ÉCOLE FRANÇAISE
breux élèves, dont le plus célèbre fut Beneke, qui, tout en modifiant quelque peu les idées du maître, les défendit avec
résolution.
On comprend plus facilement l'opposition vigoureuse que de telles doctrines devaient soulever. L'école somatique allemande, qui s'efforce de prouver que toute folie tient à des lésions physiques, eut pour chef Nasse, le célèbre professeur de psychiatrie de Bonn. Il fut suivi par Friedreich, Vering, Amelung et plusieurs autres psychiatres dont je ne veux point énumérer les noms. Mais le plus vigoureux partisan des doctrines somatiques est Jacobi, qui, dans son ardeur à chercher des lésions chez les aliénés, devint, on peut le dire, le fondateur de la folie sympathique. Il cherche, en effet, des lésions extra-céphaliques pour justifier l'explosion de la folie, qui devient alors une simple manifestation des maladies organiques.
Il fut suivi dans celte voie par l'illustre et vénérable Schrœder van der Kolk, qui, dans son ouvrage sur l'aliénation mentale, établit deux divisions : la folie cérébrale et la folie sympathique, et la part qu'il attribue à cette dernière est de beaucoup la plus importante.
Sans aller aussi loin, nous pouvons dire que l'école somatique a remporté aujourd'hui une victoire complète, et que ses doctrines, représentées par le traité classique de Griesinger, sont universellement adoptées en Allemagne. En un mot, la psychiatrie, comme l'a dit Krafft-Ebing dans un ouvrage récent, a conquis enfin sa place parmi les sciences naturelles.
Mais il nous faut revenir en arrière. Historien des idées, je n'ai point cherché à suivre l'ordre chronologique, et pour mettre face à face les deux doctrines les plus diamétrale-
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ment opposées, j'ai dû laisser un instant dans l'ombre les origines de notre école française; — de cette école qui, pendant si longtemps, a dominé la science, non seulement en France, mais dans le monde entier. 11 est temps maintenant d'y revenir ; il est temps d'analyser les principes qui ont servi de base à notre éducation, de suivre les déviations progressives qui nous en ont insensiblement éloignés, et de constater enfin à quel point nous sommes actuellement arrivés, et c'est par cette étude qu'il convient de terminer cette leçon.
Esquirol et Pinel, ces deux noms à jamais inséparables, représentent pour la postérité les mêmes idées, le même système ; le maître est complété par l'élève, le philosophe par le clinicien ; et malgré quelques différences de détail, l'accord est complet, sur tous les points fondamentaux, entre ces deux esprits, si bien faits pour se comprendre et pour se compléter.
Quand on parcourt pour la première fois le traité de Pinel^ on se demande comment ce petit livre de quelques centaines de pages, et qui n'a eu que deux éditions, — ce n'est pas un succès de librairie, comme vous le voyez, — on se demande comment ce petit livre a pu opérer une révolution si profonde. C'est que, derrière le livre, il y avait un homme; un homme d'un esprit véritablement supérieur et d'un caractère éminemment sympatliique ; — un homme, enfin, doué de cette précieuse faculté de former des élèves, qui constitue le moyen le plus sûr et la plus noble manière de parvenir à la postérité.
C'est surtout au point de vue du traitement des aliénés, c'est au point de vue humanitaire et pratique que les efforts de Pinel ont frayé une voie nouvelle. Le moyen Age éprouvait pour les fous une répulsion instinctive; quand il ne les