ANALOGIES ENTRE LE RÊVE ET LA FOLIE
qui se relie à des conditions physiques profondément différentes. Nous admettons donc, sans aucun scrupule, qu'entre le délire violent des vésanies aiguës, avec son cortège incohérent d'idées bizarres et d'hallucinations multiples, et les perturbations intellectuelles qui éclatent au cours des maladies fébriles, il existe une profonde analogie ; mais un orage passager, qui vient troubler un instant les fonctions cérébrales, ne saurait être comparé, même au point de vue psychologique, à l'état mental d'un vieil aliéné, dont les conceptions délirantes ont, pour ainsi dire, des ancêtres, et plongent, par leurs racines, jusqu'aux profondeurs les plus intimes de l'organisation. — « On hérite de soimême, » dit M. le professeur Lasègue. On ne saurait mieux exprimer cette filiation morbide, qui relie le présent au passé, et transforme l'intelligence par un effort lent et progressif, que la marche brutale des affections aiguës ne saurait jamais imiter.
Ce n'est point seulement, d'ailleurs, dans les états morbides qu'on s'est efforcé de retrouver le prototype des conceptions délirantes de la folie. Il est des phénomènes qui appartiennent essentiellement à la vie physiologique et qui présentent avec l'aliénation mentale de si profondes analogies, qu^il semble impossible, au premier abord, de ne point les rapprocher. Le sommeil et les rêves, avec tout leur cortège d'hallucinations étranges, de raisonnements absurdes et de conceptions monstrueuses, ont été maintes fois considérés comme le véritable type de la folie, et l'on a cru saisir un rapprochement encore plus intime entre l'aliénation mentale et cet état de trouble, de confusion et d'affaiblissement des facultés de l'esprit, qui succède immédiatement au réveil, et peut quelquefois se prolonger pendant un court espace de temps.
140 DES ÉLÉMENTS MORBIDES DE Là FOLIE. ^
Enfin, nous l'avons déjà dit, on a signalé, chez certains sujets, une véritable invasion des rêves dans la vie normale, une sorte de fusion de l'état de sommeil et de l'état de veille qui trouble complètement les opérations de l'esprit et constitue un véritable délire : il est, en effet, des malades dont la seule erreur consiste à prendre pour des réalités les illusions fantastiques qui ont assiégé leur chevet et les discours qui ont bercé leur oreille endormie.
Certes, on ne saurait méconnaître la portée de ces faits vraiment étranges ; mais qui ne voit que des cerveaux déjà malades peuvent seuls se prêter à une aussi singulière perversion de toutes les règles physiologiques ! Et si, comme on l'a dit, la folie a paru quelquefois éclater au sortir d'un rêve, c'est que le rêve lui-même n'était que le premier symptôme d'un état morbide depuis longtemps préparé .
En résumé, pour le médecin qui ne voit dans le délire que l'expression symptomatique d'une lésion, soit organique, soit fonctionnelle, il ne saurait exister aucun point de contact entre l'évolution plus ou moins régulière d'une fonction normale et les manifestations extérieures d'un état pathologique. Mais le philosophe qui aspire, comme le dit Griesinger, h. pénétrer dans rame d'un aliéné^ a le droit de . se placer à un tout autre point de vue : il peut se flatter d'avoir approché du but, lorsqu'on évoquant le souvenir de ses rêves il y retrouve des convictions, des sentiments et des idées qui présentent la ressemblance la plus frappante avec les manifestations habituelles de l'aliénation mentale.
Il serait facile, en poursuivant l'analyse des troubles intellectuels qui se produisent chez nos malades, de signaler d'autres lésions de l'entendement. La mémoire, l'imagination, la puissance d'attention, l'enchaînement logique des