SOLIDARITÉ DES ACTIONS CÉRÉBRALES
années ; quand le délire cessa, les accidents convulsifs se montrèrent de nouveau.
Les faits de ce genre, qui constituent dans l'histoire des maladies mentales une classe à part, semblent démontrer qu'il existe un rapport des plus intimes entre les phénomènes intellectuels, d'une part, et les centres moteurs, de l'autre. Mais une corrélation non moins évidente réunit aux troubles sensoriels les perturbations psychiques ; et, sans insister sur la fréquence du délire provoqué par la seule influence de la douleur, nous rappellerons qu'il existe toute une classe de vésanies que l'on connaît sous le nom de dysphrénies nétTalgiques, et dans lesquelles l'excitation douloureuse d'un nerf semble déterminer non pas un délire transitoire, mais de véritables accès d'aliénation mentale.
Ainsi, les divers modes d'activité de l'encéphale, semblables aux forces physiques qui gouvernent la matière, semblent changer de forme et se substituer les unes aux autres avec une facilité vraiment merveilleuse, et les excitations morbides ne semblent pas avoir un long chemin à parcourir pour se transporter d'un centre sensitif ou moteur sur un centre intellectuel, ou réciproquement. En un mot, la solidarité des actions cérébrales est l'une des vérités les mieux démontrées en psychiatrie. Nous aurons souvent l'occasion d'invoquer les conséquences qui découlent de ce grand principe.
Messieurs, si j'ai réussi à vous donner une idée exacte de l'aliénation mentale, esquissée à grands traits, vous comprendrez que les états qu'on décrit dans les ouvrages classiques sous le nom de lypémanie^ de manie ^ de monomanie, ne sont au fond que des expressions symptomatiques d'un trouble profond de l'intelligence, et ne constituent pas des
maladies à part. Il paraît en effet bien démontré qu'une forme spéciale d'aberration intellectuelle ne correspond pas toujours à une lésion déterminée.
Prenons par exemple la paralysie générale, dont les altérations anatomiques offrent un type presque constant : nous savons aujourd'hui que, loin d'être toujours caractérisée, comme on le croyait au temps de Bayle, par le délire des grandeurs, elle peut coïncider avec la lypémanie, avec la monomanie, avec l'excitation maniaque, avec l'hypochondrie et môme avec la dém.ence. Voilà donc une lésion anatomique à peu près constante, qui se traduit au dehors par des phénomènes intellectuels essentiellement divers. Que penser, dès lors, des pathologistes qui croient pouvoir mettre le doigt sur la lésion caractéristique de la vésanie?
On conçoit, d'un autre côté, qu'il est parfaitement possible que les troubles intellectuels ne laissent derrière eux aucune trace appréciable. Une excitation morbide déterminée fait dévier les fonctions cérébrales ; mais, une fois l'excitation disparue, il ne reste plus de lésions visibles.
Placez une boussole auprès d'un morceau de fer, vous verrez dévier l'aiguille ; mais l'examen le plus attentif ne vous fera constater aucune altération physique dans cette petite barre d'acier.
Mais pourquoi nous en tenir à des comparaisons vagues, quand la science nous permet d'articuler des faits précis?
Les expériences de Haller, reprises et confirmées par Helmholtz, ont démontré que la vitesse du fluide nerveux est d'environ 33 mètres par seconde ; elle est d'ailleurs moins considérable dans les centres d'innervation, et surtout dans la substance grise.
On est allé plus loin, et grâce à des expériences très in-