‹ Lecons sur les maladies mentales (volume 2)Chapitre 125 sur 201 · HISTORIQUE DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE

de Laenncc. C'est à Bayle, ronde, que nous devons la connaissance de la phthisie aiguë ; c'est à Bayle, le neveu, que nous devons la connaissance de la {)aralysie générale, eu tant que maladie distincte. C'est en 1822 que Bayle soutint sa thèse intitulée : RacJierches sur tarachnills chronique^ larjastrite^ la gastro-entérite chronique et la goutte^ considérées comme causes de r aliénation mentale. Dans cette thèse, nous voyons poindre cette idée, que l'on peut rattacher la folie à des lésions matérielles ou à des causes diathésiques ; mais, tandis que le reste de l'ouvrage est tombé dans l'oubli, la partie consacrée à l'étude de Tarachnilis chronique, comme cause de folie, se détache de l'ensemble et restera comme une œuvre de maître. Bien qu'il ait beaucoup écrit, Bayle n'a rien fait que l'on puisse mettre à côté de sa thèse. Son traité des maladies du cerveau et de ses enveloppes ne fait que développer les idées déjà consignées dans sa première dissertation ; et, d'aiUeurs, il n'en a paru qu'un seul volume. Quant à ses autres travaux, ils ne sortent pas d'une honnête médiocrité. C'est donc sa thèse à la main que Bayle se présente à la postérité, et qu'il arrive à la gloire.

Nous sommes ici en pleine période contemporaine. Les hommes de ma génération se rappellent avoir connu Bayle, alors qu'il exerçait les modestes fonctions de sous-bibliothécaire à la Faculté de médecine. H est mort en l8o7. Délaye est mort récemment, à Toulouse, à l'Age de quatrevingt-dix ans. Quant à M. Culmeil, il vit encore, et nous l'avons vu présider, en 1878, à Paris, le congrès des aliénistes.

Bayle considère l'inflammation des méninges, et surtout de l'arachnoïde, comme la cause d'une maladie toute particulière et olfrant des lésions anatomiques indiscutables.

Mais il regarde le délire ambitieux comme un symptôme nécessaire, et comme le signe distinctif de cette maladie.

« En effet, dit-il, le délire ambitieux existe toujours dans l'arachnitis et il n'existe jamais dans aucune autre affection. »

11 nous est facile aujourd'hui de critiquer cette affirmation trop catégorique, et cependant, c'est là une erreur précieuse, felix culpa^ comme disait saint Augustin; car, si Bayle n'avait pas affirmé cette erreur, qui renferme une très grande part de vérité, la paralysie générale n'aurait pas été créée.

C'est qu'en effet les trois quarts des paralytiques ont du délire ambitieux, et qu'ils ont en môme temps des troubles de la motilité qui coïncident avec des lésions anatomiques presque constantes. La coexistence de ce délire ambitieux, des troubles de la parole et de certaines lésions anatomiques, ne pouvait manquer dès l'abord d'attirer l'attention et de séduire les esprits.

Bayle fut moins heureux, lorsqu'il voulut écrire l'histoire de la maladie et lui tracer une marche pour ainsi dire processionnelle en trois périodes, commençant par la 7110nomanie, pour se continuer par la manic^ et arriver enfin à la démence. Bien qu'il y ait un fond d'exactitude dans cette manière d'envisager les choses, il est évident que vouloir faire entrer tous les faits dans ce cadre étroit, c'est aller contre la vérité. Mais ce qui fait surtout le mérite de Bayle, ce qui constitue son véritable titre de gloire, c'est qu'il a fait de l'arachnitis, c'est-à-dire de la paralysie générale, une maladie unique, une entité morbide ayant un double aspect, physique et moral.

Ce principe, longtemps controversé, a été définitivement consacré, en 18S8, dans une longue et mémorable discus-

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sion, à la Société médico-psychologique, cette société qui, sous des apparences modestes, a rendu de si grands services, et qui compte parmi ses membres quelques-uns des esprits les plus distingués de notre époque.

Qu'on adopte ou non la doctrine de l'unité, il est certain que si, dès le début, l'on n'avait pas afflrmé ce principe, jamais on n'aurait fait pénétrer dans les esprits la notion de l'existence d'une affection nouvelle. Pour créer, dans l'ordre scientifique, il faut tout d'abord des affirmations hardies, reposant sur des idées simples, nettes et faciles à comprendre. Le rôle de la critique vient plus tard, quand les assises de l'édifice sont fermement établies.

Ainsi, dans cette première période de l'histoire de la paralysie générale, deux noms se détachent: Bayle et Galmeil. Quelles que soient les imperfections de leur œuvre, on doit reconnaître qu'ils ont donné une description exacte des symptômes de la maladie et de ses lésions principales. Ils ont surtout insisté sur l'importance capitale des adhérences qui s'établissent entre la pie-mère et les couches périphériques de Tencéphale, et sur la fréquence plus grande de ces adhérences au niveau des régions fronto-pariétales ; mais ils leur ont attribué une valeur exagérée, car ces adhérences peuvent également se rencontrer dans d'autres maladies, et en particulier dans le délire aigu (1).

De nombreuses recherches dans le sens clinique et anatomo-pathologique se succèdent h partir de cette époque.

En 1829, Foville, puis Parchappe étudient les altérations de la paralysie générale, qui devient avec eux une espèce de folie particulière, la folie par ahj tique.

Un peu plus tard, Ilequin, dans un travail important,

(1) Notons ici, on passant, que d'après Ilorbcrt Major ces adliorences so rencontrent à l'état normal chez phisieurs espèces do singes.

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montre qu'il existe deux sortes de paralysie générale, l'une avec aliénation mentale, et l'autre sans aliénation. Cette dernière variété, tour à tour étudiée et décrite par Sandras, Baillarger, Lunier, Linas, est aujourd'hui connue sous les noms de démence paralytique ou paralysie générale sans aliénation. Il est certain, en effet, qu'au point de vue clinique elle diffère de la paralysie générale habituelle, de celle qui s'accompagne de délire, bien qu'il soit inexact de la considérer comme une paralysie sans aliénation.

Parmi les travaux plus récents, nous devons signaler la thèse de l'un des plus éminents aliénistes de notre époque, M. J. Falret, qui a appliqué son tact clinique à cette étude et a montré d'une manière évidente l'importance qu'il peut y avoir à distinguer la folie paralytique, véritable entité morbide, d'autres maladies qui affectent avec elle certaine ressemblance et qui a signalé les difficultés du problème. Rappelons enfin la thèse d'agrégation si justement célèbre de M. le professeur Lasègue sur les formes de la paralysie générale.

Cette seconde période de révolution scientifique de la question est surtout remplie parles travaux de M. Baillarger, qui s'est attaché avec une admirable persévérance à en poursuivre l'étude. C'est à lui qu'on doit la connaissance des troubles oculo-pupillaires, qui ont servi de base à la théorie d'après laquelle la paralysie générale serait le résultat d'une altération du grand sympathique. C'est également à lui qu'on doit la connaissance de ce délire hypochondriaque, pour ainsi dire spécial, qui accompagne et précède parfois la paralysie générale; de la folie congestive, ce groupe d'états maniaques particuliers, dont les caractères se rapprochent tellement de la paralysie générale, qu'il est des cas oij ils se confondent avec elle; de ces rémissions si

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