‹ Lecons sur les maladies mentales (volume 2)Chapitre 127 sur 201 · NATURE DE LA PARALYSIK GÉNÉRALE. G · texte numérisé non relu

NATURE DE LA PARALYSIK GÉNÉRALE. G

spécialement sur l'état des capillaires cérébraux. L'hyperéinie devient le fait primordial ; les exsudations lui succèdent, et donnent naissance aux altérations consécutives.

A cet ordre d'idées se rattache la célèbre théorie de MM. Bonnet et Poincaré, qui considèrent la paralysie générale comme étant, à ses débuts, une maladie des ganglions cervicaux du grand sympathique.

D'autre part, les couches corticales sont de plus en plus dépouillées de leur rôle. On commence par établir que les adhérences, sur lesquelles les premiers observateurs avaient tant insisté, peuvent manquer dans des cas bien avérés de paralysie générale, et se rencontrer, au contraire, dans d'autres maladies.

On signale ensuite l'importance des lésions des parties blanches (Baillarger).

On considère les lésions du bulbe (Voisin) et les granulations du quatrième ventricule (Joirej comme le point de départ des troubles de la parole.

Enfin, les mémorables travaux de Westphal appellent l'attention sur les altérations de la moelle épinière. D'autres auteurs signalent les lésions primitives des nerfs, et la paralysie générale d'origine périphérique est fondée.

Au milieu de cette évolution des idées, les couches corticales sont réduites à un rôle accessoire, et leurs lésions sont considérées comme un phénomène consécutif.

C'est à ce moment que les recherches de Virchow sur la névroglic vinrent donner une impulsion nouvelle au mouvement. Déjà Rokitansky et Wcdl avaient appelé Tattention sur le développement exagéré du tissu conjonctif dans cette maladie ; mais à partir de cette époque l'idée d'une encéphalite interstitielle obtint un assentiment pres([uc universel.

C'est à la combinaison de ces divers éléments, que nous devons la doctrine qui rallie peut-être en ce moment le plus grand nombre de partisans.

La paralysie générale serait une affection inflammatoire, mais de nature chronique, marchant h bas bruit, débutant par la moelle épinière, ou par les parties blanches du cerveau, opérant par propagation de proche en proche et n'atteignant les parties nobles que par voie d'extension successive. Gomme dernier terme de ce processus pathologique, on aurait l'atrophie.

Mais au moment même du triomphe le plus com[)leL de cette doctrine, une note discordante se laissait entendre. On faisait observer que les lésions des parties blanches, du bulbe, de la moelle épinière, se rencontraient surtout dans les cas chroniques, oii les troubles intellectuels ne jouent qu'un rôle effacé. Au contraire, dans les cas aigus, à marche rapide, avec délire exubérant, on trouve des adhérences et d'autres lésions de la substance corticale.

Quant à la prolifération des éléments de la névroglie, c'est une lésion banale, qui existe trop souvent pour être caractéristique. On la rencontre dans l'alcoolisme, dans la méningite tuberculeuse, dans les tumeurs cérébrales, dans certains cas de démence et dans plusieurs autres maladies.

Les éléments histologiques, décrits dans la paralysie générale, ne diffèrent en rien de ceux qu'on trouve dans les autres cas d'encéphalite interstitielle. Les cellules araignées elles-mêmes n'ont rien de spécifique.

Enfin, on a déduit un plaidoyer éloquent de Fétiologie. Il n'est que trop évident que dans l'immense majorité des cas un surcroît d'activité fonctionnelle est l'origine réeUe delà maladie. Tantôt il s'agit d'un exercice violent et pro-

N'A'ILUŒ 1>K LA l'AU ALYSIK GÉNKHALi:. TOI

longe des fonctions intellectuelles, soutenu par des stimulants de toute espèce. Tantôt ce sont des émotions violentes, des ambitions inassouvies, des passions de lout genre. Tantôt enfin, ce sont des excès de travail musculaire, des fatigues immodérées. Mais, en tout cas, il s'est produit des décharges excessives de fluide nerveux. C'est un canon qui, à force de tirer trop souvent, a fini par éclater. Or, cette activité fonctionnelle excessive est en rapport avec la congestion, la vascularisation, l'hyperémie du cerveau, et non pas avec cette sorte de cirrhose atrophique oii les vaisseaux sont étranglés en môme temps que les cellules cérébrales.

Mais ce qui a le plus contribué à modifier les opinions h ce sujet, ce sont les travaux entrepris depuis quelques années sur les localisations cérébrales (1). La création des centres psychomoteurs a ramené l'attention sur les couches corticales, et a permis de rattacher aux lésions périphériques une grande partie des troubles de la motilité. Dès lors, s'il s'agit d'une encéphalite interstitielle, du moins on la croit localisée à la périphérie aussi bien qu'au centre, et nous revenons ainsi par un chemin détourné à la doctrine de Bayle et de Calmeil.

La doctrine actuelle ressemble donc aux murs d'Athènes, rebillis à la hâte après l'invasion des Perses, et qui portaient dans leurs flancs des fragments de colonnes, des pierres tombales et d'autres vestiges des temps passés.

Mais môme en tenant compte des concessions faile> aux transformations incessantes de la science, il est [)orniis de se demander si cette manière de voir suffit pour expliquer tous les faits, et s'il faut englober dans une seule et môme

(1) Nous réservons, bien oiitoiulii, notre oj^inion à ce sujet. Nous voulons seulement signaler l'inllneuce exercée par cette idée nouvelle.

unité les paralysies générales par propagation,, les paralysies générales sans délire, les paralysies générales diathésiqiies, et celles qui rentrent dans le type vraiment cérébral.

On serait peut-être plus près de la vérité en considérant le mot de^Mr^/ys/e générale comme l'expression d'un genre qui comprend plusieurs espèces qui se confondent au point d'arrivée, bien que divergentes au point de départ. A cette opinion défendue par Simon, en Allemagne, je me rallierais volontiers ; mais il est bien entendu que dans une question aussi controversée, nul ne saurait avoir la prétention d'imposer une solution quelconque du problème, et qu'il faut laisser à chacun le soin de chercher sa voie (1).

Nous ne saurions terminer cette étude sans signaler l'important travail dans lequel M. Baillarger a formulé, tout récemment, ses opinions sur la paralysie générale ; c'est le résumé des études qui ont occupé une si longue partie de sa carrière scientifique (2).

A la théorie dite unitaire qui fait de la paralysie générale une maladie unique, caractérisée cliniquement par trois ordres de symptômes : le délire, la démence et la paralysie, M. Baillarger oppose la théorie dualiste.

La folie parahjtique (autrefois désignée sous le nom de folie congestive) et la démence paralytique sont deux maladies distinctes. En effet, la paralysie générale peut exister sans aliénation. C'est la forme type de la maladie, qui doit être considérée comme une démence paralytique. Elle

(i) Il n'en est pas moins vrai que Bayle a eu raison de faire de la paralysie générale une maladie une ; sans cette affirmation Imrdie, le point de départ aurait manqué et la paralysie générale n'aurait pas été créée.

(2) Annales médico-psychologiques^ janvier 1883,

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constitue une aifcction spéciale paiTaitenrient limitée et tout à fait indépendante de la folie.

Un malade atteint de folie paralytique ou congeslivo peut guérir, peut retomber, puis enfin finir par la démence paralytique. Dans ce dernier cas, il a traversé successivement deux maladies : la folie paralytique d'abord, la paralysie générale ensuite. En un mot, la folie paralytique précède souvent la paralysie générale, et cette dernière maladie doit alors être considérée comme secondaire.

Les formes dites maniaques et mélancoliques de la paralysie générale ne sont pas, comme on l'admet généralement, des formes simples de la maladie, mais bien des formes compliquées de folie paralytique.

M. Baillarger appuie cette doctrine sur un très grand nombre d'observations cliniques. Il fait observer, en outre, que l'existence des pseudo-paralysies syphilitique, saturnine et alcoolique, suffit pour démontrer que les affections les plus diverses peuvent emprunter le masque de la j)ai*alysie générale, et se parer, pour ainsi dire, des symptômes qui la caractérisent.

Messieurs, en discutant avec vous la nature de la paralysie générale, j'ai antici[rt3 sur les leçons qui vont suivre; et il eût été plus logique en apparence de placer cette discussion à la fin de notre étude. Mais; dans l'état actuel des choses, il est impossible de parler de l'évolution do nos connaissances ù cet égard, sans entrer immédiatement dans le champ de la controverse. Voilà pourquoi, pour éviter les répétitions inutiles, j'ai traité sinuillanément ces deux parties du sujet, qui se pénètrent réciproquement.

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