ANATOMIE DE L'IRIS
Mais ces exceptions sont si rares qu'une inégalité entre les deux pupilles doit faire songer tout de suite à la possibilité d'une inllammation hïenne ou d'une lésion nerveuse avec retentissement sur l'iris.
L'espace compris entre l'iris et la face postérieure de la cornée constitue la chambre antérieure remplie par l'humeur aqueuse. Sa profondeur, à la partie centrale, mesure 4 millimètres; circonstance importante en médecine opératoire, par exemple, pour l'opération de la cataracte, où le couteau doit passer entre la cornée et la membrane irienne, sans léser cette dernière. Cette profondeur varie suivant les individus et suivant les âges; souvent elle diminue chez les individus d'un certain âge. Elle diffère suivant le méridien vertical et suivant le transversal dans les cas d'astigmatisme très-marqué. La présence de l'humeur aqueuse dans la chambre antérieure, jointe à la sphéricité de la cornée, donne lieu à certaines illusions d'optique importantes au point de vue clinique et opératoire. C'est elle qui donne à la face antérieure de l'iris une apparence convexe; c'est elle aussi qui nous fait juger le diaphragme irien plus rapproché de la cornée qu'il ne l'est en réalité, erreur à laquelle on n'échappe guère, quand on pratique pour la première fois l'opération de la cataracte. Pour se rendre un compte exact de l'état des choses, il faut recourir à l'éclairage oblique. Dans les recherches physiologiques, on a eu recours à un autre artifice, qui consiste à recouvrir d'eau la cornée, de manière à remplacer sa courbure normale par une surface plane. On a pu, grâce à ce moyen, s'assurer que la face antérieure de l'iris ne présente pas de convexité.
Entre l'iris et le cristallin, il n'y a pas d'espace méritant le
nom de chambre postérieure. Sauf à la périphérie, où il existe un petit intervalle entre le cristallin, L'iris et les procès ciliaires, la membrane irienne est, dans toute son étendue, appliquée directement sur la face antérieure du cristallin. Cette disposition nous fait comprendre comment, dans l'abaissement de la cataracte, il n'est guère possible d'introduire l'aiguille entre la face postérieure de l'iris et le cristallin; dans ces cas, l'instrument pénèlre toujours dans l'épaisseur des couches de la lentille cataractée. Ce rapport nous explique aussi pourquoi, dans l'iritis, il se forme rapidement des adhérences entre la face postérieure de l'iris et la cristalloïde antérieure; et ces adhérences, connues sous le nom de synéchies postérieures, constituent même un des principaux dangers de la maladie.
L'iris, libre dans toute son étendue, n'adhère aux autres membranes de l'œil que par sa périphérie. Ses moyens d'union sont le ligament pectine, qui, de la membrane de Descemet, passe sur la face antérieure de l'iris, et les vaisseaux artériels et veineux, qui, du ligament ciliaire, passent dans l'iris, les uns venant de la choroïde, les autres de la sclérotique. Ce sont là des liens peu puissants; aussi suffit-il d'une traction un peu forte sur l'iris, d'un coup sur l'œil, pour produire un décollement de cette membrane. Etcomme c'est vers la circonférence que se trouvent les gros vaisseaux, il en résulte immédiatement un épanchement de sang dans la chambre antérieure ou hypohéma.
La couleur de l'iris varie beaucoup suivant les sujets; généralement en rapport avec la couleur des cheveux, elle peut être noire ou d'un gris plus ou moins foncé chez les bruns, bleue ou verdâtre chez les blonds. Ces variations de
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couleur font qu'il n'y a pas de type auquel on puisse se rapporter pour juger de l'état normal ou pathologique de l'iris; de là la nécessité de comparer à ce point de vue les deux yeux chez le même sujet; encore, dans cet examen, fautil être prévenu que, dans certaines variations physiologiques, la coloration de l'iris diffère d'un côté à l'autre. C'est ce qu'on peut observer sur un malade qui se trouve actuellement dans notre service, et qui présente un iris d'un bleu clair, tandis que l'autre est d'un brun foncé. La couleur de l'iris n'est pas partout uniforme; il existe sur sa face antérieure deux cercles diversement colorés, l'un à la périphérie, grand cercle de l'iris, l'autre autour de l'orifice pupillaire, petit cercle, et généralement le grand cercle est plus foncé que l'autre. Souvent, en outre, l'iris présente des taches tigrées, rappelant des taches de rouille; chez les oiseaux, la présence de ces mouchetures entraîne de grandes variations dans la coloration normale de cette membrane. Toutes ces différences de couleur tiennentau pigment qui, dans l'iris, existe non-seulement sur sa face profonde, mais encore dans son épaisseur; dans les iris bruns ou jaunâtres, il y a dans le stroma de celte membrane un pigment spécial; dans les yeux bleus, l'iris ne contient que peu de pigment dans son épaisseur; il doit sa coloration au pigment noir de la face postérieure vu par transparence.
Après les caractères extérieurs de l'iris, nous devons étudier la structure propre de ce diaphragme membraneux. Il comprend dans son épaisseur trois couches : 1° une couche antérieure ou superlicielle; 2° une couche moyenne ou principale; 3° une couche postérieure ou uvéalc.
La couche moyenne est la plus importante; c'est elle qui
forme le tissu propre ou stroma de l'iris. Elle est constituée essentiellement par deux éléments, l'un conjonctif, l'autre musculaire. La disposition réciproque de ces deux éléments est très-difficile à étudier; et aujourd'hui même il existe encore beaucoup de vague dans les descriptions qui en sont données. Il faut choisir pour cette étude des yeux peu pigmentés, et traiter la préparation par le carmin et l'acide acétique. On observe alors le tissu conjonctif sous forme de travées rayonnées qui, partant de tous les points du grand cercle, arrivent jusqu'au petit cercle, où ce tissu s'enchevêtre avec le tissu musculaire. Les fibres conjonctives sont disposées en traînées le long des vaisseaux; elles renferment dans leurs interstices des corpuscules bruns ou noirs, tout à fait semblables à ceux du tissu cellulaire général, mais remplis de pigment. Ces corpuscules sont munis d'expansions à l'aide desquelles ils s'anastomosent les uns avec les autres, et ces anastomoses les différencient des éléments musculaires qui ne présentent jamais une disposition semblable.
L'élément musculaire de l'iris est constitué par des fibres cellules très-pâles, contenant, d'après Kœlliker et Krause, du pigment dans leur intérieur. Elles forment des faisceaux radiés, interposés aux faisceaux de tissu conjonctif; puis, arrivées au pourtour de l'orifice pupillaire, elles revêtent une disposition circulaire et constituent le sphincLer irien. Certains auteurs n'admettent que les fibres sphinctériennes, rejetant les fibres radiées ou dilatatrices. Pour eux, la dilatation delà pupille se ferait à l'aide d'un tissu élastique; aussi voit-on la pupille se dilater après la mort, quand le sphincter irien a perdu sa tonicité. C'est là l'opinion de