie dans un cas rapporté par M. Duckworth (2), le 6° jour dans un cas observé dans le service de M. Wbillez, qui m'a été communiqué par M. JofFroy ; le 9° jour dans une observation de M. Engelken ; le 12° jour dans un autre fait du même auteur (3) ; enfin, dans un cas de méningo-myélite cervico-doreaie, publié par MM. Voisin et Cornil, l'eschare était constituée dès le 6* jour (4). On pourrait aisément multiplier ces exemples. Le décubitus aigu accompagne fréquemment aussi l'hématomyélie qui, d'ailleurs, dans un certain nom-

(l) W. Gull. — Cases of Paraplégie in Quy's Hospital Reports, 18o8, p. 180, case XXII.

!2) The Lancetj 6 nov. 1809, p. 638.

Z) Loc. cit. — Pathologie der acuten Myelitis. Zurich, 1867. 4} Gaz. des Hôpitaux, 1865, n° 2G.

408 PATHOQÉNIE DU DÉCUBITUS DE CAUSE SPINALE.

bre de cas au moins,paralt n'être qu'un accident de la myélite centrale, témoin le cas cité plus haut, de Duriau où la mortification de larégionsacréeétait déjà prononcée quatre jours seulement après l'apparition des premiers symptômes (1).

On peut voir survenir encore la mortification rapide du derme de la région sacrée, môme dans les maladies spinales à évolution lente, lorsqu'une cause nouvelle d'irritation vive intervient tout à coup ou lorsqu'un processus d'inflammation aiguë se surajoute brusquement à la lésion initiale. Ainsi que les exacerbations de la myélite scléreuse partielle, l'irruption soudaine dans la cavité rachidienne du pus provenant d'un abcès, chez un sujet atteint de mal vertébral, ont pu, à ma connaissance, déterminer la formation rapide d'eschares. Le môme résultat se produirait également dans le cas où une tumeur siégeant dans les parties centrales de la moelle provoquerait, par sa présence, le développement d'une myélite aiguë. Il existe dans la science plusieurs exemples de ce genre (2).

Si les documents que nous venons de rassembler ne permettent pas de construire encore une théorie pathogénique du décubitus aigu de cause spinale, ils suffisent cependant, si je ne me trompe, à faire reconnaître tout au moins les principales conditions du phénomène ; évidemment, il faut rejeter au second plan l'influence de la pression, celle aussi de la paralysie vaso-motrice, qui peut faire complètement défaut ainsi qu'on Ta vu à propos de Thémiparaplégie résultant de la lésion traumatique d'une moitié latérale de la moelle. En somme, le fait dominant, toujours présent, c'est l'irritation vive d'une région plus ou moins étendue de la moelle épinière, se traduisant le plus souvent, anatomiquement, par les caractères de la myélite aiguë ou suraiguë, et cliniquement par l'ensemble des symptômes qui se rap-

(1) Union médicale, t. I, 1858, p. 308.

^2) Voir entre autres, Mac Dowel's. — Case of Paraplegia in Dublin çuaterly Journ., 1862.

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