‹ Lecons sur les maladies mentales (volume 2)Chapitre 90 sur 201 · VINGTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LEÇON

SoMMAmE. — Qualités nécessaires pour savoir formuler un pronostic. — Chances de vie moins grandes clicz les aliénés que chez les gens sains d'esprit. — Influence des premiers mois. — Influence des maladies des voies respiratoires. — Influence de l'âge. — Curabilité de la folie. — Influence de diverses conditions : Age, sexe, durée, marche. — Influence des complications. — Influence parfois heureuse des maladies intercurrentes. — Influence des causes, hérédité, caractère individuel, folies toxiques. — Influence des formes du délire : manie, mélancolie, excitation maniaque ; état des diverses facultés intellectuelles, liallucinalions. — Influence de l'état physique. — Influence des récidives.

Messieurs,

Dans toutes les branches de la médecine, il est un domaine spécial où se révèlent les qualités d'un praticien consommé, d'un homme rompu au métier, et qui, par une longue expérience, doublée d'un robuste bon sens, a fini par acquérir cette indéfinissable et précieuse qualité, le tact médical. Vous avez déjà deviné que c'est du pronostic que je veux vous parler, et c'est, en effet, en matière de pronostic que se reconnaissent les qualités pratiques du véritable médecin; le jugement qu'il porte sur l'issue d'une maladie est la partie la plus difticile de la tâche qui lui est imposée.

La partie scientifique de nos connaissances peut s'acquérir par l'assiduité et le travail ; la sûreté du diagnostic exige incontestablement un coup d'œil particulier, mais on peut assujettir à des règles certaines la solution du problème ; il

n'en est pas ainsi par rapport au pronostic, qui, pour être correctement formulé, demande une puissance d'observation, une faculté d'analyse et une fermeté de jugement que seules la longue habitude et la fréquentation assidue des malades peuvent donner.

Ce qui est vrai sous ce rapport pour la médecine ordinaire l'est encore bien davantage pour la médecine mentale; l'aliéniste exercé saura reconnaître, à des signes imperceptibles pour le vulgaire, quels sont, parmi les fous placés sous sa direction, ceux qui marchent vers la guérison, ceux qui versent dans la démence, ceux enfin dont l'état doit rester longtemps stationnaire ; il prévoit l'explosion des crises, et sait distinguer des autres malades ceux dont la vie même est menacée.

Aussi, dans la leçon que je me propose de vous faire aujourd'hui , je ne songe point à vous donner cette sûreté de jugement qu'une longue pratique peut seule vous procurer ; je me propose seulement de vous indiquer les principes généraux qui doivent ici vous guider, nans pour cela prétendre h vous inspirer cette rectitude d'appréciation qui ne peut être le fruit que d'une longue expérience et que vous devrez acquérir par vos propres efforts.

Tout d'abord une question capitale se dresse devant vous : c'est la première demande qu'on nous adresse, la première difficulté que nous devons résoudre.

La vie du malade est-elle menacée en même temps que la raison?

Messieurs, il faut bien le reconnaître, les fous sont do véritables malades, et leurs chances de vie sont bien moins grandes que celles des hommes en pleine santé. La mortalité est surtout plus prononcée dans les premiers mois delà maladie.

Page 1