ROLE DE LÀ SUBSTANCE GRISE
portent à ce genre de lésion. Pour expliquer la production des troubles trophiques qui aboutissent à la mortification sacrée, ce n'est donc pas, cette fois encore, l'absence d'action, mais bien l'irritation de la moelle épinière qu'il faut invoquer ; et cette conclusion se trouve en conformité avec les résultats expérimentaux qui montrent que, chez les animaux, le développement d'ulcérations gangreneuses au sacrum ne survient pas à la suite des sections de moelle ordinaires, mais seulement dans le cas où l'inflammation est venue s'établir au voisinage de la lésion spinale.
Il n'est guère vraisemblable que toutes les parties constituantes de la moelle épinière soient aptes, indistinctement, à provoquer sous l'influence des irritations le développement du décubitus aigu. La grande fréquence de cet accident dans les cas d'hématomyélie, de myélite aiguë centrale, où la lésion occupe surtout les régions centrales de la moelle épinière, semble désigner tout particulièrement la substance grise comme jouant, à cet égard, un rôle prédominant, et ce rôle est partagé sans doute par les faisceaux blancs postérieurs, car nous savons que les irritations de certaines parties de ces faisceaux ont pour effet de déterminer la production non-seulement de diverses éruptions cutanées, mais encore, à la vérité, dans des cas rares, celle de la nécrose dermique (1).
D'un autre côté, il est parfaitement établi que toutes les parties de la substance grise ne doivent pas être ici incriminées indifféremment ; certaines d'entre elles, en effet, peuvent, nous l'avons fait pressentir déjà, subir les lésions irritatives les plus graves, sans que le décubitus aigu s'en suive jamais. Telles sont les cornes antérieures, dont les lésions, par contre, ont, vous le savez, l'influence la plus décisive sur la nutrition des muscles, et probablement aussi — nous allons le voir bientôt, — sur celle des jointures.
(1) Voir p. 77.