DE LA FOLIE CHEZ LES PHIHISIOUES
nuire. On on vint enfin à Taccuser Ibrmollement d'une tentative d'empoisonnement. Le pauvre mari, qui depuis longtemps regrettait d'avoir guéri sa femme, se vit réduit à la misère et finit par mourir de fatigue et de chagrin. Sa lémme \it encore et jouit au point de vue physique d'une excellente santé; son état psychologique est toujours le môme, et l'un de ses fils a été enfermé dans un asile d'aliénés.
II s'agit évidemment ici d'ini cas de folie lucide, développé à la suite d'une phthisie guérie et paraissant en quelque sorte se substituer à la maladie primitive et usurper sa place. Les faits de ce genre ne sont pas exceptionnels, et Skae, dont je vous ai déjà cité les travaux, prétend que, dans des cas bien avérés ^e folle tuberculeuse^ il n'est point rare de voir alterner plusieurs fois de suite les deux afl'ectiens. C'est ainsi qu'une hémoptysie survenant brusquement au cours d'une maladie mentale ferait cesser pendant un certain espace de temps les troubles intellectuels.
Ces oscillations morbides ne sont point le privilège exclusif des deux maladies dont nous venons de parler. Elles peuvent également se montrer dans le cours de certaines affections voisines, soit de la phthisie, soit de la folie. Schrôder van dcr Kolk a vu guérir un cas de démonomanie chronique à la suite d'une phthisie laryngée, dont les progrès finirent par emporter le malade. Guislain rapporte un cas des plus remarquables dans lequel un accès de mélancolie profonde, avec mutisme obstiné, fut provoqué chez une femme par une frayeur subite. Onî^li'e ans plus tard, elle fut prise d'une bronchite, et la mélancolie disparut; mais la bronchite une fois guérie, la mélancolie revint, et ces alternances morbides continuèrent à se produire à plusieurs reprise? différentes.
SSO DES FOLIES DIATHÉSIQUES.
J'avais dans mon service à l'hôpital Laennec une jeune femme atteinte d'épilepsie depuis quatre ans. A la suite d'un traitement approprié, les attaques se sont d'abord éloignées, puis ont fini par disparaître, mais en même temps des signes évidents de tuberculisation se sont manifestés. Depuis quelques mois, l'état pulmonaire s'est notamment amendé; mais les accès d'épilepsie sont revenus et le caractère de la malade est devenu tellement insupportable, qu'il a fallu la renvoyer de l'hôpital.
Il est à peine nécessaire d'insister sur l'importance de ces faits; c'est le propre des diathèses, c'est le propre des maladies générales de se porter successivement sur divers points et de menacer tour à tour des régions fort éloignées de l'économie. La goutte remonte à l'estomac quand elle abandonne les articulations, et l'on sait que, chez un goutteux, l'un des meilleurs moyens de faire cesser une migraine habituelle, un état d'affaissement cérébral, c'est de ramener la fluxion vers les jointures. C'est là, Messieurs, de la vieille médecine, comme on dit aujourd'hui; mais cette vieille médecine, fondée sur l'observation clinique, loin d'être en contradiction avec la science moderne, puise une force nouvelle dans les connaissances plus étendues que nous possédons aujourd'hui.
3° L'hérédité morbide, envisagée non seulement chez l'individu, mais dans sa famille, vient nous prêter un nouvel appui. On rencontre assez souvent la phthisie chez les parents ou les descendants des aliénés, et l'on peut alors invoquer la transmission directe ; mais il est peut-être plus fréquent de rencontrer cette association morbide chez les collatéraux, et la preuve n'en est que plus frappante et plus irrésistible. Dans une seule et même famille, Schrader van der Kolk a vu plusieurs frères et sœurs devenir allé-
HÉRÉDITÉ MORBIDE : PHTHISIE ET FOLIE. SSl
nésj tandis que les autres mouraient poitrinaires. Je retrouve dans mes souvenirs personnels de nombreux faits de ce genre.
Nous avons en ce moment à la Clinique une femme atteinte de paralysie générale, qui fait partie d'une famille de treize enfants. Sur ce nombre, quatre sont morts phthisiques, cinq ont succombé h la méningite ou sont morts de convulsions en bas âge, deux ont été emportés par la variole; il n'en reste que deux vivants, la malade, et sa sœur, qui jouit d'une bonne santé, mais qui a perdu quatre enfants de méningite.
Ainsi donc, sur treize enfants, nous en voyons quatre verser dans la phthisie, six dans la folie ou les affections cérébrales, et le seul membre bien portant de la famille a des enfants frappés eux-mêmes du vice héréditaire.
Enfin, si les phthisiques ont parfois des enfants aliénés, il n'est pas rare de voir des enfants de fous mourir poitrinaires, tout en conservant jusqu'au dernier soupir une raison absolument irréprochable.
Je crois, messieurs, vous avoir administré des preuves suffisantes pour établir la corrélation entre la tuberculose et la folie. Il faut maintenant aborder un ordre d'idées ditrérent, et nous demander quels SDUt les caractères du délire dans la folie tuberculeuse, s'il est vrai (lu'elle se distingue au point de vue psychologique des autres . ésanies.
Pour Glouston, la question doit être résolue par l'affirmative; il va jusqu'à prétendre que la seule étude des troubles psycliiques permet d'établir le diagnostic de la folie tuberculeuse. Nous allons en reproduire, d'aprùs cet observateur, les traits les plus caractéristiques.
Le début de la maladie s'annonce comme une manie ou
,^S2 DES FOLIES DIATHÉSIQUES.
une mélancolie. On observe de l'excitation ou de la dépression ; mais bientôt la période aiguë s'éteint, et le malade tombe dans l'état chronique. Il présente une disposition d'esprit toute spéciale. Il est en proie à une irritabilité morbide, à une mauvaise humeur continuelle. Il est atteint de la manie du soupçon [mania of suspicion). Il présente, pour ainsi dire, un faux délire de persécutions.
Il existe en même temps une sorte de paresse intellectuelle, une aversion profonde pour le travail, une horreur du mouvement.
Cet état de dépression est souvent traversé par des accès d'emportement. Sans aucun motif, le malade se met en colère ; mais son irritation ne dure pas longtemps.
Peu à peu, le sujet verse dans la demi-démence, coupée quelquefois par des intermittences périodiques; des éclairs d'intelligence viennent parfois traverser l'obscurité, et c'est surtout chez les aliénés phthisiques que l'on constate le retour complet de la raison aux approches de la mort qui a été constaté par tant d'observateurs.
Cette description est sans doute exacte dans un grand nombre de cas, mais on aurait tort de la considérer comme l'expression absolue de la vérité. J'ai pu moi-même vous indiquer quelques faits dans lesquels l'expression du délire était loin de répondre au type esquissé par l'auteur anglais.
Détail curieux : la phthisie peut exister, quoique rare- ^ ment, chez les paralytiques généraux ; on observe alors un délire mélancolique avec dépression , au lieu de ce délire expansif avec idées ambitieuses, qui est de règle chez ces malades.
L'état physique est caractérisé par l'atonie des fonctions